Chalon sur Saône

Les enfants exposés aux violences intrafamiliales et si l’on en parlait ?

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Lundi, à 13 heures 30, une conférence de presse avait été organisée à l'Espace des Arts, 5 bis avenue Nicéphore-Niépce à Chalon-sur-Saône (salle de la Rotonde), pour présenter la conférence qui avait lieu à 14 h à destination des professionnels sur le thème « Enfants exposés aux violences intrafamiliales ».

Cette conférence s’est déroulée en présence de Marie Mercier, Sénatrice de Saône-et-Loire et Rapporteur de la loi Schiappa, de Jean-Jacques Boyer, sous-préfet de Chalon et Gilles Platret, maire de Chalon, assistés de Martine Brousse, Présidente de « La Voix de l’Enfant », du Docteur Anne-Héléne Moncany, Psychiatre, responsable du Centre Ressource pour les Intervenants auprès des Auteurs de Violences Sexuelles - CRIAVS Midi-Pyrénées et du Docteur Jean-Marc Benkemoun, Pédopsychiatre à l’Unité Médico Judiciaire - U.M.J - de Versailles.

Cette réunion se déroulait en partenariat avec l’Espace des Arts et en écho au spectacle « Scènes de violences conjugales » mis en scène par Gérard Watkins, joué les 5 et 6 novembre (Grand Espace – 20h).

Extraits des différents discours prononcés :

Mots d’introduction de Gilles Platret : « On voudrait prolonger la réflexion que l’on a depuis 3 ans autour de la lutte contre les violences faites aux femmes et plus largement des violences intrafamiliales puisque le réseau que l’on a constitué va fêter ses 3 ans ce mois de novembre. On voudrait prolonger la réflexion en s’intéressant aujourd’hui plus particulièrement aux conséquences sur les enfants de la commission et du spectacle de ces violences au sein de la cellule familiale. Donc l’idée est véritablement d’entamer une réflexion avec les professionnels. Quelques chiffres sur le réseau chalonnais, on a pris en charge 415 victimes en 3 ans. Sur ces 415 victimes, nous avons recensé 631 enfants exposés de près ou de loin aux violences dont faisaient l’objet les femmes à 96%. Donc on voit bien que le sujet est central dans notre réflexion. La priorité que nous avions scellé dès le départ avec Hervé Dumaine et toute l’équipe, c’était de protéger le conjoint qui était victime de violences d’où l’idée de l’hébergement d’urgence et de l’extension du réseau à la 1ère couronne avec les communes avec lesquelles on travaille naturellement et qui participent aujourd’hui aux financements d’un deuxième logement d’urgence avec 2 intervenants qui vont accompagner la victime dès sa prise en charge par le commissariat. C’était notre priorité ! En réalité, nous souhaitons aujourd’hui que la réflexion autour de la détection, de la violence subie directement ou indirectement, et bien que le spectre de la prise en charge soit plus étendue aujourd’hui qu’elle ne l’était hier, et pour cela, il faut une réflexion. Il faut aussi que les professionnels qui seront une centaine cette après-midi soient formés à cette détection et souvent cela ne se repére pas forcément ou spontanément, donc voici le format de cet événement qui est créé aujourd’hui et qui je pense va apporter beaucoup d’informations auprès des professionnels qui vont intervenir dans ce domaine. Je vous remercie tous de vos participations ! ».

Marie MERCIER : «Je travaille sur ce projet depuis 2 ans. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de vous en parler de nouveau dans le cadre des violences sexuelles sur mineurs dans une mission où j’ai rapporté la loi Shiappa, après sur les violences sur mineurs dans les institutions et là, je rapporte actuellement la loi d’Aurélien Pradié. Ce qui m’a permis lors de mes auditions de faire connaissance avec Martine BROUSSE, Présidente de « La Voix de l’Enfant » et c’est donc avec une grande joie que je peux témoigner aujourd’hui, du travail que l’on a fait ensemble. Quant au Docteur Anne-Héléne MONCANY avec qui j’avais débattue lors d’une émission et de son confrère, le Docteur Jean-Marc BENKEMOUN, ils viennent ensemble nous expliquer ce que l’on peut faire et tout ce qui est encore à faire aujourd’hui en 2019 pour protéger les enfants. Il faudrait qu’en France, on finisse par instaurer ce tribunal de la famille avec des professionnels formés à l’enfance et à la petite enfance car on n’a pas de magistrats vraiment spécialisés et de ce dire que c’est l’affaire de tous et que cela touche tous les milieux. En effet, il faut savoir que les violences intrafamiliales ou violences sexuelles touchent toutes les catégories sociales ! ».

