TRIBUNAL DE CHALON - Violences et alcool pour ce couple de Sennecey

« Il ne décuve quasiment jamais, il ne s’excuse jamais. » Il entre sous escorte dans le box, il porte un masque chirurgical et un débardeur. Son ventre rond, ses bras flasques d’où saillent encore quelques muscles, ses maigres cheveux collés sur son front comme un reliquat d’enfance, sa voix un poil trop aigue sous le coup de l’émotion et sans doute d’une forme de peur. Tout raconte une vie en pente. Ce lundi 6 juillet à l’audience de comparution immédiate, il va verser dans le fossé.

Une rencontre et une opportunité

En 2011 il cesse de travailler, suite à une chute de 4 étages. En 2013, alors qu’il vit à Lux, il repère une annonce dans le journal : une femme de Sennecey-le-Grand a passé une annonce, elle recherche un bon ami. Ils se voient, ils se plaisent, on le suppose. Chance, elle est propriétaire de son logement. Le voilà installée à Sennecey, pour le meilleur et pour le pire, les mixant en « un petit calvaire quotidien » comme dira maître Diry pour la victime.

Il ne décuve quasiment jamais 

Le prévenu est né en 1972, à Saint-Rémy, c’est un gars d’ici. Il a déjà 48 ans, mais n’a, en même temps, que 48 ans. Fixé sur sa consommation d’alcool quotidienne, et sur son alcoolémie qui rapidement lui interdit de conduire. C’est ce qui s’est passé le 2 juillet. En sursis mis à l’épreuve, il était suivi par un conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation, un CPIP. Celui-ci lui avait donné rendez-vous à 14 heures ce jour-là, mais à 14 heures le taux d’alcool dans le sang de ce monsieur lui interdit absolument de conduire. « Trois heures après les faits, le taux était encore de 1.21 gramme », précise le président Madignier.

Violences, souvent

Que faire ? Il raconte un bobard au CPIP et s’apprête à terminer la bouteille quotidienne de Whisky, comme d’habitude. Mais sa compagne sature. Non seulement le budget alcool avoisine les 600 euros, mais en plus il l’insulte, il lui donne des coups, « oh pas trop de coups de pied, parce que je ne suis pas souple », il la menace avec un couteau, « j’aime bien l’aiguiser, ça me calme ». Elle riposte, hein, elle n’est pas en reste, mais enfin le rapport de force n’est pas équitable et puis elle est chez elle et il refuse de partir. Pourtant elle lui a demandé combien de fois, d’aller chercher un appartement ? Elle n’est pas vache, elle lui laisse le temps de le faire, mais il ne bouge pas, et, dès 8 heures du matin, s’enfile son premier Whisky-coca de la journée. Ils ont beau acheter le moins cher, ça fait cher, au bout du compte, sans compter les scènes qui lui font si peur.

Un CPIP témoin auditif du début de la scène

Ah ça, pour faire peur, il sait y faire, mais pas de bol, ce 2 juillet, elle prend le téléphone et appelle le SPIP (service pénitentiaire d’insertion et de probation) pour dire que son jules ment, qu’il est soul, et c’est tout. En début d’après-midi, le CPIP (le conseiller) la rappelle, elle lui fait l’état des lieux, son compagnon entend tout et ça part en rodéo, avec comme témoin direct, le CPIP, lequel, évidemment inquiet, va envoyer du monde chez eux. Les gendarmes arrivent avec les pompiers. Monsieur est agité, l’interpellation prend un peu de temps, mais il se calme dans la voiture.

« T’es une balance ! »

En entendant sa nana parler vrai, il avait saisi le couteau, « t’es une balance ! », avait fermé la maison de l’intérieur, histoire qu’elle n’aille pas « pleurer dans les jupes de sa mère », lui avait pris son téléphone. En d’autres occasions, il menaçait aussi de faire brûler la maison. Elle devait bien sentir passer la peur. Ils sont reconnus handicapés tous les deux, à 80 %, et c’est un grand alcoolique, qui vivote, un œil inquiet porté sur ses gamma GT et ses CDT, « ils ne sont pas bons », et un œil rivé sur le cul d’une bouteille. Est-ce qu’elle le reprendrait chez elle ? « Ben, nan. »

« Il ne s’excuse jamais »

« Je regrette vraiment, mais c’est l’alcool. » Soins obligatoires par décision judiciaire, ça donne, dit le prévenu, un rendez-vous chez son médecin, tous les 2 mois. A chaque rendez-vous il jure qu’il va arrêter de boire, et puis ensuite il a 8 semaines pour oublier le rendez-vous. Il ne faut pas croire que ça les amuse de boire, ces gens qui se voient sombrer, par contre ils sont hyper-cartonnés. Ils font des promesses d’alcoolique, comme on dit, et des colères itou. Que peut-il dire sur son alcoolisme ? « Rien. Pour l’instant je suis en prison, tout va bien. » ça lui fait un sevrage forcé, dit-il.

« C’est très triste d’en arriver là »

« L’alcoolisme est une maladie, et sur un certain plan, il la subit, mais monsieur n’a pas bien compris qu’elle est sa responsabilité, requiert Mathilde Kara-Mitcho pour le ministère public. La prison sera, oui, un sevrage forcé. C’est très triste d’en arriver là. » Elle demande une peine de 10 mois de prison dont 4 mois seraient assortis d’un sursis probatoire de 2 ans, avec un maintien en détention puis une interdiction de contact avec la victime, ensuite. Condamné 6 fois, pour des conduites sous l’empire de l’alcool, des vols, une dégradation, il n’a jamais été incarcéré. Il a été placé en détention provisoire au sortir de sa garde à vue, ce coup-ci.

Ça tourne en boucle, jusqu’au jour où

Ce couple est bien connu des gendarmes, des couples comme celui-ci il y en a tant. Ils font du grabuge, les gendarmes et les services d’urgence interviennent, et puis un jour la justice entre dans la boucle. Cet homme a fait 3 tentatives de suicide, un séjour au CHS de Sevrey et une cure de sevrage à l’Etrat, désormais il est bouclé au centre pénitentiaire. Il est diagnostiqué bipolaire, il a un traitement, il dit le prendre.

« Imposons-lui un cadre »
Quand elle lui demandait de partir, il « arrangeait tout, en étant câlin et gentil », une petite pause, et ça repartait. Dans le dossier il est écrit qu’il a dit que s’il devait prendre un appartement, il faudrait qu’elle l’aide en lui donnant de l’argent. Maître Duquennoy assiste le prévenu, il plaide pour des soins renforcés, « plus contraignants ». « Il dit ne pas ressentir le besoin de suivi psychologique. Peu importe, imposons-lui un cadre. L’interdiction de contact et de paraître au domicile est une nécessité. »

8 mois ferme puis 2 ans de probation

Le tribunal le déclare coupable et le condamne à une peine de 9 mois de prison dont 5 mois sont assortis d’un sursis probatoire de 2 ans. Obligations de soins et d’indemniser la victime (300 euros pour son dommage moral, 600 euros pour ses frais de défense), interdiction de contact avec elle et de paraître à son domicile. Maintien en détention pour la partie ferme. Révocation du sursis antérieur de 4 mois. Ça fait 8 mois de prison ferme en tout.

On lui reproche d’avoir manqué un autre rendez-vous au SPIP, fin mai. Il proteste. « Là, j’ai pas menti, je devais aller la chercher à sa sortie d’hôpital, parce qu’elle avait eu une anesthésie générale. J’étais sa personne de confiance. » Mais le 2 juillet, « elle m’a dénoncé, j’ai pas supporté ».

Florence Saint-Arroman

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