Saône et Loire

Pour la FCPE Saône et Loire, "le Gouvernement a indiscutablement fait de l'école primaire sa priorité".

Info-chalon.com a donné la parole à Grégoire Ensel, Président de la Fédération départementale de la FCPE.

Quel est votre sentiment quelques jours après cette rentrée ?

Il est partagé car nous sommes heureux de voir nos enfants aller à l'école construire leur avenir et en même temps nous sommes inquiets du très lourd climat ambiant qui pèse sur l'école. Nous espérons que cette rentrée scolaire sera plus sereine, plus apaisée que l'année scolaire passée. Elle a été marquée par de fortes tensions notamment au lycée avec une réforme qui passe mal et un bac qui a été chaotique, nous avions publiquement tiré la sonnette d'alarme mais en vain.

Les parents d’élèves sont indispensables au bon fonctionnement de notre école. Ce sont des bénévoles de la République. Ils sont convaincus que l’école publique est notre bien commun, leur investissement souvent discret est remarquable, il est important de le rappeler, de le valoriser et de marquer cette position aussi souvent que nécessaire.

Notre fédération départementale compte plus de 800 adhérents et 30 conseils locaux de l'école au lycée. Être fédérés, c’est être plus forts ! Chaque jour, nous prenons le pouls et intervenons pour promouvoir l’intérêt de tous les enfants et de leurs familles. En Saône-et-Loire, nous avons la chance de pouvoir dialoguer en confiance avec l'Inspecteur d'Académie, le Rectorat et beaucoup d'élus de tous bords, c'est un atout, notre fédération est reconnue. Nous portons un dialogue franc et exigeant, cela fait avancer les choses !

 La FCPE milite depuis des années pour la gratuité des affaires scolaires. Où en est-on aujourd'hui ?

La gratuité de l'enseignement public est un principe constitutionnel qui découle du caractère obligatoire de la scolarité. Pour nous, la gratuité est une condition de l'égalité et donc de la réussite de tous les élèves, ce n'est donc pas négociable ! A l'école primaire, nous apprécions quand les collectivités fournissent les fournitures scolaires et nous demandons à ce que la liste des fournitures soit la plus rationnelle possible, discutée entre parents et enseignants. C'est un bon facteur pour alléger le poids des cartables qui je le rappelle est un enjeu de santé publique ! Dans les collèges, des conseils locaux FCPE proposent à leurs adhérents comme à Mâcon, Chalon-sur-Saône, Paray-le-Monial, Montchanin, la Chapelle de Guinchay, Sennecey-le-Grand... des kits de fournitures compris entre 20€  et 40€ (en fonction des niveaux et demandes des enseignants) à plus de 600 familles. Ces achats groupés sont des actions concrètes en faveur du pouvoir d'achat des familles. Enfin nous exigeons la gratuité des manuels scolaires et sommes mobilisés pour qu'il n'y ait pas de dérive.

En Bourgogne et plus particulièrement en Saône-et-Loire, nous avons la chance d'avoir des collectivités locales qui ont su entendre nos arguments pour faciliter la scolarité des enfants de l'école au lycée. Importance du budget alloué aux écoles, gratuité de transports, facilité de l’accès à la culture à l’école en milieu rural, aux voyages européens les possibilités sont multiples et les besoins variables selon les territoires. Cela partie des critères de choix quand les familles cherchent à s’installer sur un bassin de vie. Nous avons conscience que les moyens des collectivités locales sont de plus en plus contraints, mais c’est une question de choix politique. Nous considérons qu'il est possible d’encore mieux faire et nous allons demander aux candidats aux élections municipales de rendre publique leur position sur ce sujet avant le mois de mars.


Quel est l'état des lieux en Saône et Loire pour cette rentrée ?

