Chalon sur Saône

Le bon sens paysan de Pierre Rabhi au secours du monde en perdition

Les conférenciers ont le vent en poupe à Chalon-sur-Saône, dès lors que le thème à circonscrire s’avère porteur. Ce fut encore le cas à Chalon-sur-Saône ce jeudi soir en une salle Marcel-Sembat emplie de connaisseurs ou de profanes nullement insensibles a priori au devenir de l’être humain et de la planète bleue. Avec comme rampe de lancement « Pour une insurrection des consciences », Pierre Rabhi a mis le public en garde contre ce qui lui pend au nez. Pas joli joli, tout ça…bref, on file un mauvais coton !

Pour qui sonne le glas ?

Paysan, essayiste, romancier, écologiste, humaniste, cofondateur du mouvement Colibris, l’un des représentants de l’agroécologie française, on en passe et des meilleurs, c’est le conférencier qui devait prendre place cette fois sur la scène, et s’y maintenir stoïquement debout tout au long de son intervention orale, à près de 81 printemps…Avec pas un mot plus haut que l’autre, calme, très humble, personnifiant la force tranquille, et n’hésitant pas à déloger l’humour de sa cachette, l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages a retracé sa propre genèse, mais aussi et surtout, transmis que devant l’urgence de l’environnement sérieusement mis à mal, mieux valait ne pas compter sur les décideurs de tout poil, mais s‘en remettre à soi-même pour rétablir l’équilibre des forces naturelles en présence. En gros et à la rigueur : « Aide-toi et le ciel t’aidera ». L’heure était à la pesanteur, et rien ne prêta réellement à sourire… 

« Nous pouvons être responsables de notre destin »

Pierre Rabhi n’y est pas allé par quatre chemins d’emblée, dès ses propos introductifs le ton fut donné. «Nous sommes confrontés à des réalités extrêmement graves. » Et d’assortir son exposé d’exemples frappants, tel que celui-ci : »Toutes les secondes un enfant meurt de faim », mentionnant également l’omniprésence de la pollution, la disparition de la biodiversité…Ces glissements en direction d’une médiocrité affligeante sont imputables à l’espèce humaine, coupable selon lui de non-agissement. « Est-ce que c’est une fatalité ? Non. Nous n’avons pas la volonté suffisante pour inverser la situation. Le problème, c’est que soit on fait de la philosophie pure, soit on s’occupe de la vie elle-même. Est-ce que c’est cela notre vocation : détruire la vie ? Je m’aperçois objectivement que l’on s’engage chaque jour dans un processus qui crée notre propre » inconscience.» Son livre initiateur, c’est « La planète au pillage ». Ce socle notamment l’a autorisé à argumenter, ne déviant jamais d’un iota de sa ligne de vie. « Nous sommes en train de rentrer dans des dérives terribles. Les budgets consacrés aux armements sont absolument considérables, ça démontre bien que nous ne sommes pas éveillés. Ca veut dire que le genre humain est tout à fait à côté de là où il devrait être. Nous ne savons pas où nous allons, mais nous y allons. Rester à se lamenter, ce n’est pas ça qui va arranger les choses. Nous pouvons être responsables de notre destin.» L’homme ne se place pas pour autant sur un piédestal. « Ce n’est pas le désespoir, c’est l’éveil que je cherche aujourd’hui. Je ne me prends pas comme celui qui serait le clairvoyant. Socrate disait : « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien… ». J’en suis là. »

 

Haro sur les forces obscures

C’est la croisée des chemins, et l’abstraction revient à la rescousse. « Aujourd’hui on a besoin d’une alternative concrète qui rééquilibre les choses. Au point où nous en sommes, il y a les prémices d’une situation qui peut s’aggraver. Finalement, l’organisation telle qu’elle a vécu dans le monde occidental, il faut se poser la question : quel avenir ? Est-ce que la société est joyeuse ? Non. On prend actuellement les théories pour des réalités.» Si l’on reconsidérait ses fondamentaux, l’issue serait à l’en croire plus clémente.« Un monde différent est totalement possible. Comment envisager un changement de paradigme ? Nous sommes entrés dans une phase de mondialisation, et la guerre économique peut aboutir à une impasse sans précédent. L’avenir ne se fera certainement pas sur la base actuelle de surconsommation, la plupart des gens reconnaissent qu’on est dans la surabondance. Tout le système est basé sur l’injustice. Il y a un énorme déficit de concertation. On croit que les outils informatiques augmentent la cohésion sociale, je ne le crois pas. Donc, réveillons-nous ! La communication est en train de détruire la relation.  Le danger, c’est que les machines sont en train de prendre le dessus et de dominer l’être humain. » D’une manière générale, Pierre Rabhi ne déclare pas forcément « Sus à l’envahisseur », mais fustige plus certainement l’usage abusif qui est fait du progrès. L’un de ses péchés mignons a fleuri : »Je prêche beaucoup pour le jardinage, qui devient un acte de résistance. Je crée ma nourriture là où je suis. Le problème de la nourriture moderne, c’est qu’elle n’est pas équilibrée. La terre nourricière doit être traitée en organisme vivant. » Sa définition du paysan ? «Celui qui étreint la terre et l’aime. »

 

En 2002, l’expérience de l’élection présidentielle

Sous la pression seulement, avec le programme suivant : »Quelle planète laisserons-nous à nos enfants, et quels enfants laisserons-nous à notre planète ? » A contre-courant des idées ultra-dominantes, le candidat louait les avantages de la décroissance. Il fallait oser…Il a écrit ensuite « Vers la sobriété heureuse.»

La conclusion anodine en apparence d‘un poète existentialiste…

« Réapprenons à aimer, à admirer, à respecter, et nous vivrons. » 

 Au terme de la causerie, les inéluctables questions-réponses

Première intervention, il y eut ce courageux acte de contrition d’un agriculteur « qui a pollué toute sa vie » (sic), puis la surpopulation (1/5ème de l’humanité accapare 4/5ème des ressources), les cantines bio, le retour éventuel à l’époque d’avant la révolution industrielle, etc.

                                                                                           Michel Poiriault

                                                                                           poiriault.michel@wanadoo.fr 

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