Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Gilet jaune, il avait usé de son véhicule lors d'une manif à Champforgeuil

Il avance le bras et redresse sa main, pour que le président Deruelle soit assuré de la parfaite sincérité de son propos : il s’apprête à dire quelque chose mais ça ne concerne pas du tout le juge. « Pas vous, hein ! Mais certains nous prennent pour des cons, au niveau de la police et de la gendarmerie. » Il a 60 ans, il est retraité, il s’est investi à fond dans le mouvement des gilets jaunes, et il est convoqué ce mercredi 11 septembre devant le tribunal de police parce qu’il conteste une amende.

Il n’a pas mis son gilet jaune pour venir, non, il a carrément une parka haute visibilité. Il ne fait pas les choses à moitié, il est comme ça. La presse était venue pour lui. Trois journalistes d’un coup en salle d’audience, ce n’est pas souvent d’une manière générale, et, au tribunal de police, c’est exceptionnel. Tout le monde a patienté pendant presque quatre heures que son tour arrive mais il n’a déçu personne et il a fait le show. Le 11 novembre dernier, à Chamforgeuil, il stationne sa voiture en plein rond-point et dans le sens opposé à celui de la circulation. La police lui demande de dégager la voie, il refuse. La police le prévient qu’elle verbalise. Il reçoit une amende à payer et aussi sec fait une requête en exonération : le véhicule désigné est bien le sien, mais « sur la D906 » c’est imprécis, rien ne dit qu’il était sur un rond-point et en plus « quand je m’arrête je mets un gyrophare sur le toit et mes feux de détresse ». Un gyrophare ? « On ne voit pas bien pourquoi, et êtes-vous habilité à en avoir un ? – C’est pour la sécurité ! » rétorque le monsieur qui lorsqu’il parle, parle très fort. Rien à moitié.

« Moi je dis c’est du n’importe quoi ! C’est faux ! »

Parce que le manifestant a contesté l’infraction qu’on lui reproche, le commandant de police a demandé un rapport détaillé en complément du procès-verbal initial. Le président Deruelle lit : « stationnement dans un rond-point ». Le prévenu, qui envoie du sonore à chaque fois, s’exclame : « Ah ben je l’ai pas eu ! C’était pas marqué ça sur ce que j’ai eu ! Et en plus, pendant la manifestation des gilets jaunes, je m’occupais de la sécurité ! » Le président lui lit le récit du major de police. « Moi je dis c’est du n’importe quoi ! C’est faux ! Et de la part de la police, c’est un abus de pouvoir. Je conteste encore. » Il est retraité, perçoit 1200 euros par mois, « et je fais du social dans toute la France. Je dis que le gouvernement ne s’occupe pas des personnes âgées ». Le président reste doux pour lui rappeler que « le tribunal n’est pas une tribune, monsieur ». Et c’est là que son vis-à-vis lui lance que certains les prennent « pour des cons ». Le ministère public, représenté par le commandant Gauthier, requiert une amende forfaitaire de 135 euros. « Qu’en dites-vous, monsieur ? – Ça ! Je ne connais pas le code pénal par cœur… Le commandant de police ne va pas aller contre ses hommes, ça serait de mauvais sens. Mais je ne suis pas d’accord. »

« Et qui se met des sous dans les poches ? C’est toujours les mêmes » 

Le tribunal le condamne à une amende de 135 euros. L’huissier d’audience lui passe la décision et lui demande de la signer. Le prévenu compare la composition du jour à celle qu’il a connue lors de son précédent passage, et il arrache quelques sourires. « Pour moi, on est tous des hommes (il désigne le juge, la greffière, le commandant). Mais moi je relève l’injustice. – Merci pour cette part d’humanité » répond le président, au moment où le gilet jaune en parka tique sur le montant de ce qu’on lui réclame… « Il y a 31 euros de frais d’audience, lui explique le juge. C’est l’Etat qui impose… - Aaaah il peut se la couler douce, là-haut, au palais de l’Elysée ! » Puis il morigène l’huissier qui le presse un peu : « Vous me laissez pas le temps de lire ! Moi je vais pas signer n’importe quoi. » Il lève le nez à nouveau vers le juge : « Et si on veut pas signer, ça se passe comment ? – Le Trésor public va… - Ah ben le Trésor public il me doit de l’argent, et qui se met des sous dans les poches ? C’est toujours les mêmes. » On passe de sourires amusés à une franche hilarité à travers laquelle les quatre heures écoulées à passer près de 40 dossiers se détendent un peu. « Au revoir ! On se reverra sur la route avec les gilets jaunes ! Au-revoir messieurs-dames. »

Florence Saint-Arroman

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