Saône et Loire

SPIP 71, du lien, pour s’en sortir

« On voit qu’on n’est pas les seuls dans la merde. » Ce vendredi 24 janvier, au deuxième étage de la MIFE de Louhans, un petit groupe dressait, accompagné comme depuis le début de deux conseillères pénitentiaires d’insertion et de probation (CPIP) et de la psychologue du SPIP 71*, le bilan d’un module intitulé « le temps d’apporter des changements ». Ces hommes sont, comme on dit, sous main de justice, c’est-à-dire sous le coup d’une condamnation pénale, tous en « sursis mis à l’épreuve » (SME) après un temps d’incarcération ou pas.

Elaborer des repères fiables pour se diriger

Pour marquer le coup, Chloé Barlogis, directrice du SPIP de Chalon et Alexandrine Borgeaud, directrice départementale, sont venues remettre à chaque participant une attestation. Les juges d’application des peines, conviés, n’ont pu se libérer et les stagiaires en sont déçus, ils auraient aimé pouvoir témoigner devant les juges de leur implication et des difficultés persistantes. La richesse du travail accompli depuis septembre tapisse les murs : de grands panneaux ont recueillis le fruit des interventions de chacun, et le SPIP leur a confectionné une synthèse, plastifiée pour qu’elle garde toutes ses chances de conservation, qui fixe tous les repères sur lesquels s’appuyer.

Se remettre en question au regard de son comportement ou de ses valeurs

La programme « Parcours » est né au Québec et y fut formalisé. Objectif : encourager les personnes condamnées à prendre conscience des conséquences de leur comportement et « amorcer un cheminement personnel ». La prise de conscience est ici définie comme « le fait de démontrer une certaine ouverture à se remettre en question au regard de son comportement ou de ses valeurs criminels ». A cette fin, 3 modules. Ce vendredi à Louhans on célébrait la fin du premier : le temps d’apporter des changements. Comme l’une des CPIP le soulignait : les étapes définies et ordonnées en échelle sont bonnes pour tout le monde, qu’on soit condamné ou pas, si ce n’est que lorsqu’on est condamné il y a une contrainte qui s’exerce (des mois de prison avec sursis sont révocables en cas de manquement aux obligations) et qui peut générer la première résistance.

« Au début c’était forcé, mais après, pour moi, c’était un besoin de parler »

« On est libre, certes, mais tous les mois on est obligé d’aller voir notre CPIP, le Kairn, Pôle emploi, etc. », « Quand ils nous mettent, au tribunal, des peines de 2-3 ans, c’est long ! » Le programme se veut « incitatif mais pas directif », aussi c’est la première séance qui aura marqué le plus chacun, car la première séance est celle de la rencontre des autres, celle où l’on fixe les règles internes au groupe, et celle où l’on s’engage, et ils constatent que ça a marché. « Au début c’était forcé, mais après, pour moi, c’était un besoin de parler, ça m’a aidé pour beaucoup de choses » , « ça fait du bien de discuter, de voir qu’on n’est pas seul », « on a besoin de soutien », « maintenant dans la rue, on se dit bonjour même si on respecte la règle de ne pas parler du groupe à l’extérieur », « ça m’a remis les idées en place, j’étais tellement à l’ouest ».

« Faire confiance c’est pas toujours facile »

Ce qui revient beaucoup : « on ne se juge pas », prérequis indispensable à pouvoir faire confiance. « Demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse », rappelle une des CPIP. Un des hommes en est immédiatement ému, « des fois on préfère faire tout seul, car faire confiance c’est pas toujours facile ». Il a raison, et s’il n’avait découvert que cela dans ce groupe, la possibilité d’un lien qui ne trahit pas, ça serait déjà considérable. La question du lien fait tout dans la vie, pour le pire comme pour le meilleur, cette question est en filigrane dans toutes les réflexions menées. L’un d’entre eux, qui passe l’hiver dehors et se réchauffe encore avec des bières qui ponctuent les heures, explique : « C’est pour ça que je bouge pas de Louhans. J’ai tout mon suivi ici, alors je préfère dormir dehors et rester vers ces femmes de confiance. »

Les juges tiennent compte de ce début de chemin

« En groupe on peut dire plus de choses, on se sent plus en confiance », « ça nous fait un dialogue », « on peut mieux parler en groupe qu’en individuel parce qu’on a tous un passé ». Alexandrine Borgeaud explique que les juges sont sensibles à leur implication, qu’ils tiennent compte de ce début de chemin. On voit bien comment il est difficile pour chacun de démêler les écheveaux qui les ont menés pour certains, pas tous, à des addictions sévères et à leur cortège de désocialisations, pour autant ils ont créé quelque chose au fil des séances, un lieu protecteur dans lequel réfléchir ensemble et mettre en question pour soi ce qui doit l’être. Ils repartent avec leur propre travail synthétisé en repères, pour les soutenir, car la plus grande difficulté repérée, c’est « se maintenir », et puis aussi « parce ce c’est quelque chose qui continue toute la vie ».

Florence Saint-Arroman

* SPIP : service pénitentiaire d’insertion et de probation

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