Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Une histoire à 20 euros au centre pénitentiaire de Varennes qui termine à la barre du tribunal

« A un moment donné il était en semi-liberté, alors il dormait au zéro. Il faisait des magouilles et quand il a eu des problèmes, il a fait ce qu’il fallait pour être transféré au 3. Le problème c’est que des gens s’en prennent à moi, parce qu’il se cache. J’avais pas le choix, c’était soit moi soit lui » explique A. au tribunal. Du coup ce fut « lui », son codétenu, qui s’est pris des coups. Tout s’est passé à la maison d’arrêt du centre pénitentiaire de Varennes le 16 août, le matin puis l’après-midi au cours des promenades. Les deux auteurs ont été jugé hier à l’audience de comparution immédiate.

10 jours d’ITT et risque de séquelles pour la victime

Le premier a 19 ans, il est incarcéré depuis plus d’un an, mis en examen pour un dossier d’agression sexuelle qui est à l’instruction, son casier judiciaire est vierge. Son codétenu a tellement dérouillé qu’il a eu le crâne et le visage bourrés d’hématomes et de quelques fractures. Le souci, c’est son oreille : elle a pas mal saigné, il entend très mal désormais et les médecins envisagent de nouvelles opérations. Il n’a pas été extrait pour être à l’audience (il ne le souhaitait peut-être pas, on ne sait pas), il ne s’est pas fait représenter.
Le second a 25 ans, son casier comporte plusieurs mentions dont pas mal datent du tribunal pour enfants. Il purge une peine pour conduite sans permis, excès de vitesse et délit de fuite, il est libérable le 22 février prochain. Il n’a plus de visite au parloir, « à cause de tout ça », et c’est ce « tout ça » qui est au cœur de l’audience. Maître Perrachon le plaide, « ce n’était pas personnel (de s’en prendre à la victime), c’était contraint », suivi par maître Marceau, « ce dossier traite de la réalité carcérale ».

« Rien ne justifie que l’on porte atteinte à l’intégrité physique d’un homme »

Marie-Lucie Hooker, substitut du procureur, réaffirme, du côté du droit, que « rien ne justifie que l’on porte atteinte à l’intégrité physique d’un homme, et encore moins au centre pénitentiaire ». Les deux prévenus ne cessent d’exposer de quelle façon ils y furent « obligés », et les regards se portent sur le fameux « zéro », qui rassemble des hommes condamnés, qui du coup « organisent » leurs vies enfermées et qui d’après les deux prévenus, savent mettre la pression à coup de chantage et de menaces dirigées contre leurs proches, pour obtenir que la victime leur rende du tabac. Le cirque durerait depuis juin dernier.

Faut-il croire qu’en prison on tuerait pour 20 euros de tabac ?

La victime est décrite comme un homme avec qui on peut s’entendre, mais qui fait des arrangements et qui n’honore pas ses dettes. Il a reconnu devoir du tabac mais attendait l’aide fournie aux indigents, « un pécule de 20 euros » pour rembourser les prêteurs. Faut-il croire qu’en prison on tuerait pour 20 euros de tabac ? « Je ne voulais pas prendre à sa place », dit A. « En tous cas, lui, il a bien pris ! lui renvoie une des assesseurs. – Mais là y avait pas trop le choix. Je vais à l’infirmerie, au parloir, les mecs je les croise partout. – Vous pouviez porter des coups moins franchement. – Les mecs du zéro, ils ont pris des années et ils sont costauds, moi je suis comme ça (et il lève son petit doigt, pour illustrer le contraste). »

Ils communiquent par le grillage dans la cour de promenade

Le centre pénitentiaire de Varennes comporte le quartier de semi-liberté, le quartier de la maison d’arrêt, le centre de détention, le quartier des mineurs. Ces quartiers ont des fonctionnements autonomes, ils ne communiquent pas entre eux. Les deux jeunes hommes jugés sont à la maison d’arrêt, et en désignent les étages : le zéro, c’est le rez-de-chaussée, puis 1MA, 2MA, 3 MA. Maison d’arrêt, cela signifie qu’au zéro, les peines ne dépassent pas en principe 2 ans, mais les détenus parlent à partir de leurs points de vue, puis expliquent qu’en promenade, on communique à travers les grillages, « avec les gars du zéro ».

« On m’a dit soit tu fais ça, soit des gens s’occuperont de tes sœurs »

La victime a expliqué qu’elle devait ce fichu tabac à ses deux agresseurs, « c’est pas vrai », disent-ils. « On m’a dit soit tu fais ça, soit des gens s’occuperont de tes sœurs quand elles sortiront du parloir. » Du coup ses sœurs ne viennent plus, déplore le second prévenu qui affiche un visage marqué par des coups. « Il n’est pas en sécurité, plaide maître Perrachon, et les témoins se taisent par peur de représailles. » « Leurs conditions de vie se sont beaucoup dégradées, plaide Julien Marceau. Ils se font frapper, ne vont plus en promenade, la peur domine. » L’avocat cite un homme qui a déclaré : « Il y a de fortes pressions exercées sur certains, on doit accepter de faire des choses. » « Il faut prendre en compte la réalité de ce milieu », milieu fermé, comme on dit, avec ce que cela comporte de difficultés. Son client a changé d’étage et ne sort plus, « il faudrait faire une enquête ».

6 mois et 18 mois

La présidente Dorion s’était enquise des sanctions administratives : 20 jours de mitard pour A. ; 10 jours pour le co-prévenu, et 10 jours avec sursis.
Le tribunal condamne A. à 6 mois de prison, et l’autre à 18 mois (il a déjà un casier), en raison de « la gravité des blessures occasionnées », il ordonne leur maintien en détention.

F.Saint-Arroman

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