Chalon sur Saône

À Chalon-sur-Saône, Hervé Flour est un amoureux de la « petite reine »

Au 12 rue Michelet, « Europe Vélos » est le royaume de « la petite reine ». Vente, réparation et location, Hervé Flour y est son ange gardien, son bon génie, son fidèle protecteur. C’est surtout un passionné qui nous conte l’histoire de son magasin.

Déjà tout jeune, Hervé Flour sait ce qu’il fera plus tard : il aura son magasin et vendra des vélos. Après 2 ans d’école à Paris, son CAP vélo moto en poche, il apprend le métier aux côtés de son père puis rachète l’affaire familiale en 1985.

Peugeot : du Vélosolex au cyclomoteur

On pourrait imaginer que cette histoire s’est passée dans un château, avec des reines et des sauveurs, mais tout a commencé dans l’ancien Relai de Poste à chevaux – dont la devanture conserve les arcades puisqu’il est classé aux Monuments historiques.

C’est là que la première concession de Vélosolex Peugeot est ouverte en Saône-et-Loire par M. Guiberteau, en 1951. Dans les années 60-70, « la bicyclette qui roule toute seule », selon un slogan des années 1950, connaît son apogée : « il fallait attendre 3 à 6 mois pour être livré, tant la demande était forte ! »

En 1976, le père d’Hervé Flour rachète la concession Peugeot. Déjà, le Vélosolex — dont le moteur est fixé sur la roue avant – perd en vitesse et est dépassé par le cyclomoteur Motobécane, plus stable (son moteur est sur le pédalier), plus rapide et décliné en couleurs.

Jusqu’à cette époque, ce type de commerces ne vendait pas exclusivement des deux-roues, mais aussi nombre d’articles comme des landaus ou des machines à coudre. Il fallait faire un choix, Hervé l’a fait.

Se spécialiser : de Peugeot à « Europe Vélos »

« Se mettre à la place de la clientèle » telle est l’une des raisons de la longévité de son commerce. Pourquoi Hervé Flour, devenu propriétaire de la concession en 1985, décide-t-il alors de cesser la vente des cyclomoteurs ? « Les odeurs d’essence ne sont pas agréables pour une mère qui veut acheter un landau ou un vélo pour son enfant, explique-t-il. Il fallait choisir entre deux clientèles très différentes. J’ai choisi les cycles. »

Puis, lors d’un salon international des cycles, il constate avec déception que la gamme des vélos Peugeot n’offre aucune diversité. « Toute la gamme des vélos Peugeot était blanche, avec une selle rouge. Ça ne pouvait pas convenir à ma clientèle, chacun a des goûts différents. Peugeot se considérait alors comme les rois du monde, ils ne faisaient pas d’efforts pour innover et diversifier leurs produits. Tandis que les vélos allemands, belges ou hollandais offraient une gamme colorée, avec des améliorations comme des antivols incorporés, des serre-paquets sur le porte-bagage… J’ai pris ma décision : j’arrête les cycles Peugeot ! À Chalon, j’ai été le premier à proposer des vélos européens. À la grande satisfaction de ma clientèle. »

50 % ventes

En plus des modèles européens, Hervé Flour vend sa propre marque « Europe Vélos ». Un vélo issu d’une usine belge, personnalisable, qu’il adapte selon les goûts et besoins du client : taille du cadre, forme du guidon, de la selle, garde-boue, etc. « Un vélo, ça ne s’achète pas sur internet, ça s’essaye. Il faut que la taille convienne, la position est importante, on doit avoir une impression de confort, c’est pour ça que je le personnalise. »

Quel est le vélo idéal selon l’apôtre du cycle ? « Le VTC. Il permet d’aller en ville, sur les chemins caillouteux, partout grâce à ses pneus, les suspensions avant qui amortissent les cahots, la suspension de la selle, la béquille centrale et le porte-bagage renforcé pour adapter des sacoches de randonnées ».

50 % réparations 

« Je répare toutes les marques de cycles. » Et on le comprend quand Hervé Flour parle de sa formation à Paris : il a appris à monter et démonter un vélo de A à Z. Une formation complète qui est en perte de vitesse, comme on le verra plus loin…

Pour rappel, en 1976, les réparations ne représentaient que 10 % du chiffre d’affaires du magasin.  Pourquoi ce pourcentage a-t-il explosé ? Plusieurs raisons — positives et négatives — peuvent être évoquées. L’économie d’abord : les modèles à moindre coût sont aussi de moindre qualité, bien sûr ; les vols plus fréquents poussent les utilisateurs à acheter un vélo d’occasion à restaurer ; l’écologie et le goût pour le vintage enfin : on préfère donner une nouvelle vie aux vélos récupérés dans le grenier de nos aïeux.

Increvable, ce vélo !

Le plus vieux vélo qu’Hervé Flour répare actuellement date de 1895 ! Et cet autre vélo, qui côtoie des compagnons plus récents, est un Colombia de 1930. Mais quelle est donc la durée de vie d’un vélo ? « Un bon vélo résiste 25 ans voire plus, et il est réparable à vie. Ce n’est pas le cas du vélo électrique. La batterie, faite à Taïwan, a une durée de vie de 2 à 3 ans et n’est pas réparable, elle coûterait le prix du vélo. Elle finit donc dans une déchetterie. C’est du consommable. »

L’arrière du magasin est ce qu’on pourrait appeler le « bloc opératoire d’Hervé Flour ». Le vélo est suspendu à hauteur d’homme, attendant les soins du spécialiste. Quel que soit son dommage, Hervé a, dans sa « trousse de secours », les pièces détachées qui ne sont plus en vente depuis longtemps.

Quel avenir pour ce type de commerce ?

Le maître des lieux pourrait prendre sa retraite. Mais quand on se lève le matin, heureux de retrouver sa clientèle, son métier, sa passion pour les vélos, on fait durer le plaisir. « J’adore mon métier, dit-il dans un franc sourire. On peut encore en vivre, mais peut-être les jeunes sont-ils trop impatients, ils veulent tout, tout de suite. »

Il est des sujets pourtant qui ne le font pas sourire. Pendant des années, Hervé Flour a formé des apprentis pour le CAP cycles jusqu’à ce que l’Éducation nationale supprime cette formation, au profit exclusif du CAP motocycles. L’option cycles n’apparaît qu’au Bac Pro. Restent les écoles privées, mais il est vrai que ce précieux savoir a subi une amputation bien regrettable.

Petit clin d’œil

D’où vient l’expression « petite reine » pour désigner le vélo ? Son origine serait liée aux Pays-Bas, fin XIXe, alors que Wilhelmine d’Orange-Nassau devient reine à l’âge de 10 ans. Elle avait cette étrange habitude de se promener à bicyclette dans le royaume. D’où le surnom de « petite reine » qui lui a été donné dans un article paru en 1898 dans La France illustrée.

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