Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Prison ferme pour le routier Roumain arrêté le 25 octobre dernier sur l'A39

ll vit le jour à Bistrita, Roumanie, en 1978. En 2001, et alors qu’il avait commencé quelques études il va s’installer en Espagne, il y devient transporteur, à son compte. C’est un représentant de la start-up nation qui est extrait du centre pénitentiaire pour être jugé en comparution immédiate ce lundi 18 novembre. On l’écrit sans la moindre ironie. Le statut d’auto entrepreneur est encore boosté par un marketing que les éléments de réalité peinent à assombrir. Il est vrai que les éléments de réalité n’ont pas la cote, ces temps. Sauf au tribunal.

 

Il s’agit du routier arrêté le 25 octobre dernier au niveau du péage de Le Miroir, sur l’A39. On peut lire ici la première audience : https://www.info-chalon.com/articles/faits-divers/2019/10/29/40754/tribunal-de-chalon-le-routier-roumain-pris-avec-27-kg-de-resine-de-cannabis-place-en-detention-provisoire-en-attendant-son-jugement/.

Dans la remorque frigorifique : des légumes, en provenance d’Almeria, en Espagne, et à destination de Vienne, en Autriche. Dans l’espace de la couchette, en cabine du tracteur : 27 kilos d’herbe de cannabis en provenance de Barcelone et à destination de l’Allemagne. Un convoyeur de plus, un homme sacrifié sans le moindre état d’âme sur l’autel des grands trafics, et de la logique d’un intérêt exclusivement financier.

 

Il dit que s’il avait su prendre autant de risques, il... Le président Dufour assèche le fleuve qui s’annonce : « Monsieur, ça doit se savoir, dans le milieu du transport routier au sud de l’Espagne, qu’on court de grands risques à transporter des produits stupéfiants. » Le prévenu a reconnu que fin août, alors qu’il mangeait dans un restaurant un homme « qui parlait très bien et qui était très bien habillé » l’a abordé pour lui proposer de se faire de l’argent en convoyant de la marchandise pour lui. Cet homme laisse au chauffeur routier un téléphone Nokia, avec un seul contact dans le répertoire.

 

Le prévenu garde le téléphone et finit par accepter le deal. Dans le téléphone les enquêteurs trouvent un seul SMS, une adresse à Barcelone, où prendre les sacs. Résultat des courses : il est en détention provisoire depuis fin octobre, les douanes réclament 241 000 euros d’amende (la quantité de drogue convertie en euros selon les prix du marché, puisque marché il y a), et la confiscation de l’ensemble routier. La vice-procureur Aline Saenz-Cobo requiert en sus 2 ans de prison, une ITF* de 5 ans - « en France, non seulement on sanctionne mais en plus on bannit du territoire » -, et la confiscation du matériel. « Une peine juste, normale, et légitime ».

 

Maître Mirek, comme presque tous ses confrères qui interviennent dans les dossiers stups/douanes, interroge la qualité de la procédure, sa rigueur. Elle explique, par exemple, que l’analyse des échantillons envoyés au laboratoire Toxlab à Paris n’est pas revenue pour l’audience, mais que le parquet lui a communiqué au moment où l’audience commençait, un fax à destination du service des douanes, en provenance d’un laboratoire de Strasbourg. Les numéros ne correspondent pas aux scellés, entre autres anomalies qu’elle soulève. Elle plaide une relaxe au bénéfice du doute, ou une peine adaptée, « une peine dissuasive » et une amende moins élevée.

 

Le prévenu n’a pas de casier judiciaire en France, et n’a jamais été condamné pour des faits liés aux stupéfiants. Le tribunal le condamne à 2 ans de prison, ordonne son maintien en détention. Ordonne la confiscation de l’ensemble routier au bénéfice des douanes, et fixe l’amende à 160 000 euros. Pas d’ITF, mais une femme et deux enfants petits (6 ans et 18 mois) qui vont l’attendre un bon moment.

 

Florence Saint-Arroman

 

*ITF : interdiction du territoire français

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