Journée Internationale des droits des femmes

Femmes à l'Honneur [Portrait 14] - Dominique Duval

Après un parcours professionnel peu banal, Dominique Duval est aujourd'hui gérante de "29, La Fabrique", une jolie boutique pour laisser libre court à son esprit créatif et bénéficier des précieux conseils de cette passionnée.

Dominique, parlez-nous de votre parcours...

Originaire de la région parisienne, j'y ai fondé ma famille et vécu jusqu'à mes quarante ans. Lassés par un rythme de vie stressant et en quête de sens, nous avons décidé, mon mari et moi, de devenir boulangers et de déménager en Bourgogne dont nous étions tombés sous le charme. Enrichie par cette expérience de dix années, j'ai eu envie de faire de mes passions mon métier en ouvrant mon propre commerce de laine, de peinture et de relooking de meubles. J'aime l'idée d'établir un lien social car celui-ci me paraît de plus en plus nécessaire dans notre société telle qu'elle se dessine. L'organisation de réunions de tricot, ainsi que mes ateliers de formation aux techniques de peinture sur meuble, est une manière d'y contribuer.

Que représente pour vous la journée internationale des droits des femmes ?  

C'est une date importante pour être le jour de naissance de ma fille. Sans hasard, elle est elle-même très concernée par les droits des femmes et tout ce qui touche au féminisme.

Au long de votre vie ou de votre carrière, avez-vous vécu ou avez-vous été témoin d'inégalités hommes/femmes ?  

Lorsqu'il m'est arrivé de travailler avec des homologues masculins, je me suis sentie souvent moins considérée, comme si ma parole portait moins. Et j'étais moins payée à fonction égale.

Depuis, ces dernières années, les politiques tentent de prendre à bras le corps ce problème, la mise en place de la parité vous a-t-elle semblé être une bonne mesure ?  

Ça me semble être la chose à faire. Il est certain que des a priori minorant les capacités des femmes par rapport à celles des hommes existent. Ceux-ci sont établis culturellement et sans cesse réitérés dans l'éducation des enfants de manière inconsciente. Si nous n'attaquons pas le problème par ce bout-là, il est à parier que nous pouvons attendre longtemps que les femmes puissent avoir accès à une mobilité qui leur revient de droit dans la société.

Etre une femme a-t-il déjà été pour vous un handicap ? Une force ?

Je pense qu'être une femme dans notre société, telle qu'elle est constituée, nous place dans une position où nous avons plus d'obstacles à surmonter. Mais un chemin tortueux vous apprend plus de choses qu'une ligne droite déjà tracée.

Quelle est la phrase que vous aimeriez ne plus entendre ?

Le genre de phrase qui comporte un mot qualifiant une femme et qui n'a pas son équivalant masculin dans la langue française (cochonne, vicieuse, allumeuse, etc).

Quelle est votre devise ou votre philosophie ?  

Ne fais pas aux autres ce que tu n'aimerais pas qu'on te fasse.  

Que défendez-vous et que voulez-vous transmettre ?   

L'importance de la notion de bienveillance. Sans ça, on est foutu !

Quelle est ou quelles sont les femmes qui vous ont le plus influencée ?  

Les femmes de ma famille. Elles sont dures au mal et d'une grande dignité dans les moments difficiles. 

De nombreuses actrices ont pris la parole ces derniers mois, qu'a suscité chez vous l'affaire Weinstein ? 

J'ai vu des femmes faire front pour briser la loi du silence et s'allier contre une oppression. En revanche, je pense que ce n'est pas la parole qui s'est libérée mais bien l'écoute.

Avant que le scandale n'explose médiatiquement, aviez-vous conscience de l'ampleur de ce problème de harcèlement sexuel ?

Bien sûr. Rien que le fait de devoir réfléchir aux réactions que peut provoquer notre tenue vestimentaire, lorsque nous sortons, me paraît être un indice probant.

Comprenez-vous que certaines d'entre elles n'aient pas voulu s'exprimer sur le sujet, comme certaines victimes qui ne veulent pas porter plainte alors qu'elles subissent des violences conjugales ?

Il n'y a qu'à voir les commentaires qu'ont déclenché les derniers témoignages et dont les auteurs sont autant de femmes que d'hommes. Le problème c'est que jusqu'ici, en ce qui concerne les violences faites aux femmes, ça a toujours été aux femmes de prouver qu'elles ne mentaient ou n'affabulaient pas. On leur donne peu de crédit et, à la douleur déjà grande, on vient ajouter la suspicion, le rejet et la haine. Qui peut-on blâmer de ne pas vouloir supporter ça ? 

L'actrice Cate Blanchett a été désignée pour présider le jury du Festival de Cannes. De nombreux médias ont commenté cette annonce en mettant en avant qu'elle avait été l'une des premières femmes à s'être élevée contre Weinstein. N'est-ce pas déroutant que l'on puisse penser qu'elle ait été choisie pour cette raison ?

En regard de la quasi absence de réalisatrices sélectionnées chaque année, je pense qu'il est temps que le Festival de Cannes mette un pied dans le problème sexiste. Et si ça commence par ce geste symbolique et politique, pourquoi pas.

Qu'avez-vous pensé du #balancetonporc en France ou #MeToo lancé aux Etats-Unis ?

Il est devenu plus difficile d'éviter ce qu'on ne voulait pas voir.

 ... D'autres initiatives comme le mouvement Time's Up (un fonds pour soutenir toutes les victimes de harcèlement sexuel) initié entre autres par Natalie Portman et Jessica Chastain ?

La solidarité et l'argent sont le nerf de la guerre et jusqu'ici c'était un combat inéquitable entre David et Goliath. Ce type de mouvement permet de changer la donne.

Chef, cheffe, auteur, auteure, autrice, madame le sénateur, madame la sénatrice... que pensez-vous de la féminisation de certaines professions et de l'écriture inclusive ?

Je ne suis pas d'accord sur le fait que le masculin l'emporte sur le féminin. Nous savons bien comme la langue a le pouvoir de modeler la pensée. Qu'inculquons-nous aux filles depuis leur plus jeune âge ? Qu'est-ce que cette règle qui dépasse la portée du domaine grammaticale induit chez les enfants qui abordent le monde aussi par le langage ? De même, penser que le masculin peut constituer le neutre nous ferait tomber dans le même piège.

Que pensez-vous des féministes ?

Je pense qu'on a besoin d'elles pour défendre nos droits auxquels il faut veiller. Ce qu'on a vu en Pologne sur l'interdiction de l'avortement doit nous alerter. Ce serait une erreur de croire en l'immuabilité de nos acquis. D'un point de vue théorique, le féminisme est aussi un merveilleux outil. Il agit comme une grille de lecture capable de penser toutes les formes de discriminations, ce que les féministes intersectionnelles ont bien compris.

Homme/femme, un message pour un "mieux vivre ensemble"?

La bienveillance. 

Propos recueillis par SBR - Photo transmise par Dominique Duval

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