Chalon sur Saône

Chalon a hérité d'images non conventionnelles avec La Bajon, chasseuse de rires en puissance...

Soumis à l’avis peu ou prou implacable du public en mars dernier au Port Nord, le spectacle Vous couperez de l’humoriste La Bajon a retrouvé de sa superbe ce mercredi soir en la salle Marcel-Sembat de Chalon-sur-Saône, quelque peu revu et corrigé puisque dépendant pour partie des dernières nouvelles soutirées à l’échiquier national. L’artiste n’aura été une fois de plus, pour sûr, pas à côté de la plaque, au vu des réactions positives emmagasinées dans la salle.

Il y avait à boire et à manger…

La Bajon n’a de cesse de refaire le monde à sa manière, dénaturant ce qui a cours en s’adressant au contre-pied, mais toujours avec un fond de vérité. Elle n’est pas du genre à tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant que d’être délicieusement fielleuse. Résultat des courses : la défiguration, en ne provenant pas du diable vauvert, ne fait pas avaler la pilule ni se triturer les méninges aux bonnes volontés prêtes à emboîter le pas à la « maîtresse de cérémonie ». Les dirigeants de toute obédience politique ne pouvaient pas échapper à son oeil scrutateur, ainsi qu’à son désir fou de tout remettre à plat et à son esprit de pénétration. Force est de constater que ne pas prendre de pincettes, doux euphémisme, s’avère payant car osé. « Balkany et DSK, les deux ont essayé de dissimuler du liquide à l’étranger… » Sarkozy, Chirac, Macron, Mélenchon, entre autres, passent également au laminoir. Marine Le Pen, pareillement, en référence à l’échelle de graduation des pistes de ski : «Pour une fois qu’elle peut descendre des noires sans qu’on lui dise rien… » Parfois sur scène avec un reporter-Mr Propre qui n’est autre que Vincent Leroy, son coauteur, histoire que la légèreté plombée des propos prenne davantage d’ampleur et de relief, Anne-Sophie persiste et signe. Vincent Bolloré, Bernard Arnault, Xavier Dupont de Ligonnès, les derniers instants de l’électrocardiogramme de Johnny, les migrants, les tares de la gent masculine, Daech...Même Dieu –c’est dire !- a confié ses états d’âme, tutoyant du coup l’incommensurable…D’un dynamisme à toutes épreuves et n’ayant pas froid aux yeux, quelquefois allumée, la comédienne ne se préserve pas, en lançant dans l’arène l’autodérision. L’habit fait par ailleurs le moine, ou plutôt la nonne. Pour monter d’un cran dans la caricature outrancière, La Bajon endosse la panoplie de l’avocate, de la femme de ménage, de la policière, de la factrice, du médecin, de la directrice d’entreprise. L’ensemble de son œuvre méritait bien une manifestation de taille à l’issue de ses exécutions sommaires, étant donné que les spectateurs avaient ri plus que de raison. La standing ovation serait l’ultime geste à l’endroit de celle qui leur avait fait passer une soirée iconoclaste, en correspondance étroite avec ce qu’ils étaient venus y chercher.

                                                                                                                Michel Poiriault

                                                                                                                [email protected]   

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