Chalon sur Saône

Ce vendredi à Chalon, la librairie de La Mandragore recevra Marie Theulot, pour une rencontre-dédicaces

Ce vendredi 27 novembre, à partir de 16 heures, la librairie de La Mandragore recevra Marie Theulot, qui viendra dédicacer son tout dernier roman - Sales baraques [1] – et, bien sûr, échanger avec ses lecteurs.

Faut-il encore présenter Marie Theulot, fille et petite-fille de Justes [2], auteur de plusieurs romans aussi remarquables que remarqués [3] ? Marie Theulot, retraitée depuis dix ans de l’Education Nationale, est en effet bien connue des Chalonnaises et des Chalonnais, tant pour ses livres que pour ses activités de bénévole au sein de l’Association de solidarité avec les travailleurs immigrés (ASTI) ou en faveur du soutien scolaire dans le quartier du Stade, rebaptisé, depuis, quartier « Claudel-Bernanos ». Aussi, présenter cette protestante, qui « préfère se définir comme chrétienne », lectrice assidue de toutes les Bibles, « celle de Jérusalem comme celle que l’on dit œcuménique », ne s’impose sans doute pas. Beaucoup moins, en tout cas, que de porter à la connaissance des lecteurs d’Info-Chalon ce que cette dernière a confié à votre site d’information en ligne préféré, à l’occasion d’une discussion à bâtons rompus.

Marie Theulot, à en juger par la bibliographie qui est la vôtre, votre attention paraît particulièrement accaparée par une période historique relativement contemporaine : celle de la Seconde Guerre mondiale. Pouvez-vous expliquer aux lecteurs d’Info-Chalon les raisons de votre intérêt pour celle-ci ?

Il est vrai que le cadre historique de mon dernier roman, c’est vrai aussi des précédents, est la Seconde Guerre mondiale. Néanmoins, mon centre d’intérêt n’est pas tant la Seconde Guerre mondiale que les Justes – je suis fille et petites filles de Justes [2], mon grand-père a été déporté à Dachau. Or, ces Justes évoluent dans un contexte : celui de la guerre, celui de la Seconde Guerre mondiale. Mais, du coup, c’est vrai, par ce que l’on pourrait appeler l’histoire au quotidien des Justes et des déportés, cela me conduit à aborder la « grande histoire » : celle de la Seconde Guerre mondiale.

Si j’écris sur les Justes et par conséquent sur cette période historique, c’est non seulement en raison de mon histoire familiale, mais aussi parce que je suis née en 1952, à Dunkerque, dans une baraque. Que la guerre fait partie, dès le départ, de mon environnement. Que la guerre m’a sensiblement imprégnée. A Dunkerque, j’ai vu vraiment la reconstruction de la ville.

J’écris aussi sur ces sujets par curiosité.

Marie Theulot, lorsqu’il s’agit d’écrire sur une période historique, d’aucuns recourent à une forme assez répandue : ce que l’on pourrait appeler « l’ouvrage savant ». D’autres, en revanche, cela semble être votre cas, préfèrent recourir à la forme romancée, celle que l’on qualifie parfois de « roman historique ». Pouvez-vous expliquer votre choix aux lecteurs d’Info-Chalon ?

Si je n’ai pas opté pour ce que vous appelez « l’ouvrage savant », c’est tout d’abord parce que je n’ai pas le niveau pour cela et que, par ailleurs, je ne suis pas scolaire du tout. Ce qui m’intéresse, c’est la vie des gens, pas les délires intellectuels, « les discours creux », comme il est dit dans la Bible. Ce qui ne veut pas dire que tous les ouvrages savants sont à ranger dans cette catégorie. Cela dit, ce n’est pas parce que j’écris des romans, que je ne procède à aucune recherche préalable. Bien souvent, cela me prend plus de temps de collecter des documents, de le lire et de les analyser (environ une année) que d’écrire – j’ai écrit Sales baraques en huit mois. A l’issue de mes recherches, j’ai parfois trop de documents, et même matière à écrire une thèse. Mais je ne veux pas écrire une thèse. Je veux écrire un roman. Un roman dans lequel je n’invente rien mais agence les choses de telle sorte que les lecteurs puissent comprendre que la résistance spirituelle était énorme dans certains camps, que l’activité culturelle qui subsistait malgré tout a sauvé beaucoup de monde. En général, c’est la lecture d’autres livres, qui m’ont touchée, qui constituent le point de départ des romans que j’écris. Car on ne crée rien ex-nihilo. Par exemple, à la base de Quais d’exil [3], il y a l’émotion que j’ai ressentie à la lecture de Paroles d’enfants pendant la guerre [4]. 

