Politique de droite

ELECTIONS EUROPEENNES - "Tout a été fait par le Président de la République pour escamoter cette échéance européenne" pour Arnaud Danjean

L'euro-député, Arnaud Danjean (LR), candidat à sa succession au Parlement européen et n°3 sur la liste portée par François Bellamy, a répondu aux questions d'info-chalon.com. Jeudi soir, à la salle Marcel Sembat à Chalon sur Saône, les Chalonnais sont invités à participer à une réunion publique en présence de François Bellamy et d'Arnaud Danjean.

Dans moins de 15 jours, les électeurs seront appelés à participer à l'élection européenne, et pourtant la campagne semble bien absente de nos territoires ? 

C’est à chaque fois la même chose! La campagne européenne démarre toujours très tardivement. Cette année fut encore pire car tout a été délibérément fait par le Président de la République pour occuper l’espace politique et médiatique (grand débat, annonces...) et escamoter cette échéance européenne.
Il ne faut pas oublier aussi que lors des deux dernières élections (2009, 2014), on votait par grande circonscriptions régionales. Ce qui donnait au moins un minimum d’ancrage territorial. Par exemple je pouvais concentrer ma campagne sur le grand quart nord-est de la France. Aujourd’hui, tous les partis politiques -sauf Les Républicains- ont souhaité instaurer une seule circonscription nationale. Résultat: moins d’ancrage territorial et un scrutin encore plus abstrait.
Pour ce qui nous concerne, avec mes co-listiers François-Xavier Bellamy et Agnes Evren, nous sillonnons le pays depuis près de 3 mois et faisons malgré tout une campagne de proximité au maximum.

L’Union européenne est régulièrement pointée du doigt quand ça ne va pas, si vous deviez retenir des actions d’importance menées au cours de votre précédent mandat ?

D’abord il faut souligner qu’il y a des sujets d’inquiétude ou de colère de nos concitoyens sur lesquels l’Europe n’intervient pas! Les systèmes de retraite, la fiscalité, l’éducation, l’organisation des collectivités... tout cela est décidé au niveau national, pas au niveau européen.
Sur les sujets européens importants qui ont connu des améliorations ces dernières années, cela va de décisions techniques très quotidiennes comme la fin des frais d’itinérance pour le téléphone mobile ou le soutien aux associations caritatives qui gèrent les programmes alimentaires de solidarité, à des dispositifs plus spécialisés dans des secteurs importants, comme la création d’un fonds européen pour la défense, l’adoption de mesures de lutte contre le terrorisme... et enfin il y a des chantiers très importants qui sont en cours mais pas totalement achevés, surtout dans le secteur social, comme par exemple des textes que nous avons réussi à faire voter il y a 2 mois à peine pour enfin réglementer plus durement le transport routier et essayer de mettre fin à la concurrence déloyale des pays de l’Est dans ce secteur. La révision du travail détaché est aussi une tâche difficile mais qui a enfin été démarrée.

Les analystes les plus optimistes prévoient des taux de participation très faibles. Que répondre à celles et ceux qui prévoient de bouder les urnes ?

Là encore, ce n’est malheureusement pas une vraie surprise, la participation est toujours faible pour les élections européennes. Et on ne peut pas en vouloir aux citoyens, auxquels on offre pendant près de 5 ans très peu d’information sur l’Europe (ou bien souvent des caricatures négatives). Pour autant, il y a des enjeux majeurs pour les années à venir, sur les sujets sociaux, sur les sujets commerciaux, sur la sécurité... Si les députés français sont « mal » élus (avec peu de participation), leur poids à Strasbourg et Bruxelles est affaibli par rapport à des pays plus présents sur ces sujets. C’est trop facile de rejeter toujours la faute sur l’Europe face aux problèmes et de s’en désintéresser le jour où on peut faire un choix.  

D’autres considèrent que le scrutin pourrait être un référendum anti-Macron. Votre sentiment ?

Il faut dire que le Président de la République fait tout pour cela ! Il a même utilisé le récent sommet européen en Roumanie pour faire campagne. C’est du jamais vu! À force de vouloir tout concentrer à son niveau et de se présenter comme le seul choix possible, il ne faut pas s’étonner que cette élection puisse être vue comme un référendum par beaucoup de gens.
Il est vrai aussi que cette élection sera la première élection en France depuis 2017 et les bouleversements que nous avons connus. Donc il y aura inévitablement une dimension très nationale.

La France verse 20 milliards à l’Europe pour n’en percevoir que 13. Que répondre aux voix qui s’élèvent pour dénoncer ce qu’ils qualifient comme une gabegie ?

D’abord une gabegie signifierait que l’argent européen est mal utilisé. On peut en critiquer la répartition, mais il faut souligner que 94% du budget va à de l’investissement, contre 6% au fonctionnement, ce qui est un ratio intéressant comparé à celui de beaucoup de nos instituions nationales ou locales ! À cet égard il n’est pas inutile de rappeler que la fameuse « technocratie » européenne, si souvent décriée, représente 40.000 fonctionnaires pour 500 millions d’Européens. Soit moins de fonctionnaires que pour la mairie de Paris !


Enfin, sur ce qu’on appelle la « contribution nette » de la France, il ne faut pas oublier que la France et ses entreprises «récupèrent» indirectement de l’argent qui est dépensé ailleurs. Dans un marché unique de 28 pays, des budgets européens investis dans certains pays bénéficient à des entreprises françaises. Il y a aussi des mécanismes, assez techniques, par lesquels des fonds européens apportent des garanties pour des investissements qu’un budget national seul ne pourrait permettre d’obtenir (c’est l’effet de levier de certains investissements européens).

L’Europe est défendue comme un rempart contre la guerre et pourtant les budgets militaires explosent partout à l’échelle planétaire. Un contre-sens ?

Non, au contraire. D’une part parce que la construction européenne a bel et bien été depuis sa création un facteur déterminant pour assurer la paix entre ses membres (il suffit d’ailleurs de regarder ce qui se passe en Irlande avec le Brexit pour bien comprendre les vertus de l’Europe en la matière). Mais d’autre part il faut regarder le monde avec lucidité et constater qu’il est plus instable que jamais, ce qui oblige donc l’Europe à assumer un rôle plus important en matière de sécurité et de défense. C’est aussi le sens de certains projets que nous défendons, permettant de mutualiser certains investissements dans la recherche militaire. Il existe des défis immenses en matière de défense, et si l’Europe n’acquiert pas certaines technologies et ne fait pas les efforts suffisants, elle sera dépendante d’autres et vulnérable.

Nadine Morano, Brice Hortefeux ou Geoffroy Didier sont également à vos côtés sur la liste portée par Bellamy. Pourtant des personnalités et des idéologies sur lesquelles vous vous êtes exprimé à plusieurs reprises. Que répondre à celles et ceux qui s’en étonnent ?

Je doute que vous trouviez des déclarations publiques de ma part contre mes co-listiers. Même si nous avons des sensibilités et des parcours différents, mais au sein d’une même famille politique. Au sein de laquelle la diversité n’est pas nouvelle. Nous avons eu des avis différents lorsqu’il y a eu des choix internes à faire et cela est tout à fait normal (primaires, élections du président de parti...). Mais je siège avec ces collègues et nous votons ensemble sur tous les textes européens. Il n’y a donc aucun problème de cohérence. Je ne dirai pas la même chose concernant, par exemple, la liste de Mme Loiseau, où il existe des différences incroyables entre les candidats...

Propos recueillis par Laurent Guillaumé - Info-chalon.com 

 

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