Faits divers

ASSISES DE SAONE ET LOIRE : Sa conception du couple ? « Ne faire qu’un »

ASSISES DE SAONE ET LOIRE  : Sa conception du couple ? « Ne faire qu’un »

Ce jeudi 11 avril, 4e jour du procès aux Assises de K. X. jugé du chef de tentative de meurtre sur son ex-compagne, le 13 juin 2021 à Sevrey, d’autres éléments sont apparus qui éclairent ce qui a pu le conduire à cet acte. Et les avocats des parties civiles ont plaidé.

« Il est arrivé comme un terroriste dans la chambre de monsieur »

« Monsieur K. X. est arrivé comme un terroriste dans la chambre de monsieur (père de madame), plaide Maître Mirek. L’accusé n’a à ce jour pas reconnu avoir braqué son ex beau-père, il n’a concédé que des violences « verbales ». L’avocate retrace donc un portrait sensible de son client et la violence de l’effraction dans son domicile, dans sa chambre, dans son salon. « Nous ne sommes pas là pour ‘une bêtise’ ou ‘une grosse boulette’ comme a pu le dire monsieur K. X. »

« Madame capitule, et c’est le début de l’enfer »

« ‘Je te traquerai toute ta vie comme un lapin’ : c’est ainsi que monsieur K. X. invectivait madame, les dernières années. » C’est ainsi que maître Girardot démarre une plaidoirie conséquente mais sans virulence. Calme, posée, elle reprend un fil chronologique sans escamoter le point qui n’a échappé à personne : « l’ambivalence » de sa cliente, de ce fait « pas toujours facile à défendre ». 
Une plaidoirie dénuée de tout jugement, évoquant la maison « construite des propres mains de K. X. » … jusqu’au « tournant de l’été 2019, où tout bascule à partir d’une phrase dite par un enfant de 6 ans ». « Face au déferlement de colères, madame capitule, et c’est le début de l’enfer. » La femme est isolée, mais « la mise sous tutelle ne s’arrête pas là », maître Girardot impute un rôle de surveillance à la sœur de l’accusé entendue hier.

La scène d’avril 2020

Avril 2020, confinement, nième dispute, « il porte de nombreux coups à sa compagne, elle est enceinte, elle quitte la maison, il la rattrape, se met à califourchon sur elle. Ce sont les voisins qui appellent les forces de l’ordre, ce n’est pas elle qui initie la procédure. Lui, que fait-il ? Il boucle tous les accès de la maison et s’y enferme avec les enfants. » A partir de là le réseau VIF de Chalon intervient et maître Girardot aussi, « alors quand j’entends ‘instrumentalisation de la justice’, je ne peux pas suivre, ce n’est pas du tout comme ça que ça s’est passé. » Le jour de l’audience, le prévenu est relaxé, le parquet fait appel, K. X. sera dit coupable et condamné en appel.

L’avocate ne recule pas devant la pelote de nœuds

« Alors oui, madame est ambivalente. Elle ne résiste pas à reprendre contact avec l’amour de sa vie pour la naissance de leur fils. Elle entrouvre sa porte, lui, il va l’ouvrir en grand. » Claire jusqu’au bout : « Elle ira jusqu’à me mandater, à l’annonce du mariage express (avec une autre) annoncé par monsieur K. X., pour fixer une garde alternée pour ses quatre enfants, dont le plus jeune a quelques semaines, alors qu’elle sait les addictions de monsieur et les armes. J’ai refusé de déposer cette requête auprès du juge aux affaires familiales. »

Madame n’a jamais varié « parce que c’est ce qui s’est passé »

Madame reviendra vers son avocate, après les faits du 13 juin 2021. Alice Girardot en reprend le déroulement jusqu’à la fuite, « pieds nus », dans la rue, pour chercher du secours, et que K. la rattrape, passe la cordelette autour de son cou, et serre de toutes ses forces. Pourquoi la croire ? demande l’avocate. « Parce qu’elle est constante, elle n’a jamais varié. » Elle n’a jamais varié « parce que c’est ce qui s’est passé. » Et les constats du médecin légiste sont parfaitement compatibles avec son récit.