Dans l’avant-propos à Sales baraques, vous posez, à juste titre, une question : « Pourquoi remuer le passé ? » Pourriez-vous, en quelques mots, expliquer aux lecteurs d’Info-Chalon ce qui vous a menée, d’une certaine façon, avec votre roman, à « remuer le passé » ?

Il me semble que pour appréhender l’à-venir, il faut connaître le passé. J’ai été très frappée par les propos d’un déporté qui, à la suite des Attentats de janvier dernier contre Charlie Hebdo, a déclaré ceci : ‘’il ne faut pas que l’avenir soit le passé''. Je crois que, parfois, l’histoire ne se contente pas de bégayer. Pour éviter cela, il faut s’intéresser au passé, quitte à le remuer. Cela permet de comprendre aussi le présent.

Marie Theulot, à en juger, toujours, par votre bibliographie, vous aimez écrire, sur des sujets qui peuvent s’avérer psychiquement et émotionnellement épuisants. Ecrivez-vous en ce moment ? Travaillez-vous d’ores et déjà à un prochain roman ?

Ecrire les romans que j’écris peut s’avèrer particulièrement éprouvant parfois. Souvent, pour écrire mes romans, j’entre en contact avec les derniers déportés vivants. Je mesure, à chaque conversation, que les traumatismes, avec l’âge, ressortent. Et je peux vous dire que les anciens déportés ne meurent pas en paix. Ces conversations sont, sur le plan humain, aussi magnifiques, touchantes, que difficiles. A la suite de l’écriture de Sales baraques, j’ai éprouvé le besoin de faire une pause. Ce qui ne m’empêche pas de continuer mes interventions dans les écoles, les collèges, les lycées, à l’invitation d’associations. Ce qui ne m’empêche pas non plus de mûrir de nombreux projets d’écriture. Tout d’abord, j’ai en tête d’écrire l’histoire de ma famille. Mais pas à destination des adultes. A destination des enfants. Je pense aussi à adapter en bande-dessinée Le plongeon interdit [3]. Surtout, j’ai envie d’écrire pour les femmes, qu’elles soient chrétiennes, musulmans, juives, athées. Mais pour ce qui concerne ce dernier projet, je ne vous en dis pas plus pour l'instant.

S.P.A.B.

 

[1] Marie Theulot, Sales baraques. Gurs, un camp français (1940-1942), Editions Ourania, 14, 90 euros

[2] Polysémique, le mot « Juste », ici, sert à désigner une personne qui a caché, sauvé des juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale. Parmi ces personnes, certaines se voient attribuer, depuis 1963, le titre « Juste parmi les Nations », la plus haute distinction civile décernée par l’Etat d’Israël, à des personnes non juives qui, au péril de leur vie, ont aidé des Juifs persécutés par l’occupant nazi. Les personnes ainsi distinguées doivent avoir procuré, au risque conscient de leur vie, de celle de leurs proches, et sans demande de contrepartie, une aide véritable à une ou plusieurs personnes juives en situation de danger. Pour en savoir plus, lire, notamment, la page suivante : http://www.yadvashem-france.org/les-justes-parmi-les-nations/qui-sont-les-justes/

[3] Marie Theulot, Le plongeon interdit : Stuttgart 1938, préfacé par Simone Veil, 2009 ; Quais d’exil : Vienne-Colchester 1939, préfacé par Marek Halter, Editions Ourania, 2012

[4] Zlata Filipovic, Paroles d’enfants pendant la guerre, XO éditions, 2005, 19,90 euros

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