Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Alcoolisé, il avait menacé les gendarmes avec une hachette (2)

A Jully les Buxy, le logement de madame X sert de base à son compagnon et à sa famille, parce que lui, il vit plus loin mais dans « 20 m2, alors y a pas de place ». Du coup, les soirs où ça gueule un peu trop, c’est chez elle que les gendarmes se rendent. Le couple lasse son monde, à force. En février la dernière scène menaçait de partir en vrille, les gendarmes ont dû appeler leurs collègues du PSIG en renfort.

Deux heures de pourparlers…

On a rencontré le prévenu lors de sa demande de remise en liberté le 11 septembre dernier. On peut lire ici http://www.info-chalon.com/articles/faits-divers/2019/09/11/45617/tribunal-de-chalon-alcoolise-il-avait-menace-les-gendarmes-avec-une-hachette/, le récit de l’audience qui donnait pas mal d’informations. Il a été jugé ce 3 octobre à l’audience de comparution immédiate. Il est plus apaisé que la dernière fois, il semble en meilleure forme. La présidente expose les éléments du dossier pour les juges assesseurs qui n’en ont pas connaissance, et l’on apprend que la scène s’est déroulée en deux fois. Avant l’arrivée du PSIG, puis avec le PSIG : l’un de ses membres a parlementé pendant 2 heures avec le gars qui se retranchait, une machette à la main, comme un forcené.

Un type ivre, hurlant, agité, et brandissant une machette

Il était ivre. Il est accusé de « violence avec usage ou menace d’une arme », et cela, il le conteste. Les insultes, il n’en a aucun souvenir, il dit que le mélange alcool et médicaments lui fait perdre la mémoire, donc il ne sait plus mais il ne conteste pas. Les menaces de mort, pareil. C’est pas la joie, mais « c’est des mots », et jamais il n’a eu la moindre intention d’attaquer les gendarmes avec. Cela étant, un type ivre, hurlant, agité, et brandissant une machette : ça ne pouvait pas rassurer les forces de l’ordre sur ses intentions. Le parquet estime que les infractions sont caractérisées et requiert une peine mixte ainsi que son maintien en détention.

Il a eu peur qu’ils l’arrêtent « pour rien »

Le prévenu a expliqué une fois encore, posément, qu’il a eu « peur qu’ils m’arrêtent pour rien. J’avais gueulé, certes, mais j’avais rien fait de mal ». Il pétait du mobilier, « en contreplaqué », précise-t-il (genre, ça casse facilement), mais n’avait frappé personne. « Je suis en dépression depuis plusieurs années. C’est tout ça qui m’a mené à ça, en fait. » « Tout ça », c’est beaucoup, même si on ne sait pas exactement ce que c’est. On comprend que dans ce tout, on trouve sa condamnation à 13 ans de réclusion criminelle en 2011, pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. « C’était suite à une bagarre, c’était pas fait exprès. Justement, ça me peine, ce qui est arrivé, et j’arrive pas à gérer. »

« Vas-y ! Approche, et j’me tranche la gorge »

Maître Faure-Révillet explique elle aussi au tribunal : « Les gendarmes sont déjà ‘en armure’, quand ils arrivent, ils portent toutes leurs protections. Monsieur ouvre la porte, les voit. Il avait bu, il perd pied, il panique. Il a fait 8 ans de prison : il a eu peur. Mais cette machette n’a jamais été dirigée contre les gendarmes. Au contraire il la retournait contre lui, il s’est coupé au bras gauche. » L’avocate lit les extraits de procès-verbaux rédigés par les gendarmes : « Il dit que si nous rentrons, il se taille la carotide. Il se coupe alors le bras et dit ‘vous voyez que j’en suis capable’. » Autre procès-verbal. Le gars lance encore : « Vas-y ! Approche, et j’me tranche la gorge », « et il se coupe une deuxième fois le bras », rapporte un des gendarmes. « Il n’y a pas de violences avec arme contre les gendarmes », conclut l’avocate.

Tout ça parce qu’il y a un « tout ça »

Les militaires du PSIG rapportent sensiblement la même chose. A aucun moment les gestes ne furent d’attaque contre eux (il faut quand même prendre la mesure de ces scènes, elles sont stressantes car incertaines et une machette, ça peut tuer), et ils pouvaient réagir, mais justement, l’idée, c’est qu’ils évitent de réagir. Plusieurs heures à essayer de canaliser un type armé et ivre, tout ça parce qu’il y a un « tout ça » qui le mène à se mettre dans cet état et à crever de trouille quand il voit débouler plusieurs véhicules chargés d’hommes équipés et armés. Sans ce « tout ça », les militaires ne se déplaceraient pas, ou moins, mais voilà, il y a « tout ça ». « Et finalement c’est assez rare, poursuit maître Faure-Révillet, qu’après une interpellation si difficile quelqu’un soit hospitalisé directement. Le certificat à 24 heures d’un médecin psychiatre parle d’un trouble de la personnalité avec décompensation comportementale, suite à une intoxication alcoolique. »

Peine mixte, pas de maintien en détention

Mais l’expertise psychiatrique n’a pas eu lieu puisqu’elle était prévue le 4 septembre à Dijon et qu’il était alors incarcéré. Du reste, le rapport de l’AEM semble lui reprocher ce manquement et ça l’énerve parce que pour le coup, il n’y est pour rien. Son avocate plaide une altération du discernement, « il n’avait pas toute sa tête. Il ne faut pas le maintenir en détention. »
Après une longue délibération, le tribunal le déclare coupable de tout ce qu’on lui reproche, estime qu’il n’y a pas lieu de retenir l’altération du discernement, et le condamne à 12 mois de prison dont 6 mois sont assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 3 ans. Obligations de travailler, de soins (psychologiques et en addictologie), interdiction de porter une arme. Les 6 mois sont aménageables, sous conditions, les deux mois de préventive seront défalqués.

Florence Saint-Arroman

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