Cinéma
A Chalon, Delphine de Vigan évoque "à coup sur" face aux spectacteurs de l'Axel
Publié le 11 Avril 2014 à 23h20
La projection du film A coup sûr a eu lieu au cinéma Axel, soirée en partenariat avec la bobine et le cinéma de Chalon.
Le public était nombreux et a apprécié cette bonne comédie. Delphine de Vigan a répondu aux questions du public, à l’issue de la projection.
On parle beaucoup du film "A coup sûr" en axant tout sur l’aspect sexe alors que ce film parle d’une femme, très touchante dans son désarroi, qui est plongée dans une situation à l’inverse d’elle-même, ce moment de l’existence, fragilisant parfois, quand on n’a pas le mode d’emploi, pas la clé pour agir. On veut sortir de cette situation embarrassante, régler le problème, on veut agir et il faut être, il faut inventer, créer : être soi-même, au plus près de soi, sincère. Et au-delà de toutes références, car son père sur lequel Emma comptait toujours comme mentor n’est plus, et sa mère ne peut répondre, car elle ne sort pas de ses habitudes.
Emma invente, un peu maladroitement, à partir d’un malentendu, des mensonges. Et tout devient loufoque…
Le spectateur est mené au gré de petites surprises, de perles langagières, de scènes imagées, dans un bain de sentiments qui émergent de la vie quotidienne, avec des situations inédites, et ces paradoxes auxquels on ne pense pas.
Delphine de Vigan, la réalisatrice, qui a eu l’expérience du travail dans une entreprise, détourne le système, le langage propre à ce milieu en le tournant en dérision.
Emma, c’est aussi le prénom de l’héroïne du livre "Les Jolis garçons." C’est le même personnage, dit Delphine de Vigan, cette femme un peu fantaisiste qu’elle aime beaucoup.
Il y a des émotions qui ne peuvent être écrites en livre. Ecrire la comédie est difficile, mais la filmer lui semblait plus facile jusqu’au moment où elle s’est retrouvée devant le fait accompli : elle allait être la réalisatrice ! Pas prévu ! Vertige devant le pas à franchir !
Elle a appris beaucoup, entourée d’une magnifique équipe, autant des comédiens que de l’équipe technique, savoir s’entourer est essentiel. Et aussi qu’elle n’était pas cinéaste !
Mais elle considère ce film comme un film d’écrivain, d’abord écrit avant de faire apparaître les images, comme la scène des boules de geisha.
Même si c’est filmé peut-être maladroitement, elle ne voulait pas que son scénario passe dans les mains d’un faiseur qui se serait limité à la technique alors que c’est ce qu’il fallait éviter.
Le scénario a été écrit pour certains acteurs. Delphine de Vigan a découvert Laurence Arné sur scène au théâtre, elle l’a vue dans Working girl. Il y avait pour elle une évidence. Elle est charmée par sa fragilité, sa maladresse et ce côté n’avait jamais été exploité chez elle. Le personnage d’Emma est à l’inverse de Working girl. Il y avait cette tristesse dans son regard…
Valérie Bonneton, le rôle a été écrit pour elle.
Eric Elmosino a été choisi, il était connu pour son rôle dans Gainsbourg, aussi pour contrebalancer le fait que le premier rôle était une comédienne peu connue qui n’avait joué que des seconds rôles. Il a lu le scénario et a accepté aussitôt.
C’est une comédie poignante et légère à la fois, à l’opposé du côté sombre des livres. Faire rire lui semble plus difficile que faire pleurer, au cinéma. Il faut trouver la bonne mesure, le bon rythme, la bonne dose, ce n’est pas si simple. Elle a découvert le langage du cinéma, être derrière la caméra ou tenir le stylo est certes différent.
Et puis, c’était cette obsession de la performance dans le monde du travail, qui nous vient d’Outre-Atlantique, où le langage utilisé par les entreprises s’immisce dans nos vies au point qu’on parle de gérer nos émotions, capital érotique, le trend de la période, les graphiques… tout cela transposé dans un autre domaine en montre le côté dérisoire et l’inanité des choses. Autodérision pure. Histoire de relativiser et de redonner à nos vies une perspective plus saine, plus chaleureuse, plus lumineuse.
S.B.
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