Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Coup de couteau gratuit à Louhans ou geste prémédité ?

Le garçon est « désolé », « parce que de base, ça ne se fait pas ». Il en parle comme d’une faute de goût ou de savoir-vivre, mais les magistrats estiment que « les faits sont extrêmement graves ». Ils sont deux à comparaître, ce lundi 7septembre. Deux qui sortent de garde à vue, deux gosses encore, escortés par des gendarmes de la brigade de Louhans. Ce samedi une altercation a manqué virer au drame. La victime est présente, le coup de couteau l’a blessée à l’aine, « pas loin de l’artère fémorale », il l’a échappé belle.

Les deux prévenus l’ont échappé belle également, les magistrats, siège et parquet confondus, s’emploient à leur en faire prendre conscience, mais en face d’eux, « deux enfants » plaidera maître Faure-Revillet, très enfermés dans leur monde d’embrouilles à la noix qui leur sert de carburant et d’occupation, semblent rivés sur une planète qui ne serait que la leur. C’est un peu l’histoire de jeunes gens sans trop d’armatures qui organisent leur vie autour de circulation en bande et qui s’efforcent de donner du sens au vide qui les menace. Les filles y jouent des rôles : séductrices et manipulatrices à les faire marcher, et puis, eux, ils courent. Pour ce qu’on en comprend.

Pour rien, l’un sort un couteau et s’en sert

Ce samedi après-midi à Louhans, C., apprenti à Chalon, est avec sa petite amie. Ils vont boire un verre, puis se retrouvent avec d’autres au bord de la Seille, vers la place de la Libération. Les deux prévenus sont là, il y a un copain de C. et puis aussi le petit frère du prévenu de 18 ans (l’autre en a tout juste 19). Le petit frère aurait lancé : « Regarde le blond, il a une gueule de pédé. » C. est aussi blond que les autres sont bruns. C. aurait demandé « Tu as un problème ? » puis estime rapidement que l’ambiance devient malsaine, il décide de quitter les lieux. Il s’éloigne mais G., 18 ans, lui fait face, un opinel à la main, la lame fait 10 cm. C. prend un coup à l’aine, mais voilà que A., le second prévenu, arrive. Il le met à terre, ignorant, maintient-il, que son pseudo adversaire a déjà une plaie ouverte, et le frappe au visage. « J’étais sur lui. »

Gratuité, lâcheté, et une possible préméditation

« Gratuité et lâcheté », résume Angélique Depetris, substitut du procureur. Gratuité de l’agression. « Je voulais défendre mon petit frère », disait G. « De quoi le défendre ? Lui oppose le président Dufour. Personne ne l’agressait. » « Je voulais défendre mon collègue », disait A. « Il était en danger ? – Je ne sais pas. » Lâcheté : lâcheté des coups portés (un coup de couteau, puis des coups sur un homme recroquevillé au sol), et lâcheté de leur comportement, après. Ils fuient, se séparent puis se retrouvent, vont à la salle de sport. « Ils ne prennent aucune nouvelle de la victime, poursuit la procureur, et déclarent : ‘On n’allait pas se morfondre dans notre lit’. Ça, c’est de la lâcheté. » Angélique Depetris évoque même une possible préméditation, car une des gamines entendues, a déclaré que les deux bruns voulaient « défoncer » le blond, « parce qu ’ils ne l’aiment pas ».

Plusieurs filles sont évoquées comme meneuses de ce vilain bal

  1. proteste : « Non, non, on n’a jamais dit ça ! C’est elle qui le disait : ‘Vous avez pas de couilles, vous avez pas de (il le répète 4 fois). » Les regards des trois juges à cet instant mériteraient une photo, car on croit percevoir une pointe d’accablement percer à travers leur gravité. Un peu auparavant, le jeune homme victime disait à la barre qu’une des filles avaient dit à sa copine que « A et G étaient jaloux et voulaient me choper. » Les prévenus s’esclaffent, hilares. « En effet, cela est évoqué dans la procédure » confirme le président, et ça calme les deux bruns illico. Leur victime dit beaucoup souffrir de sa blessure, et « le muscle est touché », et « je ne dors presque pas ». Maître Duquennoy demande un renvoi sur intérêt civil, il est trop tôt pour chiffrer les dommages.

