Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON : Il tranche la gorge d’un co-détenu,

« Les faits ont été commis en prison, lieu de privation de liberté, mais la loi y existe, ce n’est pas un lieu de non droit », dit la substitut du procureur.

Les faits : au centre pénitentiaire de Varennes le Grand, lors de la promenade du 3 avril 2013, Ahmed A. demande des clopes à Damien X. qui refuse. Ahmed lui porte un coup à la gorge, l’enregistrement par vidéosurveillance l’atteste. Les images ne permettent pas d’apercevoir la lame de rasoir, mais un surveillant récupère immédiatement Damien X couvert de sang et l’évacue. Le médecin du centre devra suturer et coller une estafilade longue de 10 cm. 

C’est le récit de la victime car le prévenu, lui, maintient que « comme j’ai toujours dit, j’ai rien à voir dans l’histoire ». Rien à voir, c’est vite dit, « vous reconnaissez a minima des violences », remarque une des juges assesseurs. « Tout est filmé, dit Ahmed A., tout le monde le sait, alors… » Justement, le coup qu’il porte a été filmé. Ahmed A. a été jugé par défaut, c’est-à-dire en son absence, le 30 mars 2015 au tribunal de Chalon, et condamné à 2 ans de prison, le tribunal avait décerné un mandat d’arrêt, Ahmed a été arrêté en novembre dernier. Il ne se cachait pourtant pas, dit-il, vivant et travaillant du côté de Nîmes : « J’ai même été contrôlé deux ou trois fois, s’ils ne font pas leur boulot, c’est pas de ma faute. » 

Une fois arrêté, la justice met à exécution des peines antérieures – le cumul fixe sa fin de peine à mars 2020 -, mais ne peut exécuter la peine de 2 ans de 2015 car Ahmed A. forme opposition, il est donc rejugé ce jeudi 28 décembre, il n’a pris d’avocat, la victime n’est pas là, la salle est déserte ou presque, et la présidente Chandet qui intervient d’abord en juge unique, reviendra finalement en formation collégiale et ordonnera la réouverture des débats, le fond évidemment restera inchangé, les réquisitions aussi. 

Ahmed A. est né à Mayotte en mars 1993, il n’a que 23 ans, il fait un peu plus. Une doudoune d’un vert lumineux recouvre son haut blanc dont les manches dépassent un peu, le tout confère à la peau noire du jeune homme une lumière particulière qu’il s’empresse d’éteindre à coups d’assertions définitives : « Je suis impulsif, et j’aime pas me laisser faire quand on me cherche ou on me provoque », « J’ai surtout des armes à feu, j’aime bien les armes à feu, mais j’ai jamais commis de meurtre, pour l’instant », « Faut arrêter de me faire chier, tant qu’on vient pas me chercher, je suis tranquille ». C’est comme s’il bordait de clous son casier judiciaire tapissé de 10 condamnations, essentiellement pour des violences, avec ou sans arme, des menaces de crime contre des policiers, des outrages, violences en récidive. 

Tous ses sursis mise à l’épreuve furent révoqués, mais « sur les violences, j’ai rien à dire ». La présidente lui demande s’il a envisagé un jour d’engager des soins psychologiques, Ahmed rigole franchement, et répond : « J’en ai pas besoin. » Ahmed relève du double enfermement : enfermé en lui sur une position contraire à toutes les règles relationnelles, et contraire aux lois qui régissent la vie en société ; du coup, enfermé régulièrement en prison, où le droit commun s’exerce mais pas comme à l’extérieur, par la force des choses du reste, c’est inhérent à l’objet carcéral, à son espace restreint et clos, dans lequel cohabitent surveillants, personnel pénitentiaire, détenus, les uns rentrant chez eux en fin de journée, les autres pas. Ahmed, devant le tribunal, parle comme s’il était en prison, à avoir besoin d’impressionner les autres, rien que l’idée de soins le fait bien marrer, le parquet requiert la même peine que celle prononcée en 2015. 

Le tribunal met à néant le jugement initial, et condamne Ahmed A., 23 ans, à 18 mois de prison, interdiction de porter une arme pendant 5 ans. « Monsieur, cela signifie… » Ahmed hoche la tête, il a compris. Il sait, il a l’habitude désormais, car le double enfermement réduit la vie et ses possibles à peau de chagrin, et à peau de balle entre quatre murs. Sa fin de peine est reportée à septembre 2021.

FSA 

 

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