Faits divers
Alcoolisé, il avait mis le feu à des encombrants rue Paul Eluard à Chalon
Par Florence SAINT-ARROMAN
Publié le 16 Juin 2022 à 22h11
Il avait bu « un tas de mélanges ». Ces encombrants... qui n’en finissaient pas de traîner, personne ne les faisait enlever. Il a mis le feu aux palettes. C’était le 29 avril dernier rue Paul Eluard à Chalon.
Ce jeudi 16 juin, il comparaît pour être jugé selon la procédure de comparution immédiate. Il devait rencontrer un expert psychiatre parce que cet homme, âgé de 37 ans, vit sous le régime de la curatelle. C’est un adulte fragile qui souffre de déficience intellectuelle et qui a besoin, le médecin l’écrit, d’« être maintenu en milieu protégé ». Or il est incarcéré (révocation de 12 mois, en septembre dernier, d’un sursis prononcé en 2019), or le milieu carcéral n’est pas un milieu protégé, or la veille de la venue de l’expert on a prévenu le détenu qu’il aurait « un parloir » le lendemain, mais personne ne l’a appelé le jour J pour qu’il s’y rende.... et il n’y est pas allé, et ce jeudi la substitut du procureur retourne ça contre lui, parce que somme toute « c’était son choix et il doit en assumer les conséquences ». Voilà, selon que vous êtes déficient ou pas, c’est le même prix. D’ailleurs, ajoutera la substitut, « la société se sent mieux depuis que vous êtes incarcéré ».
La nouvelle demande d’expertise psy est rejetée
Les cheveux ras, une chemise bleue dont le col est ouvert sur un cou épais, un visage qui raconte bien autre chose que d’avoir le choix. L’homme évoque des portraits pris par Walker Evans, édités dans le livre Louons maintenant les grands hommes. Qu’on aille voir ça donne une idée. Le prévenu parle bas. Ses yeux furètent sur les visages l’entourant dans la salle, enfoncés loin dans les orbites. La nouvelle demande d’expertise psychiatrique est rejetée, essentiellement parce qu’il doit sortir de prison le 19 juillet et qu’on ne pourrait pas l’y maintenir dans l’attente du jugement.
« Il a un vrai problème d’alcool, et il boit de grosses quantités »
Le 29 avril, il met le feu aux palettes qui trainaient dans les communs de l’immeuble puis il va alerter les voisins, « y a le feu ! y a quelqu’un qui a mis le feu ! ». « J’avais peur que ça se propage. » Il a eu peur, mais c’est la troisième fois qu’il met le feu quelque part. Il a déjà été condamné pour ça. Pourtant il travaille en ESAT depuis 2003 et ça se passe bien, mais il boit. « Il a un vrai problème d’alcool, et il boit de grosses quantités, explique sa tutrice. Quand il est incarcéré, il est sevré, alors, vous voyez, il est bien. D’ailleurs il gère plutôt bien son sevrage, dit-elle en regardant le prévenu. Mais quand il sort, il ne respecte pas les suivis. On cherchait un foyer d’hébergement, mais on ne trouve pas de place pour lui. On est dans une impasse. »
« Il est reconnu handicapé à 80 %, il est déficient, il ne comprend pas tout »
La représentante du ministère public requiert une peine de 24 mois de prison ferme (17 mois avec mandat de dépôt, et révocation de 7 mois de sursis avec incarcération immédiate) et un suivi socio-judiciaire de 5 ans, pour « une double récidive de faits graves dont il n’a pas conscience ».
« Il est reconnu handicapé à 80 %, il est déficient, il ne comprend pas tout », plaide maître Pépin. L’avocate rappelle que les dégâts furent limités par les interventions des habitants, et que la prison n’apporte rien à cet homme en termes d’avancées sur ses problèmes. Les gens qui boivent trop sont si nombreux, en prison, que les soins n’y sont pas aussi soutenus qu’on pourrait le souhaiter.
19 mois ferme puis un suivi renforcé
Le tribunal déclare le prévenu coupable et le condamne à la peine de 30 mois de prison dont 18 mois sont assortis d’un sursis probatoire renforcé pendant 5 ans, avec obligation de travailler, de suivre des soins psychiatriques et en addictologie, et celle d’aller vivre en collectivité, « tout simplement pour que vous ne recommenciez plus ». Le tribunal révoque en outre 7 mois de sursis antérieur, ordonne l’incarcération immédiate. 19 mois en détention, puis un cadre d’accompagnement et de suivi renforcés. Il ne dit rien, il signe les papiers, il repart avec son escorte. Enfant, il a failli mourir asphyxié dans un incendie.
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