Chalon sur Saône
L'été, période bénie des dieux pour dévorer tout cru le roman africanisé d'Emmanuelle Lieby
Publié le 30 Juillet 2016 à 17h21
Emmanuelle Lieby est cette conteuse qui imprime dans la conscience collective depuis quelque quinze ans et autant de spectacles, moult histoires à dormir debout. Cette fois, et sans repousser pour autant aux calendes grecques ses joutes oratoires, la sortie de son premier roman éclipse son viatique. Enamourée de façon inconditionnelle du Burkina Faso, la narratrice a transcrit des tranches de vie fortement teintées d’exotisme luxuriant, points d’ancrage fleurant bon un ailleurs à la singularité clairement affichée.
Quatre voyages au Burkina Faso, série en cours, afin de ne pas desserrer l’emprise viscérale
« Bonne arrivée » s’avère certes son premier livre à naviguer dans les eaux du genre romanesque, mais il est en réalité le second dont elle assume la maternité. En 2013, intimement lié à l’un de ses spectacles, avait-elle enfanté « Chers parents », l’assemblage de la correspondance entretenue par l’un de ses grands-pères avec sa famille lors de la Grande Guerre 14-18. Puis l’existence lui mit incidemment la puce à l’oreille, grâce à un enfoncement dans le continent africain dont elle ne sortira pas indemne. Loin de là ! Toujours en 2013, l’élément déclencheur fut un séjour au Burkina Faso à l’occasion d’un stage de danses africaines notamment, en compagnie de sa fille et de membres de l’association chalonnaise Faso Lili (littéralement : les racines du pays). Elle en revint complètement bouleversée. Bis repetita six mois plus tard, avec également sa fille et des adhérents de l’association Adanse’ Faso (« Bienvenue »), laquelle (elle jouit d’un lieu d’hébergement, aide une centaine de familles, parraine des enfants…), implantée en France, comprend une antenne locale dans la contrée considérée. D’où une opérante prise en charge sur place. Durant ces deux séjours Emmanuelle devait noircir un carnet de voyage, qu’elle peaufina à la faveur du second. En 2014 troisième voyage en direction du Burkina, encore avec sa fille, accompagnée par son mari aussi. Il sera suivi d’un quatrième en 2015, seule pour la circonstance, administré par le projet Théâtre et contes qui lui tenait à cœur.
« Nous avons de vieux restes de colons… »
Hybride, son protégé livresque est le fruit de la véracité et d’échappées belles. Quant au contexte in situ, il fait l’objet d’une distorsion avec le mode opératoire occidental. « Ce récit est un roman complètement fictif, mais tout ce que je raconte est vrai. La base est réelle, les histoires sont véridiques, avec beaucoup relatant le parcours de femmes qui ont la vie dure. L’Afrique noire je ne la connaissais pas, il y a eu un véritable choc culturel énorme, et les préjugés sont partis les uns après les autres. Vu de notre lorgnette on n’a pas idée des besoins des gens, tout est extrêmement codifié. Je pense que l’on commet des erreurs dans ce que l’on apporte. A un moment donné il faut écouter les gens et tenir compte de ce dont ils ont besoin. Il convient de vraiment les regarder faire. Nous avons de vieux restes de colons, on a du mal à s’en défaire. » Le jardin d’Eden apparaît dans toute sa splendeur. « J’ai trouvé une vraie terre d’accueil. Les gens sont super, contents de nous voir, enjoués par tout, vierges de tellement de choses ! », s’emballe Emmanuelle. Quelle valeur revêt l’écriture ? « C’est l’envie de transmettre des récits de vie, même si c’est davantage romancé, plus que de faire passer des messages. Je jalonne ça d’expressions, de coutumes. Pour moi c’est important de lier la tradition. » Fin septembre Emmanuelle Lieby reprendra son bâton de pèlerin avec la même poigne, pour une escale de trois semaines relative à l’intensification du projet Théâtre et contes.
L’acte d’achat
Son roman, paru à la mi-juillet 2016, s’adresse à un public d’ados –à partir de 15 ans-, et d’adultes. « Ce sont plutôt les histoires qui peuvent être lourdes, mais ce n’est pas dramatique globalement. J’ai voulu positiver, donner une belle image de ce pays, de ces gens très drôles. Il y aura normalement une séance de dédicaces à la rentrée ou en hiver. » Son développement scriptural a stoppé net son élan à Bobo-Dioulasso, la capitale économique, le 31 octobre 2014, lors du coup d’Etat. Emmanuelle envisage déjà une suite à partir de ce coup de balai citoyen. Si son roman a requis deux années de gestation, ce ne sera assurément pas le cas pour le suivant, dont la vulgarisation est prévue pour le mois de septembre 2017, alors que sa rédaction n’a pas encore débuté. L’amorce d’une saga ? Pas impossible, la passeuse de mots n’étant nullement contre…Quoi qu’il advienne, »Bonne arrivée », 73 pages, coûte 10,00 euros. On peut se procurer le roman, qui dispose d’un distributeur-diffuseur (« Rendez-vous avec la nature », à Chagny) auprès de l’auteur : emmanuellelieby-conteuse.fr, ainsi qu’à la librairie Rougeot de Chalon-sur-Saône, où plusieurs exemplaires sont en vente.
Prochainement à Chalon et Mercurey
Les 7 et 8 août Emmanuelle Lieby contera à Chalon puis Mercurey, et ainsi de suite…
Le dimanche 7 août à 17h, sous l’égide du service du patrimoine de la ville de Chalon, il s’agira d’une visite contée appliquée au patrimoine hospitalier. Le lendemain à Mercurey
, avec l’Office de tourisme du Grand Chalon, ce sera « Sur les ailes du moulin ».
Michel Poiriault
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