Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - « Avez-vous créé un incident pendant le week-end ? »

demande la présidente Catala. Le prévenu, âgé de 19 ans, est en détention provisoire depuis vendredi 20 mars, or le samedi 21 en fin d’après-midi, 19 personnes détenues ont refusé de réintégrer leurs cellules au centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand. Les ERIS* sont intervenus.

Il n’y a pas eu d’autre problème mais les consignes du ministère sont hyper fermes : tous les incidents survenant pendant le temps de l’épidémie seront sanctionnés disciplinairement et pénalement également. D’où sans doute cette question de la présidente, posée aux deux prévenus jugés successivement en visio, ce lundi 23 mars en comparution immédiate, alors que ni l’un ni l’autre n’en auraient eu les moyens, à supposer qu’ils en aient eu l’envie, puisque le premier est à l’isolement, et que celui-ci est placé en quatorzaine, comme tous les arrivants.

« La suspension des parloirs a inévitablement provoqué des angoisses et de la frustration, mais »

Ce samedi, comme une traînée de poudre le mot était passé de prison en prison : s’insurger contre la fermeture provisoire des parloirs. « On doit s’assurer de la sécurité de tous et de tout : nos agents, les détenus, nos structures, nous explique ce mardi matin la direction interrégionale des services pénitentiaires de Dijon. La suspension des parloirs a inévitablement provoqué des angoisses et de la frustration chez les détenus, mais d’un autre côté les décisions que nous prenons visent à contenir les risques d’épidémie au sein des centres, et, à ce jour, ça marche. »

Tout le pays est comme assigné à résidence

Ainsi, cinq détenus ont été condamnés lundi soir à des peines allant jusqu'à un an de prison ferme pour des violences commises au sein de la prison de Béziers, samedi, après l'annonce des mesures de lutte contre la propagation du coronavirus. Sur un autre versant, le ministère demande qu’on organise 5 000 libérations conditionnelles, qui bien sûr ne peuvent concerner que des gens en fin de peine, ou condamnés à de courtes peines pour des délits mineurs. On ne peut pas les placer sous bracelet électronique puisque les agents évitent au maximum de se déplacer aux domiciles, d’un autre côté, comme tout le pays est assigné à résidence, eh bien ils seront confinés.

La victime a 15 jours d’ITT

Le jeune majeur chalonnais doit être jugé pour avoir, le mardi 17 mars en soirée, porté des coups de couteaux à monsieur X lequel est dans la salle d’audience, ce qui agace la présidente. Maître Seriot, qui assiste la victime, précise qu’il n’y est pour rien. La présidente propose à ce monsieur de « retourner à son confinement », mais non, il veut rester. Bon. Il a 15 jours d’ITT. Il en sera pour ses frais car maître Duquennoy demande une expertise psychiatrique du jeune homme, le parquet est d’accord. Le prévenu a été jugé deux fois fin 2019 (vols, violences) mais n’a pas répondu à la convocation de la justice, pourquoi ?

Schizophrénie, alcool, et vie sous la tente

« Parce que j’étais interné à Sevrey. Je leur ai demandé de vous prévenir mais ils ne l’ont pas fait. » Son avocat précise qu’il fut interné du 6 décembre au 7 février dernier. L’enquête sociale dit qu’il est SDF. Il vivait chez sa mère, et puis « en plein mois de février, qu’est-ce qui était si urgent pour aller vivre sous une tente ? » lui demande la juge qui suppose un problème relationnel entre la mère et le fils. « Je voulais prendre mon indépendance », répond le garçon. Mais le garçon est « diagnostiqué schizophrène » et doit prendre un traitement quotidien, or il buvait, depuis environ 7 mois, jusqu’à « 8 litres de bières, et du whisky ». Le chemin vers l’indépendance est semé d’obstacles plus hauts que le Kilimandjaro.

« Quelle garantie on a que vous ne violerez pas le confinement ? »

« J’aimerais bien sortir d’ici » dit encore le jeune homme, mais il n’apporte à l’audience aucun certificat d’hébergement possible, et puis il doit prendre un traitement sans le pulvériser sous des litres d’alcool, et puis « quelle garantie on a que vous ne violerez pas le confinement » ?
Pour mémoire mardi dernier c’était l’entrée en vigueur, et comme on le sait il n’a pas fallu une semaine pour constater qu’un durcissement s’imposait, de plus, ce garçon n’a pas les meilleures conditions, loin s’en faut pour aborder la question au mieux, mais c’est la loi provisoire désormais, et l’institution judiciaire est là pour la rappeler. Il est maintenu en détention provisoire. Le tribunal ordonne une expertise psychiatrique. Il sera jugé le 4 mai prochain.  

Florence Saint-Arroman

* ERIS : Les équipes régionales d'intervention et de sécurité (ÉRIS) sont les unités d'intervention de l'administration pénitentiairefrançaise chargées d'intervenir en cas de tensions (terrorisme, agression, mutinerie, évasion, etc.) dans un établissement pénitentiaire.

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