Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Alcoolisé, il tabassait sa femme sur le balcon à Chalon sur Saône

Il a vu le jour en janvier 1981. Il commence à boire en 1992, il ne précise pas en quelle saison. Aujourd’hui c’est un homme de 38 ans qui s’alcoolise obstinément chaque jour. Il vit à Chalon, en appartement depuis 15 jours. Il a 6 condamnations et quelques incarcérations déjà. La justice l’avait condamné en cadrant un suivi collé-serré, et chacun s’est efforcé de le hisser sur un socle mais quand on picole à ce point, rien ne tient. C’était rue de l’Asile, ce lundi 26 août, deux passants se sont arrêtés car au deuxième étage, sur le balcon, il défonçait une femme à coups de genoux.

Ces passants ont prévenu la police, et en l’attendant apostrophaient l’homme pour le détourner de sa victime. Celle-ci s’est enfuie. Les policiers l’ont trouvée avachie au sol à côté du magasin Leader Price, blessée, ivre elle aussi, portant déjà une canette de plus à ses lèvres. Il l’avait poursuivie dans la rue, un couteau à la main mais l’avait perdue de vue. On entend la femme le lendemain : ils sont amis, dit-elle ; on sort ensemble, dit-il. En tout état de cause le statut de leur situation personnelle change-t-il quoi que ce soit à la qualité et à la quantité des coups reçus ? Certainement pas, semble répondre le vice-procureur Charles Prost. La victime a 10 jours d’ITT, des hématomes partout sur le corps. Le prévenu est en état de récidive légale, aussi le parquet a-t-il décidé de le faire juger selon la procédure de comparution immédiate ce jeudi 29 septembre. Ses 27 ans d’alcoolisme et lui arrivent dans le box escorté par un équipage de police.

« Un homme armé d’un couteau qui vous court après, ça ne fait pas très envie »

Il est brun et très bronzé, vivre à la rue c’est vivre au soleil, l’été. Il conteste pas mal de choses, ne reconnaît que « deux claques » et son état d’ivresse. Ok, il est sorti de l’immeuble en tenant un couteau, mais c’était pour se protéger au cas où l’un des passants aurait voulu en découdre avec lui, car il cherchait la victime pour s’excuser. Une audition plus tard, ok, c’était pour lui faire peur. « Ben, j’étais sur les nerfs », commence-t-il, « et vous étiez très soul, poursuit la présidente Catala. Un homme armé d’un couteau qui vous court après en criant ‘chérie reviens, chérie reviens !’, ça ne fait pas très envie. » La salle d’audience est presque vide, seules trois femmes s’y trouvent qui plussoient intérieurement : ça ne fait pas très envie, en effet, et ce n’est guère rassurant non plus. Ce monsieur a des méthodes vraiment paradoxales. On se dit qu’avec ce qu’il boit, il fait de toute façon n’importe quoi n’importe comment, mais il n’est pas d’accord, « moi je sais ce que je fais », affirme-t-il au tribunal qui le confronte puisqu’il conteste encore.

« Et ces suivis ne vous empêchent pas du tout de boire ? – Ben… Ouais »

« Comment vous expliquez ses multiples contusions ? – Elle s’est fait taper aux Aubépins. Elle a des problèmes là-haut, et puis voilà. C’est facile de tout mettre sur le dos des autres. » Il répète qu’il l’aime, lui, « mais si elle, elle m’aime pas, ben… ». Au moins il aura tout essayé : les torgnoles, les coups de genoux dans le ventre, la menace d’une lame ou de sa pointe, mais elle ne se sent pas liée pour autant. Son casier parle essentiellement de violences et d’alcool. « Comment vous expliquez, monsieur, que vous ne parveniez pas à vous maîtriser ? - … Je sais pas… L’alcool. Mais je suis suivi au Kairn et à Sevrey. – Et ces suivis ne vous empêchent pas du tout de boire ? – Ben… Ouais. »
« Ben… Ouais », voilà à quoi sont ramenés les efforts et le travail d’un aéropage de travailleurs sociaux, infirmiers spécialisés, médecins, conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation, juge d’application des peines, avocat. Non par mépris, non qu’il s’en fiche, mais parce que c’est une réalité : l’alcool l’emporte.

Ne pas être devenu cet homme décrit par les témoins

Travailler ? Pas franchement. Il a fait les vendanges l’an dernier, « comme d’habitude », et sinon il traîne en picolant avec des potes ou des moins potes. Tout de même, l’accès au logement, c’était énorme, pour lui, et « dans quinze jours, on allait s’occuper du travail ». Quand on sait l’immense difficulté pour des personnes en marge de tout, de revenir dans un cadre administratif et social « inséré » comme on dit, on se demande ce qu’il en est quand la marge se double d’une alcoolémie constante (ça doit rendre les coutures encore plus résistantes).
Le parquet requiert 12 mois de prison et la révocation du reliquat de sursis qui subsiste, avec incarcération immédiate. Maître Sarah Bouflija plaide la pathologie de ses difficultés, un rapport à la violence « particulièrement compliqué », une longue « traversée du désert » puis les progrès obtenus grâce aux différents suivis. Elle demande au tribunal de ne pas révoquer ce qui reste du sursis mis à l’épreuve, lui éviter une sortie sèche (d’autant qu’il aura perdu son logement d’ici là, il était rue de l’Asile, en plus, quelle ironie, ndla). Il reste impassible, il a défendu jusqu’au bout ne pas être devenu cet homme décrit par les témoins.

17 mois de prison, incarcération

Le tribunal le condamne à 12 mois de prison, décerne mandat de dépôt, révoque les 5 mois de prison qui restaient en sursis, ordonne son incarcération immédiate. Il part pour 17 mois de prison. Ils pourraient être l’occasion d’un sevrage, mais. Il a eu un traitement médicamenteux à un moment donné « mais le médecin m’a dit que je risquais de devenir dépendant », alors, il a arrêté le traitement. Quitte à être accro, autant garder l’ivresse.

Florence Saint-Arroman

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