Jean-Jacques Boyer : « Un petit mot pour dire que la prévention et la lutte contre les violences intrafamiliales, c’est une priorité de 1ère ordre pour l’Etat. Les services de l’Etat sont profondément impliqués dans cette action qui commence sur le volet répressif par la police et la gendarmerie mais aussi par l’implication de bien d’autres services comme la Direction de la Cohésion Sociale, l’Agence Régionale de Santé… Donc ce travail, il est mené en partenariat avec les collectivités locales, en partenariat avec les associations et il y a également tout un travail d’animation qui est réalisé au service départemental par le cabinet du Préfet et par la Déléguée aux droits des femmes et à l’égalité. Ce travail d’animation concerne de nombreuses villes de Saône-et-Loire qui ont créé un réseau V.I.F parmi lesquelles Chalon était la pionnière dans cette action. Maintenant la ville de Chalon fédère comme le Maire l’a rappelé les communes de la 1ère couronne qui sont des autres communes de la zone police du chalonnais. Il y a donc un bon travail qui se fait et je voulais au nom de l’Etat, m’associer à cette demi-journée de réflexion pour saluer justement la qualité de ce travail ! ».

Martine BROUSSE : « Je me réjouis de me retrouver à Chalon, puisque « La Voix de l’Enfant » a participé à la création à l’unité d’accueil médico judiciaire pédiatrique que nous allons réactiver avec enthousiasme parce qu’elle répond véritablement aux attentes des situations auxquelles nous allons parler aujourd’hui. L’association « La Voix de l’Enfant » fait partie du grenelle des violences conjugales et nous sommes la seule association portant la cause de l’enfant dans ce grenelle et il nous parait important que l’enfant soit présent, qu’il soit représenté, que l’on soit la voix de ses enfants, parce qu’on les considère trop souvent comme des témoins. Des témoins passifs à qui on va demander à dire ce qu’ils ont constaté, ce qu’ils ont vu, entendu et cela plusieurs fois. La voix de l’enfant fait comme proposition dans ce grenelle, notamment que les enfants, entre guillemets, témoins de violences conjugales soient reconnus comme victimes, qu’ils aient un statut de victime et que leurs paroles soient recueillies dans des unités d’accueil [...] Que ces enfants qui subissent un traumatisme qui est très fort et profond, bénéficient d’une prise en charge spécifique d’enfant victime, soins nécessaires et une protection qui peut aller jusqu’à la suspension de l’autorité parentale et parfois lorsqu’il y a crime de la mère, la déchéance de l’autorité parentale ! ».

Docteur Anne-Héléne MONCANY : « Je suis psychiatre et je travaille à Toulouse auprès des auteurs de violences puisque je travaille aussi en milieu pénitentiaire et que je suis responsable d’un centre ressource pour les intervenants auprès des violences sexuelles. Avec Marie Mercier, nous étions tombées d’accord sur l’idée que si l’on veut prendre en charge efficacement et de façon efficiente les violences, quelles qu’elles soient, d’ailleurs qu’elles soient, sexuelles mais c’est vrai aussi pour les violences intrafamiliales, conjugales et de façon plus générale, pour qu’une prévention soit efficace, il faut prendre en charge tout aussi bien les victimes que les auteurs avec l’idée que pour que cela soit efficace, il faut travailler ensemble. Ce qui veut dire que les personnes qui travaillent auprès des victimes, des victimes potentielles, des auteurs, des auteurs potentiels, travaillent ensemble, se parlent tout en gardant chacun son champ de compétence : sanitaire, psychiatrique, psychologique, éducatif, social… Dans tous les cas, nous avons tous intérêt commun à se connaître ! Et nous sommes là, aujourd’hui, aussi pour cela ! Pour travailler dans la même direction car cela nous semble essentiel […] Voilà, ce que l’on espère aujourd’hui et ce que l’on va tenter d’expliquer à notre auditoire ! ».

Docteur Jean-Marc BENKEMOUN : « Je suis pédopsychiatre et médecin légiste. J’ai créé l’unité médico judiciaire de Versailles en 2003 et une unité d’accueil en 2012. J’ai donc la chance d’être des deux côtés de la barrière : victimologie pour les femmes et enfants et beaucoup de criminologie notamment comme enseignant à l’Institut de Criminologie de Paris. Donc du coup avoir ces deux côtés, cela permet de se rendre compte de l’impact de la maltraitance sur la vie d’un individu et de se rendre compte que cette prévention que l’on essaie de mettre en place, c’est possible d’une certaine façon concernant la prévention de la délinquance […] Je pense néanmoins en tant que pédopsychiatre que la délinquance juvénile, dans tous les cas, qu’elle soit infantile ou de l’adolescence est un symptôme pur de la maltraitance. Quand on voit le parcours de vie de ces jeunes gens, on se rend compte en fait que très souvent et cela n’est pas une excuse que si on les prend en charge sans ce levier de la maltraitance et bien on a des suivis assez chaotiques de patients de 20 à 30 ans. On se rend compte aussi que d’après des études américaines et canadiennes, qu’il faut impérativement repérer cette maltraitance et prendre en charge tout aussi bien les victimes que les auteurs par ce biais là ! […] C’est donc tout ce travail que l’on essaie de colporter et surtout dans une dynamique effectivement de pluri-professionnalisme, parce que les uns sans les autres on ne peut rien [...] Ma conclusion, c’est que l’on est tous réunis aujourd’hui pour discuter de cela, car la maltraitance c’est l’affaire de tous ! ».

S’en suivait une réunion dans le studio noir où était convié une centaine de professionnels venus écouter et rencontrer les intervenants.

Le photoreportage info-chalon.com                              

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