Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - 27ème condamnation en ce lundi 4 décembre : 14ème incarcération

Le « 13 NRV » sur la grande porte du TGI au cours du week-end du 1er octobre dernier, c’était lui, Ludo B., 41 ans, grand alcoolique devant l’éternel et polytoxicomane. Il s’est un peu vanté de son mode d’expression urbain lors de différents contrôles, il donc est poursuivi pour dégradation, mais aussi pour violences et menaces de mort sur son ex-compagne et puis outrages et menaces de morts contre un policier. C’est qu’il a le verbe haut, Ludo, qui n’hésite pas à répondre à l’avocat qui va le défendre qu’il « s’en bat les couilles ». De quoi ? D’un peu tout si on l’écoute, mais pas absolument de tout pour autant. 

« Oui je baise les policiers, et surtout la justice »
Ludo a une fille de 13 ans qu’il voudrait voir, et ce n’est pas si simple. Il passe pas mal de temps « bourré » et « défoncé », et puis il parle mal, ça ne favorise pas le dialogue. Il jouait depuis un mois la mouche du coche en bas de chez la maman de sa fille, au point qu’un voisin a pu témoigner de la gêne occasionnée à chaque fois. Le 21 octobre dernier, Madame J. rentre chez elle. Il est là, abandonné au pouvoir de l’alcool, à un degré tel qu’elle parvient, alors qu’il l’insulte, à le coincer par la bride de sa sacoche au porte bagage d’un deux-roues, et le massacre à coups de clé à molette. Elle s’arrêtera « à temps », mais elle « s’est fait peur ». « Pov’victime », crache-t-il à son intention pendant l’audience. Il l’avait menacée de lui « fracasser le crâne », elle lui a explosé une arcade sourcilière. « Finis-moi, tue-moi », qu’il lui disait alors.
Le substitut du procureur Dominique Fenogli décide de placer Ludo B. sous contrôle judiciaire, mais voilà pas qu’une semaine plus tard, le 27, le prévenu traîne aux abords du TGI, et y croise un policier venu assurer la surveillance d’une salle d’audience. La rancœur mousse et déborde. C’est qu’il n’en a pas gros, Ludo, il a en énorme sur la patate, et ça fuse méchamment, « fils de pute je vais te niquer », et ça dérape violemment, « je vais te buter à la kalach », mime et bruitage à l’appui. Des renforts s’approchent, Ludo est intarissable, « oui je baise les policiers et surtout la justice ».
La garde à vue est à l’avenant, en pire : « toujours menotté, très agité, donne des coups de tête dans la vitre en plexiglas, crache, traite le commandant de fils de pute, lèche son crachat, frotte son pubis contre la vitre en disant ‘suce ma bite’ ». Ce jour-là il avait descendu 2 litres et demi de bière. Pourtant il lui est arrivé, des soirs de détresse solitaire, d’aller frapper à la porte du commissariat, demandant à aller en garde à vue, « au chaud », expliquera maître Guignard. Le corps policier reste le corps de toutes les ressources, en dépit du ressentiment général qui anime Ludo. « Pourtant les policiers ne peuvent laisser les menaces dont ils sont l’objet au vestiaire avec leurs uniformes, plaide maître Ronfard, ils ne peuvent les oublier. C’est grave. » C’est grave en effet, et l’atteinte à la personne est réelle, mais Ludo B. semble avoir dépassé ce stade de conscience depuis un moment, il le confirme en lançant aux juges : « Vous inquiétez pas, je m’occuperai de vous. Je ne vous aime pas, et je m’occuperai de vous ». 

