Opinion
"Devise et drapeau" par Jean-Jacques Fouché
Publié le 03 Janvier 2018 à 19h03
Devise et drapeau / J. J. Fouché / 2 janvier 2018
On pavoise, le drapeau est à la mode. Il se trouve en fond de décor dans les bureaux de tous les responsables d’un exécutif. Du maire au président de la république tous parlent devant le drapeau national souvent accompagné de l’oriflamme de l’Europe.
La bannière tricolore symbolise la nation, la patrie, la terre… les éléments auxquels un peuple est en principe attaché. Parfois, en fonction de circonstances dramatiques, il faut savoir défendre la nation avec le drapeau contre un envahisseur. L’hymne, national également, complète de sa tonalité combative l’usage du drapeau dans les manifestations du souvenir. Car il faut se souvenir et honorer ceux qui nous ont précédé dans la défense des institutions et des libertés dont nous jouissons. Le patriotisme se love dans les plis du drapeau et les cercueils des héros de la nation en sont recouverts.
Symbole de la République, né de la Révolution, le drapeau tricolore est, de fait, un héritage de la révolution américaine. Sa caractéristique nationale permet son utilisation par des régimes politiques différents : il fut adopté par les empereurs du XIX° siècle et par le roi Louis-Philippe. Le maréchal Pétain ne dédaigna pas le drapeau tricolore en installant son « État français » à Vichy aux temps de la défaite et de l’occupation par les armées nazies allemandes.
Mais Pétain accabla de son dédain la devise de la République « Liberté – Égalité – Fraternité ». Il la fit disparaître pour lui en substituer une autre adaptée à son conservatisme nationaliste réactionnaire : « Travail – Famille – Patrie ». Il manifestait ainsi un renoncement aux principes universels républicains. Il les remplaça par des termes désignant des réalités factuelles qualifiées de valeurs morales par sa décision politique.
Tout au long de l’occupation nazie allemande et du régime du maréchal Pétain (1940 -1944), des résistants ont combattus pour délivrer la patrie de l’asservissement et rétablir la République avec son drapeau et sa devise. Ils ont ainsi manifesté le lien de la devise et du drapeau.
Des initiatives de l’autorité locale tricolorisent des édifices municipaux : l’hôtel de ville (où la devise de la République est omise), le monument aux morts du quai Gambetta par des éclairages et des projections. Un bandeau tricolore chapeaute le nouveau monument de la place du « 19 mars 1962 ». Ne pas rappeler la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » sur les édifices publics pourrait-il constituer un choix politique entre l’affirmation du nationalisme et celui des principes fondateurs de la République ?
Nous pouvons imaginer la gène des autorités en présence de la volonté de liberté et d’égalité de centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants qui, depuis les confins du Sahel et du Moyen Orient, fuient les uns, la guerre et d’autres, la faim, et d’autres encore, la guerre et la faim. Tous fuient des vies invivables et des dangers mortels. En dépit des obstacles et des « reconductions », ils continueront à marcher vers parfois des mirages estimés infiniment meilleurs que leur sort de départ. Les nombreux dangers affrontés, les brutalités, l’esclavage, les vols et les viols ne les arrêteront pas. Ils avancent et nous interrogent en demandant l’asile et une reconnaissance de leurs droits humains.
Qui n’est pas troublé face au défaut de fraternité dans l’accueil des enfants, des femmes et des hommes, qualifiés indignement de « migrants » ? Avec des volontés farouches ils quittent un pays maudit au péril de leur vie. Ils se mettent en danger pour passer, accéder à un ailleurs. Leur liberté d’aller et venir est bafouée, l’égalité leur est refusée. Et la fraternité ?
Il ne peut plus être question de drapeau – c’est à dire de quotas – mais de mettre en œuvre la devise de la République.
Jean-Jacques Fouché
Directeur de la Maison de la culture à Chalon de 1974 à 1983
Ancien Inspecteur Général au Ministère de la Culture
Photo LG - Info-chalon.com
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