Opinion

Élections pièges à… Ou comment les abstentionnistes font élire des maires 

Par Jean-Jacques Fouché - Directeur de la Maison de la culture à Chalon de 1974 à 1983 - Ancien Inspecteur Général au Ministère de la Culture

Élections pièges à…

Ou comment les abstentionnistes font élire des maires : 

La France compte 34 968 communes. Le 15 mars 2020, le premier tour des élections municipales donne un résultat définitif pour 30 480 communes. Cette situation exceptionnelle est due à un taux d’abstention qui ne l’est pas moins, il est extraordinaire. Le très faible nombre de votants fait baisser de manière mécanique la barre des 50 % de voix nécessaires pour obtenir un mandat municipal. Les exécutifs municipaux sont alors élus par un très faible pourcentage de la population.   

Exemple de la ville de Chalon-sur-Saône : elle compte 45 096 habitants dont 26 001 électeurs (inscrits sur les listes électorales). La liste Les républicains (droite) du maire sortant a obtenu 5007 suffrages sur un total de 9714 votants et 9549 suffrages exprimés. Ce résultat permet à cette liste d’obtenir 34 sièges (sur 43) au conseil municipal et assure une majorité de droite au conseil de l’agglomération (le  Grand Chalon).   

Ce résultat est obtenu avec une participation de 37,36% et une abstention de plus de 60%. L’abstention fait élire, par 5000 électeurs, des élus qui auront autorité sur la ville et l’agglomération pendant 6 ans. Cette situation est juridiquement possible, est-elle politiquement juste et moralement acceptable ?

Comment les élus du 15 mars 2020 pourraient-ils exercer leurs responsabilités avec un si faible soutien de la population (5000 pour 45000) ?  

On sait et on répète que les abstentionnistes ont toujours tort. Mais les circonstances du déroulement du scrutin ont provoqué la croissance de l’abstention. Les hésitations du Gouvernement en présence du développement de la crise sanitaire (le maintien ou pas du premier tour en débat jusqu’à la veille du scrutin) ont accru la méfiance des électeurs, une méfiance justifiée par l’insécurité sanitaire des bureaux de vote (dont certains ont pu constituer des foyers de contamination).

Les élus au bénéfice de l’abstention, seront-ils légitimes – quelques puissent être les raisonnements juridiques - pour mettre en œuvre un programme qui aura été si faiblement approuvé par le corps électoral et la population ?

On pourra douter de cette légitimité. La contestation du résultat du premier tour ne viendrait-elle pas renforcer le ressentiment manifesté, depuis plusieurs années, envers les pratiques démocratiques et les élus ?  Ce serait regrettable.

Alors que le Gouvernement, qui prévoyait le deuxième tour le 21 juin prochain, hésite et semble reculer à nouveau, ne serait-il pas politiquement opportun et moralement justifié de reprendre dans son entier la procédure électorale des conseils municipaux ? 

Ce serait le meilleur moyen pour atteindre un niveau acceptable de suffrages exprimés assurant une légitimité incontestable aux élus.

J. J. Fouché /  23 mars 2020 / 21 avril 2020

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