Journée Internationale des droits des femmes

Femmes à l'Honneur [Portrait 7] - Christine Gandois

Il y a 3 ans, Christine Gandois a repensé sa vie et l'année 2017 lui a donné raison ! Elle livre à info-chalon.com, à l'occasion de la Journée Internationale des Droits des Femme, une réflexion pertinente.

Christine, parlez-nous de votre parcours...

Je suis née à Chalon, où j'ai vécu mon début de vie. À 20 ans, je suis partie pour 10 ans à Paris, suivre des études d'infirmières. Pendant 22 ans, ma carrière professionnelle s'est dessinée dans le soin et le management, tout en étant teintée quand je le pouvais, de théâtre et de peinture. Après un événement tragique intervenu dans ma vie privée, j'ai choisi, en 2015, de plonger pleinement dans mon rêve de toujours : faire du théâtre ma seule et unique activité professionnelle. Aujourd'hui, je fais confiance à la vie et me laisse porter par les aventures que le théâtre me permet de vivre. Mes projets immédiats au sein de la Compagnie Rue des Chimères sont de porter plus loin encore "Ici/Là-bas", joué dans différents lieux et festivals, et également durant tout le Festival d’Avignon 2018, et de créer une nouvelle pièce autour des textes de André Benedetto

Que représente pour vous la journée internationale des droits des femmes ?  

Cette journée ne devrait pas exister. Elle existe parce qu'il faut dénoncer quelque chose et non pas pour glorifier. La promulgation de la déclaration des Droits de l'homme en 1789 auraient dû suffire, nous concerner tous. Cette journée de la femme a été célébrée la première fois en 1909 et est reconnue par l'ONU depuis 1977. Malheureusement, en France et plus particulièrement au-delà de nos frontières, il est justifié de ne pas s'endormir et de toujours lutter pour atteindre ce droit inaliénable qu'est la liberté et l'égalité de chacun et chacune d'entre nous. Simone Veil le disait si bien quand elle nous alertait, nous les femmes que "ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez restez vigilantes votre vie durant". Les 364 autres jours ne sont pas pour autant les jours de l'homme mais devraient être les jours des Droits de l'Homme, à rappeler sans cesse. 

Au cours de votre vie ou de votre carrière, avez-vous vécu ou avez-vous été témoin d'inégalités hommes/femmes ? 

Oui, j'ai vécu et j'ai été témoin d'inégalités de traitement de l'homme et de la femme ; notamment dans le cadre professionnel et autour de moi. Malheureusement ce n'est pas naturel d'être égaux ; il faut une prise de conscience et une volonté de faire changer les choses, de contrer cette normalité sociétale. Les femmes, quelle que soit la sphère, privée ou professionnelle, doivent toujours en faire plus pour prouver leurs valeurs et faire valoir leurs compétences.  

Depuis, ces dernières années, les politiques tentent de prendre à bras le corps ce problème, la mise en place de la parité vous a-t-elle semblé être une bonne mesure ?  

Je suis contre ce concept de parité. Lui non plus ne devrait pas exister. Ce n'est pas en l'imposant aux employeurs ou dans les représentations politiques que les choses changeront. On n'obtient pas de prise de conscience quand il faut respecter un quota. Ce quota obligatoire tue la réflexion et les vrais fondements du pourquoi choisir une femme. On ne doit pas être obligéde choisir une femme par défaut mais parce qu'on croit en elle. La femme est mise en position de faire l'aumône. C'est encore une façon de nous soumettre et de nous faire sentir redevables. La parité dévalorise la femme et la dessert. 

Pensez-vous que l'image et la place de la femme dans la société française aient évolué ?

