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TRIBUNAL DE CHALON - La salle était pleine pour le soutenir

TRIBUNAL DE CHALON - La salle était pleine pour le soutenir

Un homme poursuivi pour violence avec usage d'une arme le 10 avril dernier à Chalon et placé en détention provisoire, a vu la victime débarquer au centre pénitentiaire. Depuis, l'homme a peur. C’est un homme placé sous curatelle renforcé, qui travaille en CDI depuis 25 ans. Il pleure dès son entrée dans le box.

 C’est que la salle est pleine, pour lui. Famille, amis, collègues du boulot, ils sont tous venus. Pour lui. Il en pleure. Lui si seul sur son matelas surnuméraire posé au sol d’une cellule conçue pour deux et occupée par trois. Lui si seul avec ses peurs. Et voilà qu’au moins les deux-tiers de la salle au moins, ne sont que regards sérieux mais amicaux voire aimants.

Comme le prévenu, né en 1977, a un régime de protection civile - qui fait de lui une personne vulnérable, comme on dit, une expertise psychiatrique est obligatoire mais l’expert n’a pas encore pu le rencontrer, donc il faut renvoyer l’audience de jugement et décider si l’homme va rester en détention provisoire ou être remis en liberté, sous contrôle judiciaire.

Une communauté s’est reformée autour du prévenu 

Pendant que la présidente donne quelques éléments, l’homme essuie ses larmes, mais son émotion est relancée à chaque fois qu’il regarde la salle. Ses sœurs, tous ses collègues… Eh oui les ripeurs de la ville, ou du moins une partie, sont là. La plupart ont bossé, ont fait leurs 7 heures ce matin, et ils sont venus. « Je le connais depuis 20 ans, alors… » nous dira l’un, alors que le tribunal se sera retiré pour décider du sort de son collègue. « Avec tous les services qu’il rend aux autres… » dira un autre. Bref, le prévenu est aimé, apprécié, et comme on a su le désastre qu’il vit en prison, on est venu le lui manifester.

L’histoire en gros est celle d’une jalousie, exacerbée par le comportement de la copine du prévenu, devenue celle de la victime… Laquelle victime a été écrouée le 28 avril pour être jugée le 30 et condamnée à 6 mois de prison avec maintien en détention puis à une interdiction du territoire français. 
La victime a écrit au tribunal : elle veut assister à l’audience de jugement.

Ce choc ! La peur. Ne va plus en promenade

Le prévenu explique au tribunal le choc que ça a été de voir cet homme-là, « au même étage que moi quand il est arrivé ». Alors qu’il quittait sa cellule pour aller rencontrer un médecin dans le centre pénitentiaire, il l’a vu. « Lui il m’a regardé, et après il tapait sur ma porte. Je me sens menacé, je ne sors plus en promenade pour ne pas avoir d’histoires. » Ça fait donc 3 semaines qu’il vit en reclus dans la cellule pour deux-occupée par trois.

La procureur dit que cet élément nouveau change un peu la donne pour ses réquisitions et dit que si le tribunal décidait de le faire sortir, elle préconise un placement sous surveillance électronique. 
« Ça m’a servi de leçon, disait le prévenu en pleurant. J’envisage de garder mon travail, de revoir ma famille, et de vivre chez ma maman, pour éviter de revoir madame X (l’ex-compagne), et tout ça, quoi. »

Maître Grebot plaide une remise en liberté qui à ce stade semble acquise. « A 48 ans c’est sa première détention, avec des hommes plus aguerris dans la délinquance et pour lui ce n’est pas évident du tout. Il avait une compagne, elle a pris un amant, il l’acceptait sous réserve qu’on ne le provoque pas, mais… »
« Il exerce depuis 25 ans une activité professionnelle à la Ville. L’employeur vide ses congés, actuellement, mais si ça dure, ça posera problème. Et sur son compte il y a 600 euros. S’il ne retravaille pas : ça posera problème aussi. »

Un contrôle judiciaire strict

Le tribunal renvoie l’audience à fin juillet, « dans l’intervalle, monsieur, vous place sous contrôle judiciaire ». 
Interdiction de tout contact avec la victime et avec l’ex-compagne,
Interdiction de sortir entre 16 heures et 4 heures du matin (il embauche à 5 heures les matins)
Obligation de travailler, de mettre en place les suivis, de ne pas sortir après 16 heures sauf sur convocation de la justice, de la police, de l’AEM, de l’expert psychiatre. Si urgence médicale, pouvoir en justifier.
Obligation de pointage une fois par semaine au commissariat de police.
Obligation de répondre aux convocations du contrôleur judiciaire (l’AEM).

« Est-ce que c’est clair, monsieur ? – J’ai pas écouté, madame. » Alors la présidente reprend et s’assure que l’homme a bien compris. Il a bien tout compris. 
« Vous allez être inscrit au fichier des personnes recherchées, avec la liste des interdictions et obligations. Si on vous contrôlait en dehors des horaires autorisés, vous seriez incarcéré. »
Le prévenu sortira en fin de journée.
« Tant mieux, je suis content » commente sobrement un de ses collègues.

FSA

Parce qu’il y a des solidarités qu’on voit peu, en salle d’audience, on profite de la présence des ripeurs pour signaler qu’un de leurs collègues, un canadien, a écrit un livre intitulé « Ordures ! », titre délicieusement équivoque. 
« Si ce travail est souvent perçu à travers le prisme de la saleté ou de la marginalité, il exige une véritable vocation, une condition physique robuste et une capacité à naviguer dans une violence symbolique constante exercée par une société qui préfère ignorer le devenir de ses déchets. »
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins-du-samedi/une-vie-d-eboueur-avec-simon-pare-poupart-4265094