La vie de Ludo B., « une vie brisée » murmure un avocat dans la salle
Ludo B. est né à Chalon en 1976. Son père meurt jeune. Cet homme avait été interné pendant 10 ans. La mère abandonne le petit qui est victime d’agressions sexuelles dans sa famille. L’alcool ? « Tous les jours depuis mes 14 ans. » La drogue ? « Toutes les drogues depuis mes 18 ans. » La présidente aborde son casier judiciaire, il lui coupe la parole : « 26 condamnations, 13 incarcérations ». Il est reconnu handicapé. Il travaille parfois et souligne que lorsqu’il ne boit pas, il peut travailler et c’est mieux. Justement, le substitut du procureur l’interroge sur son mois de détention provisoire, est-ce qu’il se sent mieux ? « Oui, j’ai des cachets et je ne bois pas, je me sens mieux. – Donc, reprend monsieur Fenogli, grâce à cela… » Le chat sauvage lui coupe également la parole et crache : « Eh ben, laissez-y moi à vie ! » en lançant le bras en l’air, dans le mouvement qui veut dire « j’en ai plus rien à faire ». Quand sa fille lui a dit qu’elle ne voulait « plus le voir », il a « pris la mort », et il a tout lâché dans l’alcool et la défonce. La nuit du tag, il était « défoncé » et un autre « défoncé » lui a prêté sa bombe de peinture verte, parce que de toute façon, c’est vrai, il est « très énervé », « et j’en suis fier, tant qu’à faire, faut assumer ». Un copain à lui est dans la salle, et comme on ne lui donne pas la parole, eh bien il la prend pour dire que « c’est l’alcool ». La preuve, c’est qui lui aussi quand il a bu, il fait « n’importe quoi ». Le temps qu’on lui demande de ne plus intervenir de la sorte, Ludo, du box, le remercie, il sourit, il est touché, « c’est un ami », dit-il en touchant sa poitrine au niveau de son cœur, renvoyant sa main le pouce levé vers le copain.
La présidente dit à Ludo : « En garde à vue, vous avez eu une attitude qui pourrait peut-être nécessiter un internement, vous vous en rendez compte ? 
- Je m’en bats les couilles.
- Vous voulez passer toute votre vie comme ça ?
- Ouais, jusqu’à la mort, ouais.
- Vous avez déjà vu un psychiatre ?
- J’ai pas la maladie de mon père ! Je suis juste impulsif. »

« L’alcool lui abîmé le cerveau, mais quelles blessures infligées dans son enfance ! »
Parquet et défense font chœur sur la nécessité de soins, et d’accompagnements. Dominique Fenogli requiert 6 mois de prison (avec maintien en détention) et 4 ans d’un suivi socio-judiciaire (versus 2 ans de prison), suivi renforcé qui peut donner un vrai cadre à ceux qui en sont à ce point dépourvus et qui n’en finissent pas de se noyer dans des puits sans fonds. « L’alcool vous a bien détruit le cerveau, monsieur, et je crains qu’il y ait de l’irréversible. – Y a pas que l’alcool, y a les gens aussi !, réagit le chat sauvage. » Pour autant, lorsque le procureur a eu le dossier et découvert la férocité des coups reçus par Ludo, il l’a informé de ses droits, qu’il pouvait porter plainte. Ludo avait alors trouvé que c’était « un bon procureur ». Maître Guignard  va plaider en bon père de famille, appelant le tribunal à considérer « avec empathie » la position de « ces gens qui sont si marginaux qu’on ne peut pas les raisonner », et à qui il faut « tendre une main, mais une main sans menottes ». « L’alcool lui a détruit le cerveau, mais quelles blessures infligées dans son enfance ! Il recherche de l’amour, sa demande de voir sa fille en témoigne. Il en veut à la justice, à la police, à la société, pour des raisons profondes, il faut prendre un peu de recul. » L’avocat souhaite que Ludo B. soit l’objet d’une expertise psychiatrique : « Il faut savoir s’il y a quelque chose de sérieux. Il faut l’envisager avant que ça dérape. »

27ème condamnation en ce lundi 4 décembre : 14ème incarcération
Le tribunal condamne Ludo B. pour les dégradations (le tag), les violences contre son ex-compagne, les insultes et les menaces à l’encontre d’un policier, à 18 mois de prison, dont 6 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans (un de plus), avec obligation de soins, interdiction de porter une arme (il avait sur lui un couteau, le 27 octobre), interdiction de paraître au domicile de la mère de sa fille. « Monsieur, à votre sortie de prison, vous serez suivi par un juge d’application des peines… » Derechef, il coupe la parole, car « en fait, je m’en vais à Toulouse, moi, après ! » Et Ludo B. de signer gentiment les papiers qu’on lui tend, il est calme, il n’invective plus. C’est comme si à l’audience il jouait un rôle d’opposant coûte que coûte et quoi qu’il arrive, et que l’annonce de la décision qui clôt l’audience marquait une trêve, un petit répit, enfin. 

Florence Saint-Arroman

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