TRIBUNAL DE CHALON - « C’est plus une vie pour moi. J’ai subi ça pendant 6 ans »

On n’imagine pas, on ne peut pas imaginer, le nombre d’enfants qui vivent des choses épouvantables et qui en sont épouvantés. Un équipage de la police nationale en a trouvé deux, ce 29 mai, sur le palier d’un appartement à Chalon, « terrorisés et en pleurs ». Il était 2 heures du matin.

Leur maman était avec eux, le père était là aussi, « alcoolisé et très excité ». Le père est dans le box, à l’audience des comparutions immédiates, et comme le prévenu qui le précédait, il conteste avec force et bagou. « Franchement, madame » dit-il sans cesse à la présidente Verger qui doit mener une audience au rôle trop lourd. Mais que faire quand les prévenus contestent, sinon les écouter et examiner ce qui est versé à la procédure ? Et puis les confronter. Il est jugé ce lundi 31 mai, en état de récidive légale, cela double la peine encourue, « deux fois sept ans » rappelle Clémence Perreau, substitut du procureur. 

« Madame ne se rend pas compte combien elle met sa vie et celle de ses enfants en danger »

La mère dit qu’il l’a étranglée devant les enfants, le 29 mai. Ils sont séparés, il apportait de l’argent pour les enfants, et puis à 2 heures du matin la police intervient. « Je suis trop gentille, m’a dit mon avocat. » A cette scène viennent s’en ajouter deux autres. Un enfant tiré sans ménagement, un enfant qui dit « moi aussi je taperai ma femme quand je serai grand ». Des enfants qui vivent des choses épouvantables, au cœur de la nuit, pour la nième fois. « Le dossier regorge de faits, madame ne se rend pas compte combien elle met sa vie et celle de ses enfants en danger, pour quelqu’un qui a des problèmes d’addiction, qui a réduit son appartement à l’état de squat », plaide maître Marceau pour la victime. 

« C’est elle même qui s’est fait ces traces, oui madame »

Le prévenu n’en démord pas. Il avait bu, l’autre nuit ? Bah oui, mais « pour dormir », et « que des bières ». Fortes ? « Oui madame ». Son alcoolémie était supérieure à 2 grammes. « C’est elle même qui s’est fait ces traces, oui madame. » Ce dossier est fait d’allers et de retours. Une plainte, en 2017, retirée. Des départs du domicile avec les enfants et leurs passeports (elle a peur que leur père, tunisien, les embarque là-bas). Des retours. La victime vient à la barre. Elle parle du signalement fait par l’école de son fils, raconte qu’elle a nié quand les services sociaux l’ont appelée, puis que 6 semaines plus tard, elle finit par dire oui. « C’est plus une vie pour moi. J’ai subi ça pendant 6 ans. »

« C’est bizarre, quand même, madame » - Il fait plaider une relaxe

Lui : « Madame, j’ai pas tapé ma femme, jamais ! », « si je suis méchant, pourquoi elle m’ouvre la porte ? C’est bizarre, quand même, madame. » Clémence Perreau, substitut du procureur, ne trouve pas ça bizarre, et requiert la révocation de 3 mois de sursis et une peine de 24 mois de prison dont 8 mois seraient assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans, avec des obligations et des interdictions. Maître Pépin s’interroge, elle, sur la supposée impulsivité de son client et sur la matérialité des faits. « Madame a déjà subi des violences de son premier compagnon. »  L’avocate met en cause la victime dans les moindres détails de certaines de ses déclarations, dans son dos, le prévenu acquiesce. « Elle est partie en août 2020, elle a un nouveau compagnon dont elle est enceinte de 6 mois. » Aurélie Pépin demande une relaxe au bénéfice du doute.

Pendant le délibéré, Coluche, jamais bien loin finalement, revient chanter « Misè-re, misè-re »

Le tribunal déclare le prévenu coupable, et le condamne à une peine de 18 mois dont 9 mois sont assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans. Obligations de travailler, de se soigner (addictologue et psychologue), d’indemniser la victime (pour son préjudice moral). Maintien en détention pour les 9 mois ferme, incarcération immédiate pour les 3 mois révoqués, ça fait 1 an en tout. « Franchement, je l’aime, j’ai pas envie de divorcer », a-t-il dit. A sa sortie de prison : interdiction de tout contact avec la victime et interdiction de paraître à son domicile.

FSA 

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