Cinéma

Retour sur la 24ème soirée courts métrages au Mégarama Axel

Au Mégarama Axel, avait lieu la 24ème soirée courts métrages, organisée par La Bobine, avec le soutien du Grand Chalon, en présence d'un spécialiste et de deux réalisateurs. Plus de détails avec Info Chalon.

Il y avait foule, jeudi, à 19 heures, au Mégarama Axel, à l'occasion de la 24ème soirée courts métrages. Cet événement, organisé par La Bobine, avec le soutien du Grand Chalon, était présenté par Chantal Thévenot, présidente de l'association Chalonnaise pour le cinéma, et Gilles Colpart, spécialiste du court métrage, et en présence de Cécilia De Arce et Lorenzo Recio, respectivement réalisateurs de «Mardi de 8 à 18» et «Tempus Fugit», 2 des 8 courts métrages sélectionnés de cette 24ème édition.


Au programme, dans l'ordre «Kilt», «Pile Poil», «La Jupe d'Adam», «Mardi de 8 à 18», en 1ère partie de soirée.


Pendant l'entracte, distribution d'esquimaux, parfum vanille, noisettes et chocolat, ou plutôt d'«exquis mots», pour reprendre le jeu de mots de la programmation papier —mais pas de bonbons! —.
«Bug», «Tempus Fugit», «Nefta Football Club» et, pour finir, de l'animation avec «The Ostrich Politic».

 


Résumés et petites critiques des courts métrages proposés


Kilt (2019)
1er court métrage,proposé par Gilles, «Kilt», de Rakel Ström, met en scène un Philippe Rebbot, acteur (et cousin de Vincent Elbaz) connu notamment pour avoir joué dans de nombreux longs et courts métrages, séries dont «L'Amour Flou» (2018), aux côtés de Romane Bohringer (qui fut sa compagne dans la vie), dont il était réalisateur et scénariste ou encore l'excellente série Canal +, «Vernon Subutex» (2019), adaptation de la trilogie de Virginie Despentes, dans le rôle de Xavier Fardin.


Il s'agit du 2ème court métrage de la réalisatrice après «Fjords» (2015).


Synopsis:Comme beaucoup d’hommes, Philippe a des poils. Comme beaucoup d'hommes, Philippe perd ses cheveux. Comme beaucoup d'hommes, Philippe envie parfois les femmes. Aujourd'hui, Philippe a chosi de devenir un homme neuf.


La silhouette si expressive de Philippe Rebbot, affublé d'une jupe, se déploie au mieux au service de l'incarnation d'un personnage en pied de nez, à l'instar de la fameuse devinette : «Que portent les Écossais sous leur kilt?»


Réponse : Le futur de l'Écosse, biensûr!

 

Pile Poil (2018)
S'inspirant ici de l'histoire vraie, vécue par l'amie d'une amie, les 2 réalisateurs, Laurianne Escaffre et Yvonnick Müller, qui ont déjà réalisé ensemble «Le bon mélange pour la colle» (2013) et «Chèvre ou vache» (2016) où ils jouaient eux-mêmes un couple soudain secoué par la naissance de ses jumeaux, ont obtenu pour «Pile Poil», le Prix du rire Fernand Reynaud du festival de Clermont-Ferrand, le Prix du public au festival de Saint-Paul Trois-Châteaux, du Court métrage en plein air de Grenoble, le Prix Itinérances d'Alès, le Grand Prix et le prix du public du festival de l'humour de Meudon.


Un peu normal pour deux admirateurs de Charlie Chaplin dont ils louent «son harmonie parfaite entre le rire et l'émotion».


Synopsis:Dans trois jours, Élodie passe l'épreuve d’épilation de son CAP d'esthéticienne. Son père, Francis, boucher, aimerait bien qu’elle l'aide davantage à la boucherie. Mais pour l'instant, elle a autre chose en tête : elle doit trouver un modèle. Et un modèle avec des poils... à épiler!


