Saône et Loire
Frère Matthew reçu par le pape Léon XIV : Taizé au cœur des attentes spirituelles des jeunes
Par Nathalie DUNAND
Publié le 03 Avril 2026 à 13h50
Reçu en audience privée au Vatican le 21 mars, Frère Matthew, prieur de la communauté de Taizé en Saône-et-Loire, revient sur cette rencontre marquée par deux priorités majeures.
Fondée en 1940 par le pasteur Roger Schutz à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la communauté de Taizé est aujourd’hui un haut lieu de rassemblement œcuménique. Chaque année, des milliers de jeunes venus du monde entier s’y retrouvent pour vivre un temps de prière, de partage et de réflexion.
Infochalon : Avant d’évoquer votre récente rencontre avec le pape Léon XIV, pouvez-vous nous expliquer ce que représente Taizé pour les jeunes : concrètement, que viennent-ils y chercher ?
Frère Matthew : Taizé est un lieu où l’on vient librement pour rencontrer d’autres personnes, participer à la prière de la communauté et entrer dans une véritable écoute : celle des autres, mais aussi celle de ce qu’il y a dans la profondeur, dans le cœur.
Et c’est quelque chose de très fort pour nous parce que, parmi ces jeunes, certains ont déjà des liens dans la foi, mais il y en a aussi qui sont vraiment en recherche. Et nous sommes toujours étonnés que, pour la vaste majorité, ils s’insèrent naturellement dans notre rythme de prière, de réflexion biblique, de vie communautaire.
Quand on leur demande ce qui les a le plus frappés à Taizé, ils répondent presque toujours : le silence. Dans un monde saturé de sollicitations, hyper connecté, cette expérience intérieure les surprend : on sent qu’il y a quelque chose dans nos profondeurs, qui cherche l’au-delà, qui cherche un dépassement de soi. C’est une expérience nouvelle pour beaucoup, et souvent déterminante.
Leurs préoccupations ont-elles évolué ces dernières années ?
Frère Matthew : On perçoit aujourd’hui une certaine anxiété face à l’avenir, personnel, mais aussi lié aux questions de l’écologie, et maintenant de la guerre. La question de leur propre identité est aussi très présente : comment cheminer avec ?
À Taizé, nous évitons les conseils, les réponses toutes faites. Nous sommes là pour donner une présence, une écoute et pour permettre à chacun de découvrir ce qu’il porte en lui.
Y a-t-il davantage de fragilité chez les jeunes d’aujourd’hui ?
Frère Matthew : Je ne dirais pas qu’il y a plus de fragilité. Et qui serions-nous pour penser ainsi ? Si je répondais oui, je me mettrais dans une position de pouvoir. Je ne pense pas en ces termes « moi, je sais comment ça devrait être ». Ce n’est pas ainsi.
Je crois qu’on doit admettre que les points de référence sont différents. Les jeunes de 18 ans avaient 12-13 ans pendant la pandémie Covid. Ils ont vécu les périodes d’isolement. Ce qu’ils viennent chercher à Taizé, c’est le sens de notre vie en communauté. Et ça, c’est quelque chose de très fort que nous voyons : tout à coup, ils découvrent que le lien social porte quelque chose d’important.
Le lien de la communauté de Taizé avec le pape est-il ancien ?
Frère Matthew : Frère Roger, son fondateur est allé le visiter chaque année. Cette tradition s’est poursuivie avec le 2e prieur, Frère Aloïs. Je suis le 3e prieur depuis 2023. J’ai rencontré le pape François, et désormais le pape Léon XIV. La communauté de Taizé entretient un lien précieux avec le pape. Et pour nous, qui ne sommes pas une communauté d’origine catholique, cela nous donne un lien de confiance réciproque et nous permet de vivre de belles choses en communion avec l’Église catholique.
Vous avez été reçu par le pape Léon XIV le 21 mars au Vatican. Que retenez-vous de cette rencontre ?
Frère Matthew : Nous sommes très touchés du fait que, dès l’annonce de son pontificat et son installation comme pape, il a parlé de deux sujets qui sont très importants à Taizé : l’unité entre les catholiques et entre les chrétiens plus largement ; et la paix : la paix en soi et la paix dans le monde.
Ces thèmes sont au cœur de notre vocation comme communauté qui rassemble des frères de 27 nationalités différentes et de diverses églises chrétiennes. Alors, quand nous parlons de l’unité et de la paix, ça résonne profondément dans notre communauté. Et je pense que ça rejoint la soif d’une grande partie de l’humanité.
J’étais très reconnaissant parce que c’est un homme d’écoute. Il était en retard pour les audiences samedi matin, parce qu’il donne le temps à chacun de ses interlocuteurs.
Une dernière question, plus personnelle : qu’est-ce qui vous touche le plus dans votre mission aujourd’hui ?
Frère Matthew : Je dirais qu’il y a deux dimensions.
D’une part, la proximité avec ceux qui souffrent dans le monde. Nous avons des frères qui se rendent régulièrement en Ukraine, au Liban et bientôt en Syrie. J’ai passé moi-même Noël dans la ville à Zaporijia, au sud-est de l’Ukraine.
C’est ce qui me touche le plus : écouter ces voix-là. Nous ne pouvons pas faire grand-chose, nous ne sommes pas une organisation humanitaire. Mais on peut visiter, être présent. Maintenir les liens pour que ces personnes sachent qu’elles ne sont pas oubliées.
La deuxième chose qui me touche toujours, c’est la prière, et surtout la prière vécue ensemble, s’arrêter et écouter. Actuellement, je suis en voyage, et ça me manque beaucoup. C'est dans ces moments d'absence qu'on se rend compte que nous avons un trésor à Taizé : pouvoir prier ensemble. Il ne faut pas le banaliser, c’est très précieux.
***
Nous remercions vivement frère Matthew qui a pris le temps de répondre à nos questions.
« Être présents, de manière simple, au milieu des gens » : au cœur de la communauté de Taizé, cette conviction – qui porte en elle simplicité, lien et bienveillance – semble résonner avec force auprès de jeunes du monde entier.
Par Nathalie DUNAND
[email protected]
Pour en savoir plus :
Site de la Communauté de Taizé : https://www.taize.fr/fr/la-communaute

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