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Le bourdonnement du monde selon Marie-Françoise Ghesquier
Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI
Publié le 09 Octobre 2025 à 12h00
Notre poétesse signe un recueil poétique d'une intensité rare, où mythes anciens et vertiges contemporains se mêlent en une méditation lumineuse sur la fragilité du monde. Plus de détails avec Info Chalon.
Quand la poésie essaime, elle prend le visage des «royales abeilles» de Marie-Françoise Ghesquier. Avec ce nouvel ouvrage, la poétesse signe un hymne lumineux à la fragilité du monde. Inspirée par la figure mythique de l'amabie, créature japonaise surgie des eaux, elle tisse un chant visionnaire où l'eau devient lumière, où le mot devient refuge. Une poésie à la fois terrestre et céleste, vibrante de beauté et d'inquiétude.
Dans son nouveau recueil Comme de royales abeilles, publié aux éditions Cardère, Marie-Françoise Ghesquier explore, avec une poésie d'une rare intensité, les métamorphoses du monde et de l'âme. Inspirée par la légende japonaise de l'amabie et accompagnée des illustrations sensibles d'Anouk Rugueu, elle signe un livre à la fois mythique et charnel, où la beauté côtoie la fragilité. Elle nous en dit plus sur cette œuvre vibrante et lumineuse.
Avant Comme de royales abeilles, notre poétesse a déjà bâti une œuvre poétique riche et cohérente, toute en variations autour du souffle, de la nature et de la lumière. Dès Aux confins du printemps (2013, Éditions Encres Vives), elle explore les renaissances intimes et les métamorphoses du monde végétal, dans une écriture à la fois délicate et ancrée dans le sensible. Avec À hauteur d'ombre (2014, Éditions Cardère), la poétesse approfondit son rapport au silence et à l'absence, une quête de lumière au cœur même de l'obscurité.
Dans La parole comme un cristal de sel (2016, Éditions Cardère), la langue se fait plus épurée, presque minérale, où chaque mot brille comme une parcelle d'émotion. Puis vient De tout bois si (2017, Éditions Henry), recueil vibrant où le bois devient métaphore du vivant, matière et mémoire mêlées.
Avec Danse en résistance (2021, Éditions Jacques Flament), Marie-Françoise Ghesquier fait entrer le corps et le mouvement dans sa poésie : une écriture rythmée, traversée par la tension entre la beauté et la lutte. Enfin, Le pont suspendu (2022, Éditions Rafael de Surtis) prolonge cette traversée du monde intérieur, entre fragilité et équilibre, comme un passage entre deux rives du réel.
Le nouvel ouvrage poétique de Marie-Françoise Ghesquier
La poétesse publie un nouveau recueil envoûtant intitulé Comme de royales abeilles, un livre de 82 pages magnifiquement illustré par Anouk Rugueu et paru aux éditions Cardère, proposé au prix de 15 euros.
Ce nouvel opus s'ouvre sur une préface du poète et critique Jean-Paul Gavard-Perret, maître de conférences à l'Université