Pari réussi quant au savant mélange entre humour et émotion, grâce aux magnifiques interprètes ô combien crédibles que sont Grégory Gadebois et Madeleine Baudot, dans ce rapport père/fille qui ont du mal à exprimer leurs sentiments.


Dernier point, et non des moindres, concernant, ce court métrage, les réalisateurs ont pour projet d'en faire un long métrage. Affaire à suivre!

 

La Jupe d'Adam (2019)
Synopsis:David, jeune père de famille, cède au caprice de son fils et lui met une jupe pour aller à l’école. Son ex-femme et lui sont convoqués par l’institutrice le soir-même suite aux plaintes de parents d’élèves. Face à l’institutrice et à des parents d’élèves hostiles, ils vont devoir s’expliquer.


Réalisé par Clément Tréhin-Lalanne, ce court métrage met en lumière deux mondes qui font mine de se comprendre sur la manière d'éduquer des enfants, avec une partie adverse tout en hypocrisie refusant l'altérité, des fois que ça pourrait faire tâche d'huile...


Nous apprécierons, à la fin, le génialissime slogan entonné par les enfants : Allez vous faire cuire le c...!

 

Mardi De 8 à 18 (2019)
Synopsis:Névine, surveillante dans un collège, met tout son cœur dans ce petit boulot un peu ingrat entre les profs, l’administration et les élèves. Logan, un collégien qu’elle apprécie, insiste pour récupérer une casquette aux objets trouvés. Elle ne se doute pas des conséquences que son geste va entraîner...


Il s'agit ici du 2ème court métrage réalisé et écrit par Cécilia De Arce, après «Une sur Trois» (2016), film de fin d'études sélectionné au Festival de Clermont-Ferrand, où la comédienne Florence Fauquet obtint le prix Adami d'interprétation féminine.


Bénéficiant de sa propre expérience de surveillante, comme elle l'expliquera lors du débat qui suivit la projection des 8 films, et de la fructueuse rencontre avec 20 lycéens venus de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), Cagnes-sur-Mer (Alpes Maritimes) et 2 petites villes allemandes, Cécilia nous plonge dans une magnifique œuvre, entre portrait sensible et comédie.


Plusieurs collégiens de l'établissement marseillais où a eu lieu le tournage se sont intégrés au projet de la réalisatrice et y ont tenus des petits rôles, suscitant, du même coup, des vocations chez bon nombre d'entre eux!


L'équipe s'était aussi «beaucoup adaptée à l'architecture des établissements scolaires, labyrinthique et désuète, pour structure les plans».


Sans critiquer un système éducatif, parfois mis à rude épreuve, symbolisé par cette attachante pionne pleine de bonne volonté et dépassant ses prérogatives, manquant parfois d'autorité, prise en étau entre une direction déconnectée du terrain, un despotique collègue et l'ingratitude dont lui témoigne Logan, un jeune à deux doigts du renvoi, quelques semaines avant le brevet,considéré comme un caïd.


«L'espace du collège est très intéressant quand on est surveillant, on n'a pas d'accès aux salles de cours, on n'est pas du côté des adultes, on est du côté des élèves, dans la cour, à la cantine, en salle de permanence, il y a toujours cette architecture un peu absurde, et très vite, on finit par s'approprier ce terrain. Le collège est un endroit où on passe des années déterminantes et souvent difficiles de notre jeunesse, et notre responsabilité d'adultes est de chercher à rendre cet espace le plus bienveillant possible», explique la réalisatrice.


Comme le prénom du personnage principal, merveilleusement campée par Rime Nahmani, une jeune actrice aux prometteurs, Névine qui veut dire «la toute nouvelle née», en persan (farsi), «Mardi De 8 à 18», égalemen sélectionné à la Semaine internationale de la critique du Festival de Cannes, souffle un vent nouveau sur l'univers scolaire.

 


Bug (2018)
Synopsis:Guillaume, informaticien trentenaire complexé, vit à travers son écran d'ordinateur une liaison fantasmée avec une célèbre actrice. Après avoir découvert qu'elle n'était plus célibataire, le jeune homme se retrouve soudain doué du pouvoir d'agir sur la réalité comme sur son PC, et en profite pour disposer de son idole comme d'un programme informatique.


