Chalon sur Saône

Deux ans de prison ferme pour avoir menacé et outragé policiers et magistrats chalonnais.

L’homme a trente ans mais a déjà passé dix ans de sa vie derrière les barreaux. Il y restera encore un peu.

Les faits se sont passés au commissariat et au tribunal de Chalon-sur-Saône en 2015. L’affaire  été délocalisée. Bien connu des services de police, le jeune homme est une nouvelle fois interpellé en novembre 2015. Originaire d’Autun, Karim  est  « nerveux ». Déjà, son entrevue au commissariat de Chalon ne se passe pas bien. Une semaine après les attentats du 13 novembre, le jeune homme a le bon goût de menacer les policiers de « massacre à coups de kalach’ ».

Vêtu d’un pull bleu rayé dans le box réservé aux détenus du tribunal de Mâcon, il mime beaucoup les explications. Plutôt bavard. On a parfois l’impression d’être face à un comédien spécialiste du stand-up plutôt qu’en train d’écouter une comparution. Il mime ce qu’il décrit, agite le micro, accuse les forces de l’ordre de l’avoir humilié et malmené, sinon d’avoir proféré des insultes racistes à son encontre. Il fait remarquer au tribunal qu’aujourd’hui, il est « calme ». Persiste à dire que s’il était si en colère, «  quelque chose de grave a dû se passer » mais ne s’en souvient guère.  « Si je m’étais appelé François, ça se serait peut-être mieux passé avec la police. Je voulais fumer, ils me l’ont interdit » assène-t-il pour justifier sa colère dévastatrice du 20 novembre 2015. Sa rébellion s’est terminée par un coup de tête violent sur une policière. Le président lui explique qu’il est difficile de laisser fumer un détenu dans un lieu public comme un tribunal, surtout quand on attend dans le couloir son audition chez le juge d’application des peines. Ce jour-là, Karim entre dans une telle furie qu’il faudra un homme supplémentaire, le brigadier d’audience, pour le maîtriser. Le président s’étonne aussi que le fait d’avoir passé un tiers de sa vie en prison ne pousse pas Karim à davantage de réflexion. Pour ces violences et menaces,  il est en récidive légale. Une semaine après cet incident, en prison, lors d’une nuit où il est particulièrement agité, le surveillant l’entend menacer la juge d’application des peines : « Vivement que ce soit la guerre,  je me ferais un plaisir de tirer sur la juge » profère-t-il entre autres amabilités. Le prévenu raconte avoir pris cette nuit-là des médicaments.

Pour le parquet, « les propos et le comportement du prévenu sont inquiétants ». Autant les procédures concernant  menaces envers les forces de l’ordre peuvent rythmer certaines audiences, autant les menaces formulées à l’encontre des magistrats sont plus rares. « Pour lui, ce qu’ont pu entendre les policiers ou les magistrats présents sont des hallucinations auditives. Il n‘a aucun regret ». Le ministère public déplore aussi que le prévenu refuse l’obligation de soins. Réquisitions :  trente mois de prison dont six avec sursis et une mise à l‘épreuve de 24 mois.

Me Vion, déplore des faits très désagréables. Elle qui défend le prévenu, note « un comportement inquiétant chez lui mais davantage du côté médical. Il est entré dans une furie, une démence incontrôlable. Ce n’est hélas pas la prison qui le calmera ».

Le tribunal a suivi le parquet et condamné Karim à 24 mois de prison de ferme et six mois avec sursis et à une mise à l’épreuve de deux ans avec une obligation de travail et de soins. Quand il fêtera ses trente-deux ans, il aura passé douze ans de sa vie derrière les barreaux…

 

Florence Genestier

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