Dans le primaire, la préparation de cette rentrée a été de l'avis de tous, plus calme que les années passées, la rentrée s’est globalement bien déroulée. Au plan national, le dédoublement des classes de CP-CE1... semble porter ses fruits, c’est positif. Le Gouvernement a indiscutablement fait de l'école primaire sa priorité. Nous le constatons objectivement, mais il manque des postes d'enseignants pour alléger les effectifs dans certaines écoles ou remplacer des enseignants absents mais les marges de manœuvre sont très faibles voire inexistantes. Les parents le vivent au quotidien.

"L'école inclusive" est visiblement la priorité de cette rentrée et c'est tant mieux car les besoins sont énormes et les attentes des parents d'enfants en situation de handicap sont fortes. L'ancienne Rectrice avait évoqué devant nous en fin d'année scolaire, l'ambition du ministère de faire sur ce point "une rentrée sans défaut", nous restons dubitatifs sur les dispositifs mis en place mais l'intention est louable, légitime et bienvenue, alors nous allons juger sur pièce.

Au collège, au lycée, les professeurs absents ne sont pas là toujours remplacés comme ils le devraient. Nous intervenons très régulièrement pour que cela cesse, mais dans certaines matières, il n'y a pas de candidats pour aller devant les élèves, c'est une réalité ! Globalement les moyens attribués aux collèges et lycées sont très tendus et les personnels de direction, les enseignants doivent faire des choix difficiles pour optimiser cela au mieux. Devant les enjeux du futur que nos enfants vont devoir relever, nous avons besoin de moyens pour oser, innover. Aujourd'hui, nous constatons que les équipes gèrent trop souvent la pénurie de moyens…


Au lycée, la réforme en cours, ce n'est pas une évolution, mais une révolution ! Nouveaux programmes, nouvelle carte des spécialités, nouvelles évaluations, emplois du temps casse-tête...  Nous ne cessons de dire depuis des mois combien cette réforme se fait dans la précipitation, sans concertation et aggravera en l'état les inégalités sociales et creusera les inégalités entre territoires. Je ne sais pas si les élus en ont bien conscience. Une réforme du lycée était indispensable et nous portions cette ambition, mais pas comme cela. C'est un rendez-vous manqué ! Nous sommes stupéfaits ! Il est grand temps que le dialogue social reprenne à Paris et que cela ne soit pas un dialogue social en trompe l'oeil. Nos enfants n'ont pas à faire les frais de tout cela ! Alors depuis le mois de janvier, nous animons avec les conseils locaux FCPE de lycées et de collèges de Saône-et-Loire un observatoire pour suivre sur 3 années cette réforme dont la mise en place débute seulement. Nous avons demandé en Conseil Départemental de l'Education Nationale (CDEN) un comité de suivi départemental, madame le Rectrice va être saisie de cette demande dans les prochains jours. Nous voulons pouvoir observer finement les effets de la réforme établissement par établissement, sans nous contenter de grandes statistiques dont on voit peu ce qu'elles veulent dire concrètement dans le quotidien de nos enfants.


Le ministre de l'EN vient d'annoncer pour 2020 une hausse des rémunérations des enseignants. Une réaction de la FCPE ?

Le métier d'enseignant est un métier extraordinaire qui mérite d'être valorisé, on ne peut pas déplorer le manque d'enseignants comme je l'évoquai et ne pas vouloir améliorer leur salaire. La hausse de la rémunération annoncée est si je ne me trompe pas, le fruit d'un accord entre les syndicats enseignants et l'ancien Gouvernement. Le Gouvernement d’Édouard Philippe assure donc la continuité des engagements pris. C'est une bonne nouvelle, mais ce n'est pas suffisant...il faut renouer les fils du dialogue dans l’intérêt de nos enfants, de notre école et de notre pays. Jean-Michel Blanquer a déclaré, il y a quelques jours "une société qui va bien c'est une société qui respecte et valorise ses professeurs", j'ajouterais "et écoute davantage les parents d'élèves". Nous sommes convaincus qu’une autre école est possible et nous prendrons cette année encore, toute notre part pour y contribuer dans un esprit constructif.

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Grégoire Ensel
Président FCPE de Saône-et-Loire

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