« Il la lâche parce qu’elle s’écroule, et qu’il pense qu’elle est morte »

K. X., lui, « s’adapte en fonction des éléments qu’on lui donne ». Et pourquoi ? « Parce que les peines encourues ne sont pas du tout les mêmes sans l’intention de tuer. Il minimise tout mais il a toute sa tête. Ce jour-là, il voulait la faire taire pour toujours. Il savait qu’elle avait déposé plainte la veille, il sait qu’il est allé beaucoup trop loin, il n’a rien à perdre. (…) Il la lâche parce qu’elle s’écroule, et qu’il pense qu’elle est morte. L’intention (de tuer) est incontestable. »

« Tentative d’homicide » : « Il l’a dit ! »

L’avocate renvoie la Cour aux déclarations de l’homme qui avait véhiculé le fugitif pendant sa cavale et qui fut entendu pendant une garde à vue : il dit avoir demandé au fugitif, rencontré parce que « nos gîtes étaient voisins », « qu’est-ce que t’as fait ? » et que K. X. lui aurait répondu : « tentative d’homicide ». « Donc il l’a dit ! » affirme l’avocate de la victime qui termine en rappelant les conséquences de cette fuite sur madame et les enfants, envoyés dans un hôtel en dehors de Chalon, au cas où, « sans jouets, sans trop de vêture, et sans nourriture ». 
La femme a témoigné mardi matin de cette galère pas pensable avec la peur au ventre de voir surgir K. « Elle a échappé au pire le 13 juin 2021. » Et puis les enfants, « témoins, donc victimes des scènes de violence ».

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Dès lundi l’accusé disait : « On m’a poussé au bout de mes retranchements. » Son besoin d’être entendu, comme il dit, répété des dizaines de fois depuis lundi, est peut-être à mettre en lien avec ce que la présidente de la Cour a pointé ce jeudi, avant de clore l’instruction.

Faire du 1 avec du 2, vieille lune de malheurs humains

Une CPIP* de Dijon (il y est détenu) a produit un rapport. Elle décrit l’accusé dans ses comportements (impulsif, volubile, et critique à l’égard de la justice), le dit borné sur la question du couple. Il ne voit pas d’autre conception possible que la sienne, et un couple, c’est « ne former qu’un ». C’est bien à cet endroit que ce fantasme, peut-être partagé par madame, le plante, comme il plante quantité de prévenus et de victimes chaque année. Et puis c’est un comble pour un homme qui ne sait pas vivre seul, qui à chaque séparation, fut-ce de quelques mois, d’avec madame, se tournait vers une autre (toujours la même).

Une question élémentaire d’arithmétique

« Faire un » quand on est deux, ça relève de l’impossible, et si personne, parmi les psychiatres qu’il consulte, ne le lui apprend, on ne voit pas comment il peut évoluer. Il y a un deuil à faire, au profit de réalités. Au final c’est le sentiment qu’on garde de ce procès, sur un point qui nous renvoie à tant d’audiences : des gens qui coulent, qui se crament, et qui peuvent aller jusqu’à des gestes criminels, perdus par une chimère qui n’existe que pour eux, sans place pour un(e) autre, justement. Une chimère.

La question de la relation à l’autre

« Ce qui est dit dans ce rapport fait écho à ce que disait l’expert psychiatre, sur la question de la relation à l’autre, qu’en dites-vous ? » La réponse de l’accusé est édifiante, c’est la démonstration du brouillard dans lequel il vit (et qui concerne un paquet de gens, ndla). Le début, ça va : « C’est juste moi qui ai du mal à ... m’en rendre compte. » La suite montre comment il interprète les choses : « Mais ça, ça fait partie de mon ego, volubile, etc. Pour moi, ça faisait partie de mes qualités, et c’est ce qui me trahit aujourd’hui un petit peu. » Aucun rapport avec la question de l’autre.

Conduite des débats, humanisante

« Monsieur, comment ça se fait que vous soyez à l’écoute et dans la réflexion, aujourd’hui, alors qu’en début de semaine il était impossible d’échanger », lui demande la présidente. L’accusé réfléchit deux secondes, et : « D’avoir tombé les barrières, par rapport à ce que j’ai fait et par rapport à ce que je voulais faire entendre, que ça soit vrai ou pas vrai, ça m’a apaisé. » 
Pour autant, il ne peut s’empêcher d’espérer sortir rapidement de prison, il ne peut s’empêcher de croire possible que sa sortie sera « imminente ». Il rêve sa sortie, il se rêve lui, en autre homme. Autre chimère. 
En prison, il est suivi tous les 15 jours par l’unité de soins psychiatriques… décidément, cette société veut régler par le soin, dit-elle, mais se donne de curieux moyens.

Ce vendredi, réquisitions puis plaidoiries de maître Chavy et peut-être de maître Perrot-Renard pour l’accusé. Verdict en fin de journée.

FSA

*CPIP : conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation

https://www.info-chalon.com/articles/2024/04/09/88927/assises-de-saone-et-loire-proces-pour-tentative-de-meurtre-sur-la-mere-de-ses-enfants/ 

https://www.info-chalon.com/articles/2024/04/10/88954/assises-de-saone-et-loire-ma-cousine-me-dit-fais-quelque-chose-a-va-finir-en-drame/ 

https://www.info-chalon.com/articles/2024/04/11/88999/assises-de-saone-et-loire-ce-qui-domine-c-est-une-dimension-d-absence-d-empathie/