Assassinat de Samuel Paty : les réactions à Chalon-sur-Saône

À l'occasion du rassemblement, ce dimanche, à 15 heures, en hommage à l'enseignant assassiné, vendredi à Conflans-Sainte-Honorine, et qui a réuni plus d'un millier de personnes sur la Place de l'Hôtel de Ville, les réactions étaient à Chalon-sur-Saône. Plus de détails avec Info Chalon.

Deux jours après l'attaque meurtrière qui a coûté la vie à Samuel Paty, un professeur d'histoire-géographie, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), un hommage lui a été rendu par plus d'un millier de personnes, ce dimanche, à Chalon-sur-Saône.


Elles se sont regroupées, à 15 heures, sur la Place de de l'Hôtel de Ville, à l'appel des syndicats enseignants du public et du privé, pour se souvenir de la victime, un enseignant de 47 ans sauvagement assassiné pour avoir diffusé en classe une caricature de Mahomet*.


Et qui de mieux que les collègues pour rendre hommage à Samuel? Les enseignants étaient présents en nombre dans la foule, encore horrifiés par ce drame.


En haut des marches de la mairie, se trouvaient, de gauche à droite, Hakim Boutmoudit (SNES), Catherine Morice (FO), Cyril Milien (FSU), Grégoire Ensel (FCPE) et Hervé Dumaine, premier adjoint au maire de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret, qu'il représentait. Pour l'heure, la municipalité attend l'hommage national de mercredi pour s'exprimer. 


La secrétaire générale de l'unité départementale FO de Saône-et-Loire invitait à respecter une minute de silence, suivie d'un tonnerre d'applaudissements ainsi qu'une Marseillaise entonnée par quelques personnes qui est venue ponctuer la cérémonie.


Avec sa pancarte agrafée sur sa veste rouge, «Je suis prof» qui rappelle les attentats de Charlie Hebdo, Valérie Villard, enseignante au lycée Mathias, n'arrive pas à comprendre ce qu'il s'est passé.


«Il n'y a pas de mot. C'est horrible. Je suis moi-même professeur d'histoire-géographie Mourir pour une caricature... à notre époque», se désole-t-elle.


«J'en parlerai à mes élèves à la rentrée, c'est nécessaire pour les faire réagir, je pense. Il ne faut plus se taire», nous explique un autre enseignant.


D'autres réactions ne tardèrent pas à affluer...


À commencer le secrétaire départemental de la FSU.


«Nous ne sommes pas libres d'élever à la conscience. Pas libres d'émanciper nos élèves, de pouvoir les aider à monter au niveau de connaissances, de conscience... C'est dramatique... Quand ça touche un collègue, ça touche tous les enseignants. Tous dans le même bateau! Pour le service public, républicain. En tant que fonctionnaire d'État, nos vies sont maintenant en danger», nous dit Cyril Milien, encore ému.


«Une émotion? C'est l'émotion, la tristesse... le soutien à la famille de ce professeur mais aussi un petit peu de colère car nos devoirs, on nous les rappelle souvent, nos droits, on en parle jamais! Le droit fondamental, c'est d'exercer notre profession en toute sécurité et cette condition, elle n'a pas été respectée. Il va vraiment falloir qu'on se batte. Il y a des signalements de ce type ou de menaces d'enseignants ou d'autres membres de la communauté éducative, notamment par des parents. On nous le signale régulièrement. La plupart du temps, il faut laisser les choses se tasser ou ne rien dire. Maintenant, on attend une réaction forte de notre ministre et de nos hiérarchies, de manière générale», explique, à son tour, Delphine Bouchoux, membre du SNEC-CFTC Bourgogne.


«Les enseignants doivent poucvoir enseigner cette liberté d'expression, en toute quiétude. On peut pas assassiner quelqu'un qui fait son métier, qui fait grandir les jeunes dans leur libre arbitre et dans sa façon de pensée!», s'insurge Michèle Kerlo, la présidente académique de ce même syndicat majeur de l'enseignement privé, «nous, on a rejoint cette intersyndicale du public parce que Samuel Paty, c'est un collègue et qu'on fait le même métier. L'enseignement privé condamne évidemment avec force cet attentat terroriste et qu'on est là en soutien. Il n'y a pas de clivage public-privé sur un sujet comme celui-là. Ce rassemblement était nécessaire pour rappeller qu'on ne peut pas empêcher un enseignant de faire son métier, encore moins évidemment d'en arriver là!».


