Fallait-il supprimer l'accès aux réseaux sociaux au Président américain ?

C'est la question qui anime la sphère médiatique du moment après la décision simultanée de Facebook et Twitter de bloquer les comptes de réseaux sociaux de Donald Trump.

Après les très violents heurts au Capitole organisés par les partisans de Donald Trump et à l'appel de ce dernier, c'est une décision sans précédents qui a été prise par les deux fers de lance des réseaux sociaux, Twitter et Facebook. Les deux ont pris la décision de supprimer l'accès à Donald Trump. Aux Etats-Unis comme un peu partout sur la planète, de nombreuses réactions ont commencé à surgir, dénonçant une atteinte à la liberté d'opinion. 

En France, tous les "adorateurs" des réseaux sociaux ont bien évidemment fustigé la décision des deux grands puissants mondiaux, et notamment toute l'extrême droite, grands utilisateurs des réseaux sociaux pour la diffusion de leur idéologie. Mais pas seulement, des membres du gouvernement proches d'Emmanuel Macron ou plus localement le maire de Chalon sur Saône, grands usagers des réseaux sociaux, ont dénoncé cette sanction, voyant là une atteinte à la liberté d'opinion. 

Difficile de s'extraire d'une position dogmatique mettant dos à dos le bon et le mauvais, et dès lors qu'on adresse un "mais" à la liberté d'opinion, c'est déjà le pas en avant de trop. Pour autant, les réseaux sociaux démontrent au fil du temps des comportements abjects, des appels à la haine, au meurtre, à la détestation de l'autre, à des actes terroristes... et cette semaine l'appel de Donald Trump aura été de trop. 

Oui, bien évidemment, il n'appartient pas à Twitter ou à Facebook de s'ériger en justicier avant même que la justice ne soit saisie, elle seule habilitée à sanctionner. Combien de comptes facebook ou autres ont été suspendus ou fermés ces dernières années pour la diffusion d'une nudité quelconque ou d'un semblant de nudité ? Combien de comptes ont été fermés pour insultes et menaces ? Sans même que la justice ne soit intervenue. 

Parallèlement la décision de la fermeture de ces comptes laissent présager des heures sombres pour la liberté d'expression, en créant une forme de précédent historique. Combien de minorités menacées à travers le monde trouvent à travers les réseaux sociaux l'occasion de promouvoir leurs cultures et de dénoncer les actes de leurs oppresseurs ? Combien de personnes trouvent dans les réseaux sociaux l'occasion de faire connaître l'enfer dans lequel ils vivent ? Mais comme dans toutes entreprises privées, ces entreprises ont fixé leurs conditions générales d'utilisation... et elles ont la liberté de les appliquer même très ... très tardivement (et là c'est un vrai reproche à formuler !).

Oui, il appartient à la justice d'agir ... sauf qu'entre le temps long et le temps court des réseaux sociaux, combien de victimes avant que la justice n'intervienne ? Et si Facebook avait bloqué le compte de celles et ceux qui appelaient au meurtre de Sameul Paty, aurions-nous crié à l'atteinte à la liberté d'expression ? Et les mêmes qui crient aujourd'hui sur les réseaux sociaux, qu'ont-ils dit au moment du meurtre du professeur de Conflans Sainte Honorine ? Lorsque les plates-formes diffusent sans vergogne des vidéos de civils égorgés par des intégristes ... mettent-ils en avant la même liberté d'opinion ? 

L'indignation ne peut être à géométrie variable et dans le cadre de Donald Trump, c'est bien plus qu'une simple liberté d'opinion... à un moment, appeler à renverser un état de droit, appeler à l'insurrection armée pour satisfaire ses intérêts personnels... il faut savoir dire stop ! Mais il aurait fallu que la justice se saisisse du dossier... fallait-il encore que Twitter intervienne bien plus tôt et pas à 10 jours de l'investiture de Joe Biden. Il est temps que la justice reprenne les choses en main face aux réseaux sociaux pour ne pas la laisser à des intérêts privés... là on est bien d'accord ! Mais est-elle prête à endosser la mission ? 

 

Laurent Guillaumé 

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