Chalon sur Saône

D'après Frédéric Lenoir, en somme, le bonheur est simple comme bonjour...si l'on ne cherche pas midi à quatorze heures !

Frédéric Lenoir a attiré la foule ce mardi soir en la salle Marcel-Sembat de Chalon-sur-Saône, touchée par la grâce du philosophe-sociologue-écrivain, lequel a discouru pour la circonstance sur le thème « Y a-t-il un art de vivre ? » Du baume au cœur et des lignes directrices qui ne requièrent pas d’efforts insurmontables pour qui se range dans le camp des personnes insatiables dont le Saint -Graal revêt les formes d’un état général le plus proche possible du nirvana…

« Le plaisir est une ruse que la nature nous a donné pour la survie de l’espèce »

L’érudit, qui a un temps travaillé avec Mère Teresa, a fait œuvre utile en amenant sur un plateau le fruit de son expérience à l’aide de la  volubilité, de l’humilité, de l’humour quand nécessaire…et d’une énorme foi en l’existence. Et l’orateur d’opérer le distinguo entre ces sentiments au panache blanc, émoustillants : plaisir, bonheur, joie, tordant le cou aux malentendus, estimant également que l’art de vivre le plus important est pour lui de tendre vers la sagesse. Pour le féru de poésie, Victor Hugo et Christian Bobin, le premier état de satisfaction est le plaisir. Mais rien n’est figé. « Le plaisir pose un certain nombre de problèmes. Premièrement il ne dure pas, il demande à être sans arrêt nourri. Deuxièmement le plaisir est lié aux causes extérieures (rencontre de personnes, environnement…). Troisièmement trop de plaisir peut tuer le plaisir. Epicure va nous dire qu’il faut le discerner, le modérer. Trop de recherches d’abondance et de quantité peut nuire à la qualité. Epicure est le philosophe de la modération, comme Rabhi est le philosophe de la sobriété heureuse.»

« Est-ce que c’est le but ultime, le bonheur ? »

L’heure de la définition du bonheur est arrivée. « Le bonheur est un état plus global et plus durable, qui survient parce que nous avons appris à conscientiser le plaisir, à le modérer. Le bonheur n’existe pas sans le plaisir. Il vient de la conscientisation des petits bonheurs de la journée." La docte personne a mis en garde contre la stérile rumination à tout bout de champ, le fait de voir ce qui ne va pas, les revendications, plaintes, critiques, et pas ce qui va, expliquant par ailleurs que « le cerveau est le continent inexploré. La clé de l’art de vivre c’est d’être présent à ce qu’on fait, aux autres, au Monde, et la très bonne nouvelle, c’est que c’est totalement gratuit ! A l’attention je rajouterais la gratitude. » Nos concitoyens cultivent le paradoxe, puisque 80% d’entre eux se disent très heureux à titre personnel, un nombre identique pour affirmer qu’ils ne sont pas heureux collectivement. « Le problème avec la vie, c’est qu’on l’aime quand tout va bien, mais dès qu’il y a une épreuve, on se met à ne plus aimer la vie. On est en colère contre elle, mais peut-être que ça peut nous aider à grandir, à être meilleurs», a-t-il parlé à la cantonade. Frédéric Lenoir ne se met pas martel en tête, il s’en remet à l’ouverture du cœur, remerciant la vie pour ce qu’elle lui a donné. Il a dénoué l’écheveau du climat extatique : »Finalement, le bonheur est un état d’être qui dépend beaucoup de nous. Il y a une part génétique, il y  a incontestablement des gens qui naissent avec une joie de vivre qui ne va jamais les quitter. Notre liberté est essentielle dans la réaction que nous avons face aux événements inéluctables de la vie. Ce qui ne dépend pas de nous et qu’on ne peut pas changer, mieux vaut l’accepter joyeusement. La clé d’un bonheur profond, c’est d’accepter la vie, toute sa vie, avec ses hauts, ses bas, ses bonheurs, ses malheurs. Notre cœur va alors s’agrandir, et on sera beaucoup plus heureux. On n’aurait aucune conscience du bonheur  si on n’avait pas la conscience du malheur. La vie est un mouvement permanent, il faut l’accepter et ne pas être figé dans un contrôle.» Il enfonce le clou. « Quand on prend la vie comme une totalité indivisible on peut tout supporter. La question du bonheur est essentiellement liée au regard qu’on porte sur la vie. Je pense que c’est aimer la vie de manière inconditionnelle. Le bonheur est en nous, il n’est pas dans les événements extérieurs. Les choses essentielles, pour être heureux, ne sont pas matérielles. C’est plutôt l’amour, de faire le bien, de faire preuve de compassion, de justice, de partage.  » Façon de corroborer ses propos, le conférencier a révélé que des enquêtes positionnaient à la première place l’amour (« quand il est basé sur la connaissance de l’autre il peut être éternel », « Dans l’amour vrai on ne possède pas l’autre ») la qualité des relations affectives avec les proches ; à la deuxième une bonne santé ; à la troisième un travail que l’on aime. 

Ö joie !

L’allégresse, troisième volet, a aussi été disséquée : »La joie est une sorte de plaisir et de bonheur décuplés. Ca peut durer lorsqu’on la cultive. On ne la décrète pas, le lâcher-prise favorise l’émergence de la joie. La joie est liée à la bienveillance. » 

Défenseur de la cause animale

Devant la maltraitance et la souffrance, Frédéric Lenoir veut opposer un label éthique qui permettrait une traçabilité de la viande, puisque, comme il le dit, «c’est essentiel de défendre les animaux car ils ne peuvent le faire. » On peut l’aider via son association « Ensemble pour les animaux ».

SEVE

Co-fondateur de la fondation SEVE (Savoir Etre et Vivre Ensemble) reconnue d’utilité publique, Frédéric Lenoir ouvre la porte à tout le monde.

 

    Des questionnements

Une fois l’exposé mené à son terme, le conférencier s’est volontiers soumis au feu nourri des questions, se rapportant à Dieu, la spiritualité, l’épicurisme, le stoïcisme, Spinoza, la prière, la pratique de l’attention, etc.

                                                                             Michel Poiriault

                                                                             poiriault.michel@wanadoo.fr    

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