TRIBUNAL DE CHALON - Ivre, il en découd avec 4 agents de sécurité puis 6 policiers à Carrefour Chalon Sud

« Je pense c’est moi qui a pété un plomb tout seul dans ma tête. J’ai jamais été violent à ce point-là. » L’escogriffe s’exprime plutôt bien, du box où il se tient, debout, devant le tribunal, ce lundi 25 mai à l’audience des comparutions immédiates. C’était pas le même quand il est allé chercher de l’alcool à Carrefour sud-Chalon ce samedi 22 mai avant 10 heures du matin. Il était déjà ivre.

Il a arrosé de coups, de crachats et d’insultes pas moins de 4 agents de sécurité et 6 policiers. Son comportement a vraiment mis l’ambiance dans la grande surface puisqu’après avoir cassé d’une gifle les lunettes du premier agent de sécurité, les hommes ont roulé au sol, et qu’il a fallu faire une annonce au micro pour que les renforts arrivent en courant, puis deux équipages police-secours. Insultes fleuries pour tous, ouvertement sexuelles, gratifiant particulièrement la femme policière, et à caractère raciste, visant l’un des membres des équipages. Refus de garder le masque qu’on lui avait mis, puis des coups de poing (visage et tête, 1 jour d’ITT) contre le policier qui le place en cellule au commissariat.

Un homme souffrant, à divers égards

Mais alors sur les faits, c’est « le trou noir ». Il en a de plus en plus et ne comprend pas pourquoi. Du coup, il en est au stade où, quand il se levait le matin, chez son grand-oncle qui l’hébergeait (et qui au passage ne le veut plus chez lui), « je demandais tout de suite si j’avais fait quelque chose de mal ». Des fois que. Il a 27 ans (soupir). Il est suivi par un psychiatre. « Une fois par mois. » Le rythme est important, n’est-ce pas ? Suivi pour « dépression, et puis je suis bipolaire avec tendance schizophrénique, et puis pour l’alcool ». Il prend 4 médicaments différents, et d’ailleurs, pour l’alcool, « il a vachement diminué » (sic).

« Il a pris les forces de l’ordre pour un défouloir »

A l’origine du cirque : il casse deux bouteilles de rosé « au rayon des liquides » comme on dit à Carrefour. Préjudice : 9 euros. Résultat final : une comparution immédiate. « Les crachats sont toujours une atteinte à la dignité, et, en pleine pandémie de covid, ils sont aussi une atteinte à la santé, créant un préjudice d’anxiété, dans l’attente des tests » plaide maître Bibard pour les policiers. Et puis « il a pris les forces de l’ordre pour un défouloir. On a tout : outrages, menaces de mort, violence. » Marie-Lucie Hooker, substitut du procureur, demande au tribunal « une application stricte de la loi », elle requiert une peine mixte. 12 mois de prison dont 6 mois assortis d’un sursis probatoire renforcé (il n’a plus de logement, il souffre de pathologies mentales, il a besoin d’un accompagnement soutenu, ndla). Elle demande son maintien en détention pour la partie ferme.

« Il se fait du mal à lui-même, principalement »

« C’est une personne tourmentée, plaide maître Lopez. Il a fait trois tentatives de suicide au cours de ces trois dernières années. Il souffre d’addictions multiples, dont celle, massive, à l’alcool. Il est un peu désœuvré, éloigné de sa famille. En garde à vue, il était dans un état déplorable et inquiétant. Il mettait des coups de tête dans les murs de la cellule. Il se fait du mal à lui-même, principalement, mais le mal fait à autrui, dans ces proportions, entraîne une prise de conscience. » « Je suis désolé, oui », dit le prévenu d’une voix forte.

Incarcéré pour 4 mois, puis suivi renforcé

Le tribunal déclare le prévenu coupable et le condamne à une peine de 10 mois de prison dont 6 mois de sursis probatoire renforcé pendant 2 ans. Obligations de soins (addictologie et psychiatrie), de travailler et d’indemniser les parties civiles. Pour la partie ferme, il est maintenu en détention.
« Déjà, je savais que j’étais alcoolique, mais là, à ce stade, c’est trop grave. Même à moi, ça me fait peur. »

Florence Saint-Arroman

Note - Ce prévenu n’avait qu’une condamnation à son casier et n’a manqué tuer personne. Le jeune homme jugé avant lui pour des faits commis à Montceau alors que, ivre lui aussi, il avait roulé sur un policier (le mettant en grave danger) pour échapper à un contrôle, en avait deux, et fut condamné à une peine de prison de 9 mois aménagée en détention à domicile. Mais il travaille, et ses parents étaient dans la salle. Ça change pas mal les choses. Le prévenu chalonnais se trouve au moment du jugement sans domicile, la peine aménagée n’est pas possible, personne n’était là pour lui dans la salle. Voilà comment on arrive à des différences dans la dureté des peines. Les inégalités sociales se révèlent aussi au tribunal, même s’il y règne l’égalité de droit. Les injustices commencent par exister au sein du corps social, et de cela l’institution judiciaire n’est pas responsable.

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