Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Ivre d'alcool et de rage, elle s'en était pris violemment à trois fonctionnaires de police à Saint-Marcel

« Je suis désolée, franchement je ne me savais pas capable de dire des choses pareilles. Je regrette. » Il était 9h50, ce lundi 5 septembre lorsqu'elle a dit cela, en audition. Il est 15 heures lorsqu'elle est jugée selon la procédure de comparution immédiate. Elle était ivre d'alcool et de rage, ce mardi soir, quand la police l’a interpellée en bas de chez elle à Saint-Marcel où elle se battait au sol contre une autre femme. Elle a dit des horreurs aux trois policiers, avec un traitement particulier pour la femme de l'équipage.

« Que je ne voie plus ta gueule sur Chalon, je vais buter ta gueule de pute », « je te jure que tes gosses et ton mari vont prendre, je vais crever tes gosses ». Ça a commencé sur place, ça a repris dans la voiture qui l’emmenait au commissariat. Elle s’était pourtant calmée mais elle est repartie lorsqu’un des policiers lui a demandé pourquoi s’en prendre ainsi à sa collègue. Y a un truc, non seulement avec la police, mais plus sûrement avec ses membres féminins. On ne saura pas quoi, parce qu’elle ne se souvient pas. Elle s’étonne, même : les insultes, elle reconnaît les siennes, celles dont a l’habitude, mais des menaces de mort ? « Comment expliquez-vous votre comportement ? lui demande la présidente Caporali. – C’est vraiment n’importe quoi, c’est même plus que n’importe quoi, c’est … Elle lève les bras en les écartant pour signifier une sorte de sommet, d’apothéose, dans le n’importe quoi.

Une grande alcoolique

Cette femme de 40 ans a 8 condamnations à son casier. La première en 2004, la dernière en 2017, nous y étions. On peut lire ou relire avec profit le récit de l’audience (http://www.info-chalon.com/articles/faits-divers/2017/10/23/33421/tribunal-de-chalon-l-alcool-en-ci-il-faudra-un-jour-parler-tres-serieusement-de-ces-soins-dit-maitre-trajkovski/) car le personnage principal est le même, celui qui a élu domicile un peu partout mais aussi au cœur du tribunal : l’alcool. B. X. est une grande alcoolique. « Grande » parce que sur les 8 sanctions, 6 mentionnent l’alcool. Elle buvait tous les jours, à s’en péter la tronche, au propre comme au figuré. Que faut-il faire ? lui demande le tribunal, puisqu’on a essayé beaucoup de choses dont des soins mais « ça n’a pas fonctionné ». « Si, ça a fonctionné, répond immédiatement, comme dans un souffle, la prévenue. Depuis que je suis sortie de prison, je ne sors plus. Ma vie c’est mon boulot et chez moi. Avant, les soirs j’allais en ville et je faisais n’importe quoi, c’est terminé. »

« Est-ce que les propos tenus reflètent vraiment une haine ? Non »

Le fait est qu’il y a quelques écarts notables, depuis son dernier jugement. Elle ne parlait pas de son alcoolisme à son médecin traitant, parce qu’elle avait « honte », elle a en depuis parlé à la propriétaire de son logement : elle a un problème majeur, elle boit, mais elle essaie de « gérer » ça. « Certes, elle le fait à sa façon, plaide Damien Varlet. Clairement, elle est malade, elle est dépendante. Je vous demande d’être particulièrement humain. Dans ses analyses de sang, on trouve de la morphine, du Tramadol, de l’opium, du Valium et elle avait bu une demie bouteille de Vodka : est-ce que les propos tenus reflètent vraiment une haine ? Non. Les policiers le savent, quand on est dans cet état, les gens disent ces choses pour décharger un mal-être, un malaise. » Il faut préciser qu’elle a un problème de santé qui lui impose des anti-douleurs assez forts, et elle estime que cela a contribué à diminuer les quantités d’alcool qu’elle prend. Une opération est envisagée prochainement.

« Je vais pas passer ma vie à insulter la police et à venir ici »

Le tribunal avait fait état d’une « difficulté » : en octobre 2017 le tribunal l’avait condamnée à un sursis mis à l’épreuve à sa sortie de prison (elle avait été incarcérée ce jour-là), or le SPIP n’a pas été saisi de la mesure, donc elle n’a pas eu le suivi qui comportait une obligation de « soins sérieux ». D’elle-même elle va à la consultation d’addictologie à l’hôpital mais si cela est « sérieux » c’est insuffisant vu ce qu’elle traîne depuis sa jeunesse. « Il faut que je voie quelqu’un, dit-elle du box. C’est pas possible, je vais pas passer ma vie à insulter la police et à venir ici. » Maître Bibard salue le sang-froid de l’équipage qui ne réagit pas aux insultes qu’elle lance, comme autant de coups. « Il faut être résistant pour ne pas réagir, insiste l’avocat. Se faire insulter et menacer ne fait pas partie de leurs missions, de leur métier. » Il plaide longuement, la prévenue garde le visage baissé et se touche nerveusement le front.

« Elle ne supporte plus cette situation, il faut tenir compte de sa souffrance »

« C’est une situation anxiogène pour les policiers, il faut être particulièrement ferme. On ne comprend pas pourquoi elle continue à agir ainsi. » La substitut du procureur requiert 1 an de prison dont 6 mois seraient assortis d’un sursis mis à l’épreuve, et un mandat de dépôt. » Maître Varlet s’emploie à éviter l’incarcération immédiate : « La prison, ça ne marche pas, on le sait, pour empêcher la récidive, mais c’est ça qui fait mal aux gens, c’est vrai. Si vous voulez la faire souffrir, mettez-là en prison. Elle ne supporte plus cette situation, il faut tenir compte de sa souffrance. » Pendant ce temps, dans le box, elle pleure tant qu’elle a besoin d’un mouchoir, les membres de l’escorte se consultent : pas de kleenex. Tous les box devraient être livrés avec un distributeur de mouchoirs en papier.

1 an de prison dont 6 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve

Elle regrette. Elle a évolué depuis la dernière fois mais elle n’est pas sortie d’affaire. La maladie alcoolique est une maladie complexe dont on ne guérit pas par décret. Elle regrette mais l’alcool est un facteur aggravant :  elle a tenu des propos inqualifiables, d’une violence inouïe, tout ça parce qu’elle avait conviée « une nana » à un « apéritif dînatoire » mais que la fille « a tout cassé chez moi » et que ça s’est fini dans le sang avec l’intervention de police-secours.
Le tribunal la condamne à 1 an de prison dont 6 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans avec obligation de soins psychologiques et contre l’addiction à l’alcool, de travailler, et d’indemniser les victimes. Le tribunal ne décerne pas de mandat de dépôt.

Florence Saint-Arroman

Elle devra indemniser les policiers à hauteur, respectivement, de 250 euros, 400 euros et 600 euros, et payer 500 euros pour leur avocat.

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