Chalon sur Saône

Vive émotion dans la communauté ultramarine du Chalonnais après l'annonce de la disparition prochaine de France Ô

Les chaînes de télévision France 4 et France Ô vont cesser d'émettre le 9 août. À Chalon-sur-Saône, cette annonce a suscité une vive émotion dans la communauté ultramarine. Plus de détails avec Info Chalon.

Le compte à rebours est lancé: 2 chaînes du groupe France Télévisions, France 4, consacrée notamment à la jeunesse, et France Ô, chaîne des Outre-Mer, diffusées sur la TNT devraient cesser d'émettre le 9 août prochain. La fin de ces deux chaînes, annoncée en juin 2018 par la ministre de la Culture de l'époque, Françoise Nyssen, au nom d'une «accélération des investissements dans le numérique» de France Télévisions, avait suscité les craintes au sein de la filière française de l'animation et en Outre-Mer.


Si depuis, le calendrier précis de fermeture des deux chaînes n'avait pas encore été annoncé, vendredi, la maison-mère des 2 chaînes a confirmé cette décision et estimé qu'un arrêt en plein été lui paraissait la solution la plus plausible . Cela permettra à France 4 et France Ô de terminer leur saison 2019-2020, sans avoir à installer de nouvelles grilles pour une saison suivante qui aurait été réduite au mieux à quelques mois.


L'arrêt de 2 chaînes du France Télévisions devrait «s'accompagner d'un basculement de leurs programmes sur des plateformes numériques, et d'un renforcement des programmes pour enfants et ultramarins sur les autres chaînes du groupe».


Ce chantier a déjà été amorcé avec le lancement, en décembre 2019, d'Okoo, nouvelle offre en ligne pour les enfants de France Télévisions, qui succède à ses anciennes marques Ludo et Zouzou, et offre de nombreuses émissions et dessins animés inédits.


De nombreuses inquiétudes dans la communauté ultramarine de notre ville
Cette décision a, bien entendu, généré des inquiétudes en interne et en externe, notamment au sein de la filière française de l'animation — France 4 diffusant de nombreux dessins animés Made in France —, qui avait plaidé en faveur d'un moratoire, et parmi les élus d'Outre-mer, qui redoutent une moins bonne visibilité de leurs territoires sur le petit écran.


Une inquiétude partagée également par la communauté ultramarine du Chalonnais, pour qui, depuis sa création en 2005, France Ô constituait un lien indispensable entre la Métropole et l’Outre-Mer.


«Personnellement, je ne regarde la télévision mais c'est triste pour les gens qui avaient l'habitude de regarder la chaîne. C'était un lien avec avec le pays», nous dit Gilbert Bardeur, originaire de l'île Maurice, une figure bien connue de la communauté ultramarine de Chalon-sur-Saône.


«Je repense à ma mère et à ma femme qui suivent des feuilletons sur la chaîne, ça sera un coup dur pour elles», nous dit Jeff, un Guyanais, qui fait ses courses avec son fils, Lohan.


«Je suis surpris de cette annonce, je regardais les informations pour avoir des nouvelles de mon île natale et des reportages en replay sur France Ô pour découvrir d'autres facettes de notre pays, après le travail, c'est vraiment dommage!», déplore, Assoumani, originaire de Mayotte.


«C'est une mauvaise idée! Nous n'aurons plus de nouvelles au quotidiende nos chères îles!», s'insurge également le Comorien Amed Ibouroi, gérant du Komor Exotique, épicerie située 12 Rue Colette.


«Pourquoi la supprimer? Il y a de très bons programmes sur France Ô!», s'interroge Pascal.


«Quand on regarde les chaînes françaises, il n’y a pas toutes les couleurs de la France à la télévision. On ne voit pas nos compatriotes des îles lointaines, comme dans mon Pacifique natal. Les gens ont des images d'Épinal avec des vahinés, un ukulélé ou des cocotiers mais nous, on a besoin de se tenir informés ce qui se passe là-bas. Je suis pour que l’on garde France Ô. Il faut peut-être l’améliorer, peut-être revoir les programmes, la rendre plus dynamique, mais la supprimer serait une erreur», nous indique Michel, originaire du territoire des îles Wallis et Futuna.


«Figurez-vous qu'hier encore, je regardais la chaîne et je me demande depuis cette annonce de la suppression de celle-ci : comment certains vont avoir accès aux nouvelles du pays?», interpelle à son tour, Michel, un habitué du Saveurs des Îles, établissement bien connu de la communauté où travaille Jessica Boyer, originaire de la Réunion, attristée par la nouvelle et qui nous rappelle que «des gens voyageaient aussi à travers» France Ô.


Même désarroi chez DJ Dan Wayo, son mari, qui aimait beaucoup les programmes musicaux de la chaîne et «qui distillait un peu de l'ambiance du pays».


Originaire de Martinique, Philippe Leton est le président et co-fondateur de l'Association Chalonnaise d'Outre-Mer (ACOM), avec le Réunionnais Jacky Mariamal et le Malgache Ali Elmi, il y a 23 ans de cela.


Forte de 80 adhérents, l'ACOM organise chaque année 2 grands événéments.


Philippe qui rappelle en outre que «le Président de la République, durant sa campagne, avait d’ailleurs écarté la suppression de France Ô» est surpris, lui aussi, que «l'on sacrifie un média qui faisait la promotion d'une partie de ce qui fait la diversité de la culture française et qui permettait à beaucoup d'Ultramarins de maintenir, même loin de chez eux, un certain lien avec les DOM-TOM».


«Selon moi, c'est une grande perte, non seulement pour nous, originaires de cette France d'Outre-Mer qui n'aura plus de visibilité importante mais pour l'ensemble de nos concitoyens, c'est une occasion manquée de montrer au monde entier que notre pays a une une richesse et des spécificité. Surtout à notre époque où nous avons tous besoin de créer du lien», regrette le président de l'ACOM.


Considérée comme une erreur, l'annonce de l'arrêt France Ô est vécue comme un choc pour de nombreux membres de la communauté Ultramarine de notre ville, qui se sent mal considérée et sacrifiée pour des raisons économiques, la fin de cette chaîne pourait avoir des conséquences systémiques à l'avenir.

 

 

Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati

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