Le geste d’enfoncer « une lame dans un corps humain » ne va pas de soi

« J’aimerais comprendre pourquoi on sort un couteau », insiste le président. Mais en guise d’explications, seules des embrouilles affleurent, des histoires réelles ou fantasmés, ces gamins et gamines se montent le bourrichon pour un oui pour un non. G. soutient qu’il n’a pas fait exprès de planter C. « J’étais comme ça… » Et il se lève, bras ballants, statique. Personne n’y croit, mais tout le monde sait que le geste d’enfoncer « une lame dans un corps humain » comme dit la procureur, ne va pas de soi. Quant à s’acharner sur un homme à terre… « Pourquoi on aurait voulu frapper quelqu’un qu’on ne connaît pas ? » se défend encore A. « Mais c’est ce que vous avez fait ! » assène la magistrate d’une voix claire et métallique. Elle les étrille encore un peu, mais G dit des trucs, la copine de C. assise dans la salle souffle et murmure des trucs, et C. lève le doigt pour intervenir. Ils sont incroyables, c’est comme si on assistait à leurs façons de s’embrouiller la tête pour s’embrouiller les uns les autres. « Je ne pensais pas aller jusque-là pour une gaminerie » concède G.

Les deux garçons ont quitté le système scolaire en 3ème, ils n’ont pas eu leur brevet

Le tribunal leur oppose des lignes de partage, sans franc succès. G est papa. Sa fille a 9 mois, il vient de se séparer de la mère, il voit le bébé de temps en temps dit-il. Son casier est vierge, mais il fut condamné par le tribunal pour enfants en 2018, pour violences conjugales, dit-il. « J’ai eu des exercices de pourquoi je fais ça, que je devais renvoyer à la juge. Je suis prêt à voir un psy s’il le faut. » Sa mère l’a décrit comme « gentil et serviable », le fils lui envoie un sourire, elle est au fond de la salle, avec la maman de A. Les deux garçons ont quitté le système scolaire en 3ème, ils n’ont pas eu leur brevet. A dit l’avoir raté parce que le jour de l’oral, il dormait, il ne savait pas qu’il avait une épreuve. De même que ce dimanche, il ne s’est pas rendu à la convocation des gendarmes, il dormait et il pensait finalement n’être utile que comme témoin, alors rien ne pressait.

« Ce sont deux garçons en manque de figures paternelles »

A dit n’avoir jamais été condamné, et ça fait rugir le président Dufour : « A chaque fois, quand on voit le juge des enfants et qu’on ne fait pas de prison, alors on dit qu’on n’a jamais été condamné ! Et voilà. Seulement après, ça tombe. » A son casier, un problème de stupéfiants. Sa mère dit que depuis la mort de son père, en 2017, le fils a « un comportement inadapté » et va de bêtise en bêtise. Elle se sent « impuissante ». « Ce sont deux garçons en manque de figures paternelles » plaide maître Faure-Revillet, qui estime qu’on se croirait au tribunal pour enfants, justement, vu les attitudes des deux jeunes majeurs. C’est que le parquet a requis de la prison ferme pour les deux, avec un mandat de dépôt pour l’auteur du coup de couteau, et des sursis probatoires ensuite. Il y a tant à construire.

Incarcération immédiate pour l’auteur du coup de couteau

Le tribunal déclare A, 19 ans, et G, 18 ans, coupables de violences aggravées. Condamne A. à 14 mois de prison dont 8 mois sont assortis d’un sursis probatoire de 2 ans, la partie ferme est aménageable. G. est condamné, lui, à une peine de 18 mois de prison dont 8 mois sont assortis d’un sursis probatoire de 2 ans. Le tribunal décerne mandat de dépôt, mais le garçon ne comprend pas ce que ça signifie, alors le président peut dérouler dans le calme les obligations (travailler, suivre des soins psychologiques, indemniser la victime) et interdictions (pas de contact avec la victime, pas de contact entre eux, et interdiction pour A. de fréquenter le petit frère de G., interdiction de porter une arme pendant 5 ans).

Ils pleurent, enfin

Puis le juge explique : « Monsieur G. X. vous allez partir en prison ce soir, vous avez 10 mois à exécuter. » Le jeune homme s’effondre un peu, puis se ressaisit, puis se réeffondre, se jette en arrière, puis en avant. Son copain commence à pleurer, les deux se retrouvent à écraser leurs larmes.

Florence Saint-Arroman

Renvoi sur intérêt civil en novembre pour la victime. D’ores et déjà les deux auteurs de violence devront payer 500 euros pour ses frais d’avocat.

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