Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON : Un jeune schizophrène avait agressé un restaurateur de Verdun sur le Doubs, une situation préoccupante

Appelons-le Steven. C’est un garçon de bientôt 20 ans qui en paraît moins. Il a le visage rond, il est légèrement corpulent, et il fait du souci à tout le monde. A sa mère, qui l’accompagne : lorsqu’il veut de l’alcool, il l’oblige à aller en chercher ou devient violent.

Au psychiatre qui parle de « traits de personnalité psycho-pathologiques ». A la conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP) qui écrit « nous ne pouvons être que très pessimistes sur l’avenir de ce jeune homme ».

Le 28 octobre 2016 tombait un vendredi. Ce soir-là, monsieur R. ferme son restaurant de Verdun à 23h30, puis rentre chez lui à pied. Mais arrivé au bout de la rue, il entend tambouriner. Il se retourne et voit quelqu’un donner des coups de pied dans sa devanture, il va voir ce qui se passe.
Il se passe que Steven ce soir-là avait bu avec un copain, et, en panne de boisson, était venu en chercher là. Furieux de trouver porte close, il attaque le gérant en tenant des propos incohérents, du type « je suis l’aigle blanc et l’aigle blanc a gagné ». 

Le restaurateur s’en sort avec deux jours d’ITT. Yeux, nez, lèvre, tempe gauche, cuir chevelu : il a été roué de coups.

Steven, lui, est en état de récidive légale, condamné par le tribunal pour enfants en 2014 (3 mois de prison avec sursis assortis d’un suivi mise à l’épreuve de 3 ans). Il a une main en sang et reconnaît s’être « énervé ».

Le jeune homme fait l’objet d’un suivi éducatif depuis longtemps. Il a été hospitalisé en centre psychiatrique en 2013 et en 2014. Il y a deux ans, on pose un diagnostic : schizophrénie. Steven reçoit des injections régulières pour contenir ses désordres. Il a été reconnu comme adulte handicapé. 

Le psychiatre récemment missionné parle d’addiction à l’alcool et au cannabis, mais pense que le sujet reste « curable et adaptable » vu son jeune âge, tout en soulignant ce qui reste problématique : Steven ne sait pas attendre pour obtenir ce qu’il veut, c’est tout, tout de suite, et il est dangereux s’il a bu.

« Vous en pensez quoi, maintenant ? lui demande la présidente Catala.
- J’ai décidé de ne plus boire, je ne bois plus.
- Comment je peux en être certaine ? Votre mère a récemment déclaré que vous l’obligez à aller chercher de l’alcool. »
Pas de travail, pas de formation, comment occupe-t-il ses journées ?

« Comme je peux… télé, jeux, pêche. »

Le parquet requiert 8 mois de prison avec sursis assortis d’un suivi mise à l’épreuve de 3 ans. « Sa santé est préoccupante. » Maître Mirek, saisie en dernière minute, essaie de faire requalifier les faits, pour éviter la prison ferme (qu’il encourt), « à 19 ans, il a déjà connu la chambre d’isolement, et ne l’a pas supportée ». 

De l’extérieur, on se dit que l’état de ce garçon mériterait peut-être une prise en charge médicale adaptée complète. On se dit qu’en cette époque où l’on supprime des lits partout, où l’on ferme des services, voire des hôpitaux, au nom d’une supposée « effiency » qui ne fabrique que en réalité des difficultés pour tout le monde, il revient alors in fine à la justice d’examiner ce qu’elle doit et peut faire avec les moyens dont elle dispose, et que c’est injuste, pour les personnes au premier chef, mais peut-être aussi pour les magistrats qui n’en peuvent mais. 

Face à la complexité de cette situation, le tribunal met sa décision en délibéré au 9 octobre prochain. 

 

FSA

 

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