Politique de droite
Au sujet de la crise des policiers … l'analyse de Dominique Perben
Publié le 27 Octobre 2016 à 18h37
4 questions à Dominique Perben, ancien ministre et chargé de l'élaboration du programme d'Alain Juppé. L'ancien député-maire de Chalon sur Saône livre son analyse sur l'un des sujets les plus chauds du moment.
Photo info-chalon.com
Interview publié sur le site alainjuppe2017.fr
Les policiers sont de plus en plus nombreux à manifester leur colère et à dénoncer l'absence de réponse du Gouvernement. Comprenez-vous ce mouvement ? Le Gouvernement a-t-il la bonne réaction ?
Ce qui se passe actuellement est très grave, c’est la manifestation même de ce qu’Alain Juppé dénonce depuis déjà plusieurs mois, l’affaiblissement de l’autorité de l’Etat. Comment ne pas comprendre ce mouvement ? Les policiers en ont assez : on leur en demande toujours plus alors que leurs moyens ne sont pas à la hauteur. La fierté de défendre l’ordre républicain cède la place à la colère et à la peur : les policiers dont la mission est de nous protéger sont menacés et ne peuvent plus assurer leurs missions. La sécurité, c’est la mission première d’un Etat. Le mouvement est révélateur de l’affaiblissement de nos institutions et c’est très préoccupant. Le temps n’est plus à organiser des réunions de travail : le diagnostic est on ne peut plus connu. Il faut passer à l’action, il faut agir pour restaurer un Etat fort.
On a le sentiment que quelque chose a changé depuis 2012 dans le travail des policiers et qu'ils sont aujourd'hui confrontés à des menaces inédites. Mais ont-ils les moyens d’y faire face ?
On demande toujours plus aux policiers : lutter contre le terrorisme alors même que les moyens du renseignement territorial ont été considérablement affaiblis depuis 2008, assurer la sécurité à Calais où le Gouvernement a laissé s’entasser 10 000 immigrés dans des conditions sanitaires déplorables. Parallèlement, les effectifs annoncés, qui ne compenseront même pas les diminutions d’effectifs drastiques du précédent quinquennat, ne sont toujours pas au rendez-vous ! Ajoutez à cela des zones de non droit où les criminels font la loi et n’hésitent pas à vouloir assassiner les policiers, comme le démontre cette attaque ignoble de Viry-Chatillon. Comme Alain Juppé a déjà eu l’occasion de le faire, je veux dire mon admiration aux policiers et gendarmes qui, chaque jour, bravent le danger et, avec courage, défendent l’ordre public.
Concrètement, que peut-on faire face à ces menaces ? On a l’impression qu’un sentiment de fatalité se diffuse…
Alain Juppé refuse la fatalité : pour lui, nous pouvons vaincre ces menaces, mais il faut s’en donner les moyens. Sa préoccupation, c’est de trouver les moyens efficaces et non de céder aux propositions incantatoires et simplistes. Il ne pense pas que la solution ce soit de saper l’Etat de droit. On peut faire plus dans le cadre de l’Etat de droit. Il faut plus d’effectifs sur le terrain, il en propose 10 000, qui renforceront les patrouilles, les services d’enquêtes pour démanteler les trafics qui gangrènent certains quartiers. Le renseignement territorial doit devenir un outil stratégique de la lutte contre le terrorisme et il propose de créer une police pénitentiaire qui surveille les détenus radicalisés. Face à une délinquance de plus en plus violente, les policiers doivent avoir les moyens de se défendre : les règles de la légitime défense doivent être clarifiées, comme elles le sont pour les gendarmes.
On assiste aujourd'hui également à une mise en cause de la Justice qui est très dangereuse pour notre société. Comment réconcilier police et justice ? Comment rétablir la confiance entre ces deux institutions fondamentales de la République ?
Les policiers veulent plus de considération. Le respect de leur travail passe notamment par une réponse pénale à la hauteur de leur engagement pour lutter contre la délinquance. Comment voulez-vous que les policiers aient confiance dans la justice s’ils ont l’impression que les délinquants qu’ils lui remettent sont trop souvent libérés ? Les personnes dont la place est en prison doivent être incarcérées et on ne doit pas y opposer la surpopulation carcérale: c’est la raison pour laquelle Alain Juppé propose la création de 10 000 places de prisons sur 5 ans. La suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs, le 12 octobre dernier, est un contre-signal donné aux policiers. Il n'y a aucune cohérence dans la politique pénale du Gouvernement ! Par ailleurs, la Justice doit retrouver sa dignité : comme les forces de l’ordre, elle ne dispose aujourd’hui pas des moyens suffisants pour fonctionner correctement, juger dans des délais convenables. Le sous-effectif est criant dans certaines juridictions, Alain Juppé veut y remédier. C’est à ces conditions que Sécurité et Justice pourront à nouveau marcher main dans la main.
D'après le site AlainJuppe2017.fr
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