J'aimerais penser que oui. Je ne veux pas faire une généralité de mes propos. La révolution sexuelle de la fin des années 60 nous a fait croire que cela allait être possible. Mais je ne suis pas sûre que ces mouvements nous aient vraiment servies nous, les femmes. La domination purement économique de l'homme persiste. Et le quotidien n'est pas moins dur. Les femmes travaillent mais très souvent assument énormément du quotidien. Ce n'est pas normal que les femmes doivent faire des choix entre leur carrière et la vie de famille. 

Être une femme a-t-il déjà été pour vous un handicap ? Une force ?

Non, paradoxalement même si être une femme s'apparente parfois à un parcours du combattant, ce n'est pas un handicap bien au contraire. Nous possédons en nous, les femmes, des forces insoupçonnées. Nous devons nous sentir fortes et défendre notre condition, en être fières. Mais nous devons aussi défendre notre fragilité, l'assumer pleinement. Cette fragilité est notre force. Je me retrouve profondément dans les mots de Lao-Tseu : "Dureté et rigidité sont compagnes de la mort. Fragilité et souplesse sont compagnes de la vie". 

Comment conciliez-vous vie professionnelle et vie personnelle ?

En anticipant tout ... J'ai eu des postes à fortes responsabilités et donc chronophages. J'ai eu la chance de rencontrer une femme de grande valeur en qui j'avais totalement confiance pour lui laisser mes 3 enfants. Elle m'a permis d'avancer dans ma carrière professionnelle comme je l'entendais, sans freins. Aujourd'hui, j'essaye de prendre soin de chaque sphère, sans en privilégier une plus que l'autre.  

Quelle est la phrase que vous aimeriez ne plus entendre ?

"Pour une femme, c'est plutôt bien ... "

Quelle est votre devise ou votre philosophie ?  

La vie est fragile et magnifique à la fois. Nous devons en prendre soin et tenter d'être alignés le plus possible, se respecter soi-même autant qu'on respecte l'Autre. 

Que défendez-vous et que voulez-vous transmettre ?  

Nous devons rester libres et tout faire pour que cela soit.  

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ?  Le meilleur que vous ayez donné ? 

 "Tu as envie de tenter cette expérience ? Alors donne-toi les moyens... et fonce !" Dans ma cuisine, au mur il y a une carte que je lis tous les matins... "Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas qu'elles sont difficiles", Sénèque.

Quelle est ou quelles sont les femmes qui vous ont le plus influencée ? 

Toutes ces femmes qui se sont battues et se battent pour de grandes causes me fascinent : de Rosa Parks à Simone Veil ou encore Margot Duhalde que je viens de découvrir à sa mort dernièrement. Il y en a tellement que j'admire, qui nous donnent tant de forces pour y croire et nous transmettent que nous devons être fières d'être femme(s). 

De nombreuses actrices ont pris la parole ces derniers mois, qu'a suscité chez vous l'affaire Weinstein ? 

Un mélange de dégoût et de soulagement... enfin les choses sont posées. Mais j'ai du mal à comprendre pourquoi seulement aujourd'hui ? Sans vouloir être polémique, ce n'est pas facile à admettre. 

Avant que le scandale n'explose médiatiquement, aviez-vous conscience de l'ampleur de ce problème de harcèlement sexuel ?

Bien sûr, pas forcément avec une telle importance pour un seul homme. Cela interroge beaucoup sur le comment est-ce possible ? 

Comprenez-vous que certaines d'entre elles n'aient pas voulu s'exprimer sur le sujet, comme certaines victimes qui ne veulent pas porter plainte alors qu'elles subissent des violences conjugales ?

Oui, je les comprends. Notre société est complexe face à ce sujet. Il dérange, la preuve en est du jugement que chacun porte sur l'expression des unes et des autres. J'espère que ce qui éclate aujourd'hui dans le monde du cinéma va permettre à toutes les femmes qui sont victimes d'agression sexuelle de se livrer. Oser dire les choses sans être jugée. Que la frontière entre victime et bourreau ne soit absolument pas sujette à fluctuance possible. 

