Chalon sur Saône

Vernissage au Carmel à Chalon sur l'art Kuna de la mola

Jeudi soir, avait lieu le vernissage de l'exposition L’art Kuna de la Mola à la Chapelle du Carmel de Chalon-sur-Saône. Info-Chalon revient sur cette soirée qui nous plonge dans la découverte de cette technique d'art textile propre au peuple Kuna.

Béatrice Rodaro-Vico, Yolande Bernot et Fidel Durana avaient de quoi se réjouir, hier soir. En effet, non seulement le cadre dans lequel est présentée leur exposition, intitulée L’art Kuna de la Mola, est magnifique — puisqu'il s'agit ni plus ni moins que la Chapelle du Carmel —mais elle a su attirer de nombreux Chalonnaises et Chalonnais, lesquels découvraient une technique d'art textique d'une richesse insoupçonnée.


Derrière son art, une vie fascinante

Béatrice Rodaro-Vico, sociologue, professeur d'espagnol, art-thérapeute, auteur et plasticienne spécialiste dans l'art textile de la Mola, est née en 1944, à Buenos Aires, dans une famille de la classe moyenne argentine d'origine italienne, les Rodaro-Vico venant de Vénétie. Le père de Béatrice était un joaillier. La famille a malheureusement été décimée par la Junte au pouvoir dont son père figure parmi les nombreuses victimes. Après le renversement le 24 mars 1976 par un coup d'État du gouvernement d'Isabel Perón, le général Videla dirigea l'Argentine d'une main de fer. Cette dictature sanguinaire fut responsable de la mort ou de la disparition de plus de 30 000 personnes, les fameux desaparecidos, et de l'exil de millions d'Argentins dont Béatrice.


Elle a travaillé dans le bidonville du quartier de Bajo-Flores, à Buenos Aires. Bajo-Flores est un bidonville comme il y en a des centaines autour de Buenos Aires, et comme on en trouve dans toutes les mégapoles latino-américaines, sous le nom de favelas au Brésil ou de barrios dans les autres pays d'Amérique du Sud.Dans ce barrio («quartier» en espagnol) — si on peut apeller cela ainsi— , un des endroits les plus pauvres de la capitale argentine, les rues sont en terre, les maisons en parpaings ou en briques inachevées, des chiens pouilleux rôdent en quête de déchets, plus de la moitié des jeunes s’adonnent à la drogue dès leur plus jeune âge, nombreux sont leurs pères à se saouler les fins de semaines et tous manient facilement couteaux et armes à feu.


Béatrice et les autres acteurs sociaux présents dans ce barrio utilisaient la méthode du pédagogue brésilien Paulo Freire. Les animateurs ont organisé un week-end où se seraient eux qui apprendraient des gens du barrio. Ils ont alors demandé de présenter à la porte de leurs baraques ce que chacun pensaient savoir faire de mieux, que ce soit en matière de cuisine, de couture, de broderie, de travail du bois, de récupération de déchêts et bien d'autres choses.


Pour Béatrice, ce week-end là «le pays des merveilles de l'art populaire s'est ouvert». Cette découverte allait modifier à jamais sa manière de comprendre l'art et conditionner une bonne partie de sa pratique artistique.


Pour la petite anecdote, ce quartier où plus tard un certain père Bergoglio aimait se rendre. Celui-ci deviendra tour à tour archevêque puis cardinal avant de devenir le Pape François.


En 1992, Béatrice Rodaro-Vico est naturalisée française. Passionnée par l'art, un jour elle voit une mola...


Qu'est-ce qu'une mola?


Le mola, ou mor (pluriel molakana) est une sorte de sculpture sur tissus produite traditionnellement par les femmes Kuna, ou Cuna, un groupe ethnique amérindien du Panama (sur le territoire autonome de Guna Laya et dans l'isthme de Darién) et du nord de la Colombie (à l'embouchure du fleuve Atrato) bénéficiant d'un régime d'autonomie territoriale (comarcas). Ils se désignent eux-même comme le peuple Tulé et nomment l'Amérique, Abya Yala. Ce nom a même été proposé en 1992 par le leader indigène aymara Takir Mamani comme dénomination à être utilisée par tous les peuples indigènes du Nouveau Monde pour désigner ce continent.


Les Kunas des îles San Blas sont une vingtaine de milliers, disposant de la citoyenneté panaméenne et vivent de la cueillette de la noix de coco.


Les molas constituent les plastrons et les dossards des tuniques dont se vêtent quotidiennement les femmes Tulé. Ils sont faits de plusieurs couches de tissus de couleurs différentes assemblés par couture : ces tissus sont ensuite découpés aux ciseaux ce qui fait apparaître des dessins par différentiels de couleurs. C'est la technique dite d'appliqué inversé utilisée au XVIème siècle par les Huguenots français.