Les objets du désir demeurent... obscurs!


Vous connaissez tous cet adage philosophique de Blaise Pascal, si le cœura ses raisons que la raison ne connaît point, avec «Bug» de Cédric Prevost, nous sommes tentés de prolonger cette diaphore en disant qu'elle les ignore avec superbe, voire cruauté, pour ne pas dire qu'elle les piétinne avec ses bottes, comme dirait Nancy Sinatra.


Alors, à noble cause, les grands moyens! Enfin, Guillaume, ce geek rondouillard, fan de comics — nous nageons en plein cliché! —, est prêt à venger le sort de ses congénères! L'épris inassouvi, légitimé par l'avancée technologique de son temps, se mue en démiurge!


Ouais mais non, en fait!


Tel "épris" qui croyait prendre!


En fait, de vengeur, il n'en est rien. Tout au plus, un apprenti sorcier, qui commet l'irréparable avant d'annuler, pris de remords sincères, comprenant que son bonheur ne peut se faire au détriment de l'autre, son geste et mériter, par le biais d'un amour (cette fois), sincère, en guise de happy end à ce conte sapiential.

 

Tempus Fugit (2019)
De conte, il en est question dans ce court métrage, puisqu'il est inspiré du conte japonais de La Fontaine de Jouvence avec un vieux couple qui boit de cette eau magique. L'homme rajeunit mais la femme en boit trop et redevient un nourrisson.


Synopsis:Jeanne et Paul, deux septuagénaires, mènent une vie tranquille et morne de retraités dans le sud de la France. En ce jour de canicule, la subite apparition d’une rivière va définitivement bouleverser leur quotidien, jusqu’au plus profond de leur chair.


Fréquemment utilisée en inscription sur les horloges ou les cadrans solaires, qui ne connaît pas cette expression latine , TEMPUS FUGIT, «Le temps fuit», qui tire son origine des Géorgiques* de Virgile?


Sauf que là, ça ne se passe pas au Pays du Soleil Levant, mais dans le magnifique arrière-pays Provençal et que c'est pas l'homme qui rajeunit mais la femme!


En plus de brouiller les pistes, Lorenzo, qui opère habituellement dans le monde de l'animation, invité lui aussi à cette soirée, choisit d'intégrer à l'histoire, un troisième personnage en la personne de Kévin — Tiens, un Kévin? Avec toute l'imagerie qu'on colle aux Kévin—.


Une plongée fantastique dans l'univers du réalisateur bien rafraîssante (surtout avec la canicule).

 

Nefta Football Club (2019)
Nefta est une petite ville pauvre du Sud de la Tunisie. Située de la région semi-désertique du Jérid, elle se trouve à quelqes kilomètres de la frontière algérienne.


Synopsis:Dans un village tunisien, des enfants jouent au foot sur un terrain sans lignes de démarcation. Pendant ce temps, Abdallah et Mohammed tombent sur un âne avec un casque sur les oreilles et des sacs contenant une poudre blanche accrochés sur les flancs. Les deux jeunes frères décident de ramener ces sachets au village.


Réalisé par Yves Piat, «Nefta Football Club» est le 1er des 2 courts métrages non-francophones, l'autre étant le dernier film de la sélection savamment concoctée par ce druide du court métrage qu'est Gilles Colpart, «The Ostrich Politic» de Mohamad Houhou.


Yves Piat évoque ici le rapport entre le jeux et l'enjeu, la spontanéité et le calcul, cette différence qu'il y a entre l’enfance et l’adolescence, symbolisées ici par les deux frères.


Entre un Mohammed, fan de Messi, la star incontestée du ballon rond, et un Abdallah, de l'international Riyad Mahrez. L'Algérie n'est pas jamais loin, le petit frère qualifiant même cette dernière de «Pays de Mahrez».