L'actrice Cate Blanchett a été désignée pour présider le jury du Festival de Cannes. De nombreux médias ont commenté cette annonce en mettant en avant qu'elle avait été l'une des premières femmes à s'être élevée contre Weinstein. N'est-ce pas déroutant que l'on puisse penser qu'elle ait été choisie pour cette raison ? 

C'est effectivement dommage qu'elle puisse n'avoir été choisie que pour cela. Cependant, sa voix est importante et sa présence prouve qu'elle assume et défend sa position, pour elle, mais aussi pour toutes les autres. Leur posture de star en vue leur permet cela... tant mieux finalement...  

Qu'avez-vous pensé du #balancetonporc en France ou #MeToo lancé aux Etats-Unis ? 

Les deux formulations sont clivantes. Elles ont introduit une notion de violence qui a engendré un amalgame entre le viol, le harcèlement et la drague appuyée. Malgré tout, elles ont eu le mérite de créer la polémique et de faire réfléchir. Même si beaucoup de femmes et hommes ne se reconnaissent pas dans ces mouvements. Comme très souvent, l'émergence de prise de conscience de choses difficiles à admettre se fait dans un premier temps avec une grande violence. Cela fait penser au mouvement du balancier qui est positionné d'emblée à l'extrême puis balance dans l'autre extrême pour tenter de trouver un équilibre. Toutes ces positions extrêmes de balancier sont douloureuses mais nécessaires.  La position avec laquelle je me sens la plus proche est celle de la romancière Leïla Slimani. Nous devons espérer pour nos enfants, fille et garçon, qu'ils puissent vivre en étant Libres et en sécurité avec l'autre. J'ai 3 filles. Et parce que j'ai 3 filles, je ne peux pas adhérer à ces positions #balancetonporc en France ou #MeToo. Ce nouveau monde qui va se construire après ce tsunami sociétal va permettre que les femmes, mes filles, puissent dire "non". Et aussi qu'elles soient libres dans leurs relations, amoureuses ou non. Et surtout qu'elles n'aient pas peur des hommes, qu'elles puissent être fières d'eux et construire ensemble, en acceptant que ce sont nos différences qui nous rendent forts. 

... D'autres initiatives comme le mouvement Time's Up (un fonds pour soutenir toutes les victimes de harcèlement sexuel) initié entre autres par Natalie Portman et Jessica Chastain ?

Toutes les voix sont importantes pour que cela transpire au-delà du monde du show-biz... Il vaut mieux des maladresses plutôt qu’aucune expression... La polémique fait bouger les lignes... 

Chef, cheffe, auteur, auteure, autrice, madame le sénateur, madame la sénatrice... Que pensez-vous de la féminisation de certaines professions et de l'écriture inclusive ?

Tout comme la parité, je ne suis pas pour l'écriture inclusive. Par contre, cela me semble normal que l'ensemble des professions se trouve dans une écriture féminisée. 

Que pensez-vous des féministes ?

Quelle est la définition du féminisme ? À en croire tout ce qui a été déversé par écrit dernièrement, il en existe plusieurs... À 18/20 ans, j'étais féministe ! Je défendais le sexe féminin pour qu'il soit fort, pour qu'il surplombe l'homme, pour crier haut et fort qu'on valait mieux ! Aujourd'hui, je suis contre le sexisme et donc je ne me reconnais plus dans le féminisme qui pousse au sexisme. Malheureusement, dans le monde, beaucoup trop de femmes n'ont pas la chance de pouvoir dire non, s'indigner, se battre, s'exprimer. Nous devons nous exprimer pour elles et défendre ce droit à l'égalité en assumant toutes nos différences. N'oublions pas que dans nos sociétés occidentales, beaucoup d'hommes agissent sans différence homme/femme et sont eux aussi perclus de fragilité.  

Homme/femme, un message pour un "mieux vivre ensemble"?

Se respecter l'un l'autre ...

Propos recueillis par SBR - Photo transmise par Christine Gandois

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