Mercurey

A Mercurey, il justifie ses violences sur son épouse à cause d'un traitement

Il lui casse le bras...

Le prévenu parle beaucoup des accès de violences qu’il a pu avoir par le passé, sur ses anciennes compagnes. Il est donc sujet à des emportements sans limites, mais c’est la faute au traitement qu’il prend contre l’épilepsie (sic). Dans la salle d’audience, ce lundi 2 août, sa compagne actuelle est là, un bras entièrement plâtré. 

« Et vous n’avez jamais décidé de vous faire suivre ? » lui demande la présidente Caporali. Non. Par contre, il fait beaucoup de sport « ce qui fait redescendre la pression liée aux séquelles de cette encéphalite. » Encéphalite, en soi, ça ne veut rien dire, il y en a de toutes sortes, mais cet enseignant à la retraite sait lancer des mots forts, mine de rien... Il parle beaucoup. Il parle trop. C’est chelou. « On a l’impression que vous cherchez à justifier vos actes » résume, pour tout le monde, la présidente. 

Il s’énerve, ordonne à sa femme de partir, mais…

Le 30 juillet à Mercurey, une dispute de plus, aux conséquences cette fois-ci publiques. Ils sont ensemble depuis 2010, mariés en 2014. Il y a déjà eu des violences physiques, mais bon an mal an, le couple durait encore, sauf que depuis 2 ans, leur vie conjugale ne sauve que les apparences. Vendredi dernier, il rentrait d’Espagne, content de son séjour dans son pays natal, mais il est très vite rattrapé par des contrariétés. Le fils de madame n’est toujours pas vacciné contre le Covid, y a des soucis avec les canalisations d’eau. Ça énerve monsieur. Quelques moments plus tard, il ordonne à son épouse de « partir », elle obtempère, va prendre quelques affaires dans sa chambre, mais il la suit...

…lui casse un bras

Elle part de chez elle avec un bras cassé. Elle a 45 jours d’ITT, elle a déposé plainte le lendemain. Le mari est dans le box, et c’en est encore un qui prend la tête, à parler comme un moulin, dénigrant par petites touches mais nombreuses, sa femme, comme le relève maître Carole Fournier qui intervient pour la victime. Et c’est vrai. Il s’exprime très bien, et met tout sur le compte de son traitement, n’a que l’épilepsie à la bouche. C’est elle qui est au centre de tout. Ce mal difficile à vivre, oui, mais qui a vu qu’un de ses traitements rendait violent et puis c’est tout c’est comme ça ?

Déjà une condamnation pour violence sur conjoint

La victime est à la barre. « Quand il a vrillé mon poignet, j’ai crié. Et quand il l’a tiré vers l’extérieur, là j’ai hurlé. J’ai dit que je m’en allais. Ma main droite ne pouvait plus soulever mon sac. » Le prévenu : « J’ai été violent sans le vouloir, c’était incontrôlé. » Ben voyons. Angelique Depetris, substitut du procureur, ne le rate pas : à supposer que son traitement ait eu une quelconque incidence de cette sorte sur son comportement, il devait s’en soucier et s’en occuper. A son casier, une condamnation pour violence sur conjoint, en 2006, sur une autre compagne. La procureur requiert une peine de 18 mois de prison dont 6 mois seraient assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans, et un mandat de dépôt.

Il ne veut pas porter de bracelet électronique

Le prévenu est apparu très autocentré. Il a même dit, à l’enquêteur social, avant l’audience, refuser un aménagement de peine. Il ne veut pas porter de bracelet électronique, « je fais beaucoup de sport, je transpire beaucoup, alors je ne veux pas porter un bracelet à la cheville. Et puis psychologiquement, j’aurais du mal à le supporter, vu ce que j’ai fait... » En fait, le souci est là : il reconnaît être la cause de la fracture du bras de sa femme, mais une cause involontaire. D’où sa réaction estomaquée quand la procureur dit qu’il encourt une peine de 5 ans de prison.
Maître Duquennoy reprend rapidement ce que le prévenu plaidait pour lui-même, et dit que le tribunal ne doit pas écarter la possibilité du port du bracelet électronique car son client est surtout ignorant de ce que c’est. … « Je n’avais pas pris la conscience de l’importance du bracelet électronique », dit l’ancien prof qui a surtout compris qu’à faire le malin il s’est tiré une balle dans le pied.

8 mois ferme puis 2 ans sous main de justice

Le tribunal le déclare coupable, le condamne à une peine de 14 mois de prison dont 6 mois sont assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans, avec obligations de soins (psychologiques), d’indemniser la victime (renvoi sur intérêt civil en décembre), interdiction de tout contact avec sa future ex-épouse. « Le tribunal dit qu’il n’y a lieu d’aménager la partie ferme ab initio, au vu de votre positionnement. » Il devra rencontrer un juge d’application des peines. « L’aménagement de peine n’est pas un droit », insiste la présidente. Du box, le prof lance des regards stupéfaits, choqués. « J’ai 8 mois ferme ? » La juge confirme. Il semble trouver cela insensé. Forcément, si c’est la faute d’un traitement…

Florence Saint-Arroman