Chose intéressante, lors de la ballade en moto, le grand frère, temporise leur désaccord sur le meilleur footballeur en disant qu'ils sont tous dopés.


Mohammed prend, toutefois, un virage risqué en voulant revendre la trouvaille de son petit frère à des voyous notoires mais il est empêché par l'idée candide du petit Abdallah qui veut simplement continuer à jouer avec lui comme avant et refuse inconsciemment de le voir grandir.


Que faire de cette «lessive»?


En juge de paix, le petit Abdallah a son idée! N'en déplaisent à Salim, estomaqué à l'idée que son abruti de second, Ali, se trompe entre la chanteuse Adèle et le plus local Cheikh Hadèl.


Le tournage était initialement prévu à Zagora, au Maroc, mais pour des raisons économiques, il se fera de l'autre côté de l'Algérie, en Tunisie. Cela ne change en rien le script car les deux lieux offrent de splendides décors similaires.

 

 

The Ostrich Politic (2018)
Synopsis:Les autruches continuent leurs activités quotidiennes enterrant leurs têtes, croyant qu'il s'agit d'un comportement instinctif. Cependant, un jour, la recherche du phylogénéticien Dr. Kays prouve le contraire.


Dernier court choisi par le spécialiste du genre, il s'agit du film de fin d'études du réalisateur libanais, Mohamad Houhou, de l'école des Gobelins. «The Ostrich Politic» («La politique de l'autruche», dans la langue de Shakespeare) est une allégorie qui interroge sur la façon dont nos sociétés se construisent autour de croyances erronées et particulièrement difficiles à remettre en cause.


Ce qui intéresse ici le réalisateur, c'est le fait que les autruches ne se mettent pas la tête dans le sable et pourtant, et pourtant, des expressions comme «faire l'autruche» ou «ostrich policy» sont nées de cette croyance. Selon Mohamad Houhou, cela démontre que notre langage quotidien est parsemé de fausses phrases toutes faites que nous utilisons sans les avoir questionnées. Elles sont même à l'origine de dessins animés ou de publicités!


Les questions que pose ce petit film d'animation de 6 minutes sont : se pourrait-il que d’autres informations acquises au fil du temps soient également fausses? Comment peut-on savoir que la vérité n'est pas la vérité?


Passage intéressant — et message de contestation véhiculé derrière?—, le gouvernement d'autruches au pouvoir s’inquiètant de la réaction des citoyens à l’annonce de la nouvelle loi interdisant d'enfouir sa tête, des perturbations qui pourraient bien avoir des conséquences économiques et politiques et du chaos que cela occasionne dans la ville, se sentent menacées, décident de se détourner de la vérité pour que les choses se restabilisent.

 

Le festival, qui a totalisé 210 places, était suivi d'un débat entre spectateurs et les deux réalisateurs. Ce vendredi, à 10 heures, ils étaient à l'IUT Chalon-sur-Saône de l'université de Bourgogne.


Notons, dans le public, la présence du réalisateur, scénariste et producteur, Pascal Mieszala, qui a collaboré avec Lorenzo Recio à la réalisation de «Tempus Fugit», et qui enseigne le cinéma et l'art vidéo à l'école d'art de Chalon-sur-Saône depuis 2013 (cours théoriques et suivis d'ateliers) ainsi que Alain Rousselot-Pailley, candidat (LREM) à la mairie de Chalon et maire de Châtenoy-en-Bresse, venu à cette 24ème soirée courts métrages, à titre privé.

 

Prochains films proposés par La Bobine, la semaine prochaine, «Oleg» (2019), film letton de Juris Kursietis, lundi 2 décembre, à 19 heures et 21 heures, et «It must be heaven» (2019) du réalisateur arabe israélien Elia Suleiman, jeudi 5 décembre, à 19 heures et 21 heures.

 


* (Livre III, vers 284) : «Sed fugit interea, fugit irreparabile tempus, singula dum capti circumvectamur amore» («Mais en attendant, il fuit : le temps fuit sans retour, tandis que nous errons, prisonniers de notre amour du détail»).

 

 

 


Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati

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