Un certain intérêt pour l'art Kuna


La découvert du monde Kuna et des molakana fut pour Béatrice est un choc. Elle s'est intéressée de plus en plus à cet art et avait compris que les grands musées du monde avaient repéré en celui-ci une petite merveille de l'art textile mais surtout que les femmes Kunas étaient de véritables artistes. Elle contacte alors l'UNESCO afin de pouvoir l'aider à rencontrer les femmes Kunas. À force de patience, Béatrice, qui s'est faite acceptée de ce peuple, copiait les molas comme d'autres copiaient les tableaux du Tintoret ou du Caravage. Ainsi, débuta un long processus d'apprentissage de cette technique d'art textile unique en son genre mais qui bien que symbolisant la culture Kuna, est aussi l'expression d'un métissage culturelle.


Depuis ses «molas de débutante», comme elle-même le dit, Béatrice Rodaro-Vico est devenue une des seules non-Kuna à maîtriser cette technique et avoir percer bon nombre de ses secrets. Un jour, elle reçoit un appel à son atelier de Saint-Léger-sur-Dheune, le Rialto. Petit clin d'œil à ses origines vénitiennes. C'était une assistante de direction des Éditions du Saxe de Lyon, spécialiste des livres et magazines de loisirs créatifs et d'art du fil, elle avait entendu parler de ses connaissances pointues en matière de molakana. De cette rencontre, naquit la première documentation en langue française sur la technique de la mola, le 6 avril 2000. De plus, deux indiennes Kunas de l'archipel de San Blas furent spécialement invitées pour l'occasion.


Depuis, l'association La création au quotidien n'a eu de cesse de faire connaître l'art de la mola. Dans son sillage, Béatrice a entraîné d'autres passionnés dans le monde fabuleux des Kunas, à l'instar de Yolande Bernot et Fidel Durana. Ce dernier est illustrateur et graphiste. Béatrice et lui ont d'ailleurs collaboré, en 2005, à l'édition d'un livre Appliqué les molas, sans oublier Sylvie Vernichon qui s'est occupé des photos. Ouvrage que vous pouvez d'ailleurs acheter lors de l'exposition. Quant à Mme Bernot, c'est peut-être l'une des meilleures élèves de Béatrice. Cette Rémoise d'origine est de l'avis de son professeur, «quelqu'un qui a compris le pouvoir créatif de la Mola». « J'ai toujours aimé les tissus et essentiellement les couleurs vives et chaudes. Comme beaucoup d'entre nous, je suppose, j'ai appris le patchwork traditionnel», nous dit Yolande.


Stagiaire de la première heure, elle s'est mise sérieusement au patchwork à l'âge de la retraite, voilà 20ans maintenant, «avec une prof qui aimait la minutie et cela me convenait tout à fait», dit-elle. En 2000, elle lit le magazine Magic-patch, un numéro spéciale consacrée à Béatrice Rodaro-Vico, «cela m'a fait "tomber en amour", comme disent les Québécois, pour cet art textile des Indiens Kunas», précise Yolande. Elle a effectué de nombreux stages auprès de Béatrice.


Vous trouverez parmi les magnifiques œuvres de Béatrice Rodaro-Vico et Fidel Durana, quelques molakana de Yolande Bernot dont un splendide labyrinthe avec un taureau représentant le Minotaure, qui a particulièrement attiré notre attention. Vous serez peut-être subjugué par toutes ces créations, comme Hervé Gaucher, retraité Chalonnais, qui éprouve un certain intérêt pour cette culture qu'il découvre.


Dans le cadre des rendez-vous du Carmel, M. le maire de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret, Mme Mina Jaillard, une conseillère municipale, Mme Yolande Bernot, auteure de quelques molakana exposés et M. Benoît Dessaut, adjoint au maire chargé de la Culture et du Patrimoine sont venus au vernissage de l'exposition, qui a eu lieu à 18h30.


Rodaro-Vico , Béatrice (auteur), Vernichon, Sylvie (photographie)& Durana, Fidel (auteur), «Appliqué les molas», LTA, 2005. Prix : 22€. Disponible chez Amazon, FNAC, etc ainsi que sur les sites des auteurs.
Il est également vendu sur place au profit de l'association La création au quotidien et durant toute la durée de l'exposition.


L'exposition L'art Kuna de la mola a lieu du 6 février dernier jusqu'au 3 mars, à la Chapelle du Carmel, au 16 Rue de la Motte, à Chalon-sur-Saône.


Béatrice Rodaro-Vico sera présente pendant toute la durée de l'exposition de 14h à 18h. Fidel Durana sera là le mercredi 13 février de 14h à 18h et le mercredi 20 février de 14 h à 18h.


Adresses :
La Chapelle du Carmel, 16 Rue de la Motte, 71100 Chalon-sur-Saône.
La création au quotidien, 4 Rempart Saint-Vincent, 71100 Chalon-sur-Saône
L'Atelier Rialto, 18 Route de Saint-Bérain, 71510 Saint-Léger-sur-Dheune (permanence le samedi et le dimanche de 14h et à 18h).


Contacts :
http://creationauquotidien.free.fr
rodaro.beatrice@gmail.com
yolande.bernot@laposte.net

Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati

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