«Ce genre de drame ne devrait jamais arrivé! Tout simplement parce que nous sommses dans un état de droit mais aussi parce que nous sommes dans une république avec cette devise que l'on voit écrite sur les frontons de nos mairies (Ndlr : Liberté-Égalité-Fraternité) où s'applique le principe du vivre-ensemble. Quand on voit que ces terribles choses arrivent, on peut se poser des questions. Il s'agit d'un échec. Un échec éducatif et social. On pourra avancer tout un tas d'arguments, en parlant d'un terreau du terrorisme qui serait né dans la misère mais ce n'est pas une explication suffisante. Il y a un vrai problème avec l'intégrisme religieux. Moi, je viens d'un pays qui a payé un prix très élevé face au terrorisme (Ndlr : l'Algérie de la «décennie noire» des années 1990). Il n'y a pas que la misère qui peut expliquer l'adhésion aux thèses terroristes (...), ils se servent également de l'injustice (...) nous passons notre temps à courir après le problème au lieu de le devancer, je ne sais plus qui a dit ça mais « Gouverner, c'est prévoir» (Ndlr : Une citation d'Adolphe Thiers) malheureusement, on est dans l'urgence... J'exprime, par la même occasion, toutes mes condoléances à la famille de Samuel Paty», annonce, de son côté, Mourad Laouès, conseiller municipal d'opposition (EELV).


«Je rejoins ce que dit Mourad mais je ne suis pas tout à fait d'accord. Bon, il y a une responsabilité, à mon avis, qui est plus collective que ça. Il est grand temps de regarder les choses en face et d'arrêter la complaisance que l'on a pu avoir avec un certain nombre de gens; et quand je parle de "complaisance", c'est un mot un peu faible. Citons par exemple, la manifestation contre l'islamophobie de novembre 2019 (à Paris). Je veux dire que ce terme d'islamophobie, on doit le rejetter. C'est un terme qui a entièrement été inventé pour faire croire qu'être islamophobe, c'est être raciste contre les Musulmans, ce n'est pas du tout vrai! Simplement, être islamophobe, moi je le suis pas, je m'en fiche, c'est avoir le droit de critiquer une religion. On a le droit, en France, de critiquer les religions, mais on a pas le droit de critiquer une personne parce qu'elle est musulmane» nuance, Marie-Claude Colin-Cordier, une militante EELV et professeur de mathématiques à la retraite.


«Très clairement, si je suis venu, aujourd'hui, avec un certain nombre de militants de la République en Marche, avec Sadia (El Hayani), entre autres, et beaucoup d'autres qui sont venus, c'est parce qu'est arrivé, vendredi, c'est un acte qui est le summum de la barbarie, le summum de tout ce qui est ignoble. C'est un symbole de la République! Cet enseignant était celui qui transmet le savoir, c'est un autre symbole par rapport à la jeunesse. Arrivé à voir dans notre pays, en 2020, un homme qui se fait tué, à la sortie de son collège, ou plutôt, excusez-moi, décapité, c'est impensable dans une société comme la nôtre! Nous sommes arrivés à un point de non-retour. Alors, ma présence, elle est ici, parce que... franchement, on peut pas faire autrement, il faut autre chose, quelque chose de différent. Aujourd'hui, tout le monde est dans l'émotion, dans la réaction... On sait très bien, que depuis vingt ans, il y a des territoires de la République, qui ont été perdus. Cette siuation n'a que trop perduré. Il faut faire une reconquête! Il faut maintenant des mesures fortes, très fortes pour que cette reconquête puisse se faire! Bien sûr, il y a tous les discours à côté. Des discours populistes qui consistent à dire "faut être très forts dans les décisions, dans l'acceptation de l'autre"... tous des discours qui sont favorisés par ce qui se passe, et je comprend l'émotion, il faut sortir de ça et vraiment faire la reconquête des territoires que la République a perdue. Il faut y mettre les moyens, et quand je dit ça, c'est pas neutre, c'est au niveau des élus que ça se situe. Aujourd'hui, les élus ont trop fait l'impasse dans beaucoup de villes de France, sur un bon nombre de quartiers, pour ne pas être embêtés, avoir une espèce de tranquilité et d'acheter la paix. Maintenant, ça suffit!», ajoute, à son tour, le conseiller municipal d'opposition (LREM), Alain Rousselot-Pailley.


