Opinion

Le coup de gueule du docteur Jean Friedel contre la position du député de Saône et Loire, Rémy Rebeyrotte

Le coup de gueule du docteur Jean Friedel contre la position du député de Saône et Loire, Rémy Rebeyrotte

Chef de service honoraire du service de dermatologie venereologie du centre hospitalier William Morey de Chalon sur Saone, le docteur Jean Friedel, n'y va pas par quatre chemins.


Monsieur le député


Je suis assez effaré de lire le compte rendu de votre diatribe contre l’hôpital William Morey ;
dont l’ARS et l’état ont délibérément choisi il y a quelques années de faire le réceptacle et l’outil de concentration des problèmes sanitaires du nord du département de Saône-et-Loire ; et, du fait de sa place centrale dans le GHT, la zone de concentration de tous les déficits économiques de l’exercice.
Ce fut un choix délibéré de nos décideurs.
La santé coûte, c’est un fait inéluctable, elle coûte affreusement quoiqu’on en veuille et qu’on en dise. Et nier sa charge financière ou tenter de la mettre sous le tapis pour ne pas apparaître déficitaire aux yeux de l’Europe ne sert à rien. Elle nous coûte à nous peut être plus qu’aux autres car nous avons choisi le principe d’une solidarité qui va aux extrêmes.
Je conçois que le problème des maternités soit une réalité. Mais à l’heure de la mobilité médicale et des moyens héliportés, de nuit et de jour, je ne suis pas certain que votre combat soit justifié : une maternité ne peut vivre QUE si elle fonctionne suffisamment, et deux naissances par jour en moyenne ne sont pas un chiffre suffisant, surtout si elles ont lieu loin d’un centre de réanimation néonatale.
Nous sommes à l’heure de la concentration des moyens, pour des raisons économiques mais aussi pour des raisons d’attractivité des spécialistes.
Votre coup de boutoir contre le centre hospitalier William Morey va inévitablement faire fuir les jeunes spécialistes qui osent encore venir se perdre dans nos provinces reculées. Quel médecin veut aller vivre et élever sa famille à Autun ? Mais quel médecin accepte encore de gaité de cœur de venir s’enterrer, attirer son conjoint qui travaille de son côté et et enterrer sa famille à Chalon sur Saone ?
En faisant ce que vous faites, vous poussez le monde médical spécialisé à encore plus refuser de quitter les très grands centres et vous allez amener nos trop peu nombreux jeunes médecins à ne pas savoir quitter Lyon et Dijon pour leur exercice.
La médecine d’Autun dépend de celle de Chalon. Nous les dermatologues quadrillons quotidiennement le territoire de l’est du nord et de l’ouest de la saone et Loire jusqu’à Gueugnon par la teledermatologie et l’envoi de nos spécialistes deux fois par semaine à Autun. Votre ancien directeur a cru intelligent de remercier l’un d’entre eux sans autre forme de procès pour éviter de perdre l’argent nécessaire à votre maternité. Il est parti je crois. Nous poussons l’exercice jusqu’à répondre aux demandes de 15 requérants de la Nièvre orientale et nos malades s’empilent en provenance de Château-Chinon mais aussi de Cosne sur Loire et des confins de la Puisaye.
Et ce faisant nous créons du déficit car il nous faut alors rapatrier 25 % de ces malades pour les soigner à Chalon, et Montceau en présentiel, et cela en consultation, ce qui ne rapporte rien à notre centre hospitalier.
Plutôt que de tirer à boulets rouges sur le voisin dont l’activité vous sauve, interrogez-vous sur le mode de calcul de l’activité publique (exclusivement calculée sur les hospitalisations qui elles sont embolisées par les vieillards sans tenir compte de l’activité externe) au regard du comportement du secteur privé, qui lui facture abusivement et allègrement des jours d’hospitalisation de chirurgie et d’anesthésie pour des actes réalisables en externe.
Je suis à la retraite depuis 3 ans, je suis resté attaché pour la teledermatologie pour désenclaver les zones désertées, je soutiens les options du gouvernement, mais pas quand elles attaquent inconsidérément un fonctionnement délétère mais voulu en haut lieu.
Sincèrement


Docteur Jean Friedel
Chef de service honoraire du service de dermatologie venereologie du centre hospitalier William Morey de Chalon sur Saone.