Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Il s'en était pris à sa mère et sa tante

Ces trois-là vivaient ensemble jusqu’il y a peu, dans une maison située à Tronchy en un lieu opportun : une impasse. La vieille tante était propriétaire de cette maison et y avait accueilli sa sœur, et son neveu. Il a aujourd’hui 46 ans. Il est saisissant. Ses cheveux touffus et désordonnés tirent vers le roux. Sa barbe est énorme, elle irradie autant qu’elle lui dévore tout le bas du visage. On l’imagine rasé, on l’imagine lavé de cette vie dans l’impasse, mais elle le marque tout entier.

Le prévenu est poursuivi pour des violences sur ces personnes vulnérables que sont devenues sa tante et sa mère. Pour sa tante, la prévention court sur 2018, jusqu’en septembre. Depuis, elle vit dans un EHPAD*, frappée d’Alzheimer, et « elle n’en sort jamais », a-t-on répondu aux enquêteurs. Pour la maman – tout au long de l’audience le président Dufour la nomme ainsi, « votre maman » - la prévention va du 10 février 2019 au 24 septembre dernier. Cette femme, âgée de 82 ans, est « déficiente cognitive », tout ça pour dire qu’elle breloque. Un peu ou beaucoup, on ne sait pas.

Il a arrêté de travailler à l’âge de 25 ans

Au départ de cette affaire, le signalement d’une infirmière qui intervenait dans la baraque au fond de l’impasse. Inquiétude corroborée ensuite par des auxiliaires de vie. La maman, elle, parle à certains de violences que son fils lui inflige, mais à d’autres elle dit que pas du tout, et aux enquêteurs elle déclare « trois fois rien ». « Le médecin a relevé beaucoup de lésions, expose le président. Des hématomes, des ecchymoses. Son fils a dit qu’elle tombait souvent, et ça n’est pas exclu. » Le fils a reconnu « des calottes ». Il est célibataire, n’a pas d’enfants, a fait un peu de mécanique mais n’a pas de CAP. Il sait lire et écrire. Il a arrêté de travailler… quand ça ? « En 98. » Il avait du boulot mais n’a pas voulu suivre son employeur jusqu’à Simard. Il a toujours vécu chez ses parents. A la mort du père il a fallu vendre la maison, alors direction l’impasse.

Magistrats et avocat, embarqués avec lui dans l’impasse

Des auxiliaires de vie ont rapporté aux enquêteurs qu’il boit beaucoup. Oh ben, pas tant que ça ! oppose le fils. Il oppose mais il répond sans difficulté aux questions du président. Il est calme, et en fait, conciliant. Il ne boit pas « beaucoup », mais il s’enfile tout de même sept pastis et un litre de bière chaque jour. Pour son avocat, Jérôme Duquennoy, ça fait beaucoup, mais tout est relatif, dit-on. Le prévenu a demandé un délai avant d’être jugé. Il n’avait vu aucun avocat avant l’audience, et même si le tribunal a pris un autre dossier pour permettre à maître Duquennoy d’aller parler un peu avec lui, il préfère tout de même prendre le temps. La salle, presque vide, est tranquille. Magistrats et avocat se regardent, pleinement conscients de se trouver embarqués avec cet ermite dans l’impasse, eux-aussi : il n’a pas de casier judiciaire, a priori il n’est pas dangereux pour les autres, en dehors des deux vieilles femmes séniles, mais il n’a pas de domicile en dehors de cette maison dans laquelle se trouve sa mère (?). Que faire de lui, dans ces conditions, en attendant son jugement ?

« Vous allez en ville ? Vous avez des amis ? »

« Monsieur, racontez-nous un peu, que faites-vous de vos journées ?
- Pfff…. Je bricole, ou je ne fais rien.
- Par exemple, vous vous levez à quelle heure le matin ?
- Je ne sais pas… Si ! L’hiver, je vais au bois, alors je me lève tôt. Mais l’été, je me lève très tard.
- Vers quelle heure ? Vous savez, « très tard », ça dépend vraiment des gens.
- Vers 10 heures.
- Et puis vous faites quoi ?
- Au printemps, j’ai le jardin.
- Et puis ? Vous sortez ? Vous allez en ville ? Vous avez des amis ?
- Oui, j’ai des copains, mais je vais pas en ville, ah non. »

« Il n’évoque aucun ami qui pourrait l’héberger »

Il a des traits réguliers pour ce qu’on peut en voir, le reste est enseveli sous cette barbe, aussi épaisse que le temps passé depuis vingt ans à ne plus travailler et à végéter dans les jupes de ces femmes, abrutissant tout le reste à verres constants, pour finir par coller des tartes à ces (supposées) bienveillantes qui ne savent plus prendre soin de lui, usées par l’âge, affaiblies par les déficiences. Charles Prost, vice-procureur, requiert rapidement et sobrement son maintien en détention. Maître Duquennoy s’exprime avec la douceur dont a usé le président lorsqu'il s’adressait au prévenu. « Malgré l’absence de casier et malgré la difficulté d’interpréter les lésions relevées sur la mère, il reconnaît partiellement, et il n’évoque aucun ami qui pourrait l’héberger, or il faudrait un éloignement. »

« Nous n’avons aucune autre solution de logement »

Le tribunal ordonne le maintien en détention de cet homme lunaire, et prévoit de le juger le lendemain de Noël. Le président Dufour lui explique : « Nous n’avons aucune autre solution de logement. Si on vous avait placé sous contrôle judiciaire, vous auriez dormi où ? Dehors ? Ce n’est pas indiqué. »

Florence Saint-Arroman

* établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes

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