«Pour moi, ma présence est d'abord une démarche personnelle car je suis professeur d'histoire-géographie. Cet assassinat m'a particuluèrement touché et ça, c'est la première réaction que je voulais avoir. Ma deuxième réaction, c'est qu'on voit, depuis un certain temps, que les valeurs républicaines sont de plus en plus attaquées et baffouées par, ce que j'appellerais des groupuscules, car je reste très confiante dans notre démocratie, dans les libertés que l'on porte. Je ne sent pas que notre démocratie est affaiblie, nous sommes largement en capacité de réagir. Pour autant, il ne faut pas laisser passer ça. Il faut dire "Non" tout de suite et stopper la menace et être extrêmement fermr sur nos valeurs et la laïcité. C'est très important la laïcité! Protégeons nos valeurs républicaines et laïques», note Nathalie Leblanc, conseillère municipale et régionale (Socialistes).


«Cet assassinat est un symbole extrêmement fort. Derrière, et ça, il ne faut pas être naïf, il y a des groupuscules islamistes qui agissent, qui véhiculent des idées néfastes dans la tête des enfants. Je rappelle que c'était un très très jeune. Qu'est-ce qu'il a entendu? Qu'est qu'on lui a dit pour qu'on en arrive à un tel acte?», s'interroge cette dernière,«c'est là-dessus qu'on doit agir et moi, je continue à porter, ici à Chalon, il y a la répression mais il y a tout l'aspect éducation... éducation populaire, éducation à l'école et en dehors de l'école. On est pas là pour attiser la violence, on se bat pour avancer ensemble».


«D'abord, c'est un choc! On a gravi, je pense, encore un degré dans la négation des valeurs républicaines. On s'attaque à l'école. On s'attaque à l'école de la République. L'école, c'est un sanctuaire. La loi de 1905 est une loi qui est d'actualité. Elle n'a absolument pas de raison d'être modifiée, c'est inutile. On laisse devant la porte de l'école, ses convictions, ce qu'on a entendu la maison, tout ce qui nous a fait de par notre milieu familial... on le laisse à la porte de l'école. L'école, grâce aux enseignant et par le savoir qu'ils nous inculquent, nous permet de nous forger nos propres opinions. L'école fabrique des individus libres. Donc, on s'attaque à l'école, on s'est attaqué à un enseignant qui, je regrette n'a pas été protégé par sa hiérarchie. Quand je dis "hiérarchie" ça va de l'Éducation Nationale, c'est-à-dire de Jean-Michel Blanquer, que je trouve par rapport aux enseignant, est exigeant mais fait preuve de peu de reconnaissance. Ça va du rectorat. Alors, on peut parlé du cas particulier de Samuel Paty mais moi, je parle du cas général. Hélas, Samuel Paty, c'est vraiment l'ultime étape de la souffrance des enseignants, aujourd'hui, qui ne sont pas reconnus par la société, pas reconnus pour leur rôle de service public, et moi, je fais beaucoup de parallèles entre les soignants et les enseignants, c'est-à-dire que ce sont les deux fonctions indispensables d'une société. C'est ce qu'on demande en premier : être en bonne santé et de bénéficier d'une éducation. Par notre négligence, par une gestion comptable, on en arrive à dégouter, finalement,ces personnes qui aiment leur métier», nous explique Francine Chopard, conseillère régionale (PRG).


«Ce sont deux secteurs où la laïcité doit s'exprimer. La laïcité qui est un pivot du PRG» précise, Arnaud Barras, cadre supérieur de santé.


Un hommage national sera également rendu à Samuel Paty, mercredi 21 octobre, a annoncé l'Élysée.

 

* Graphie française traditionnelle par laquelle on désigne le Prophète de l'Islam, «Muhammad», qui signifie «le digne de louange» en arabe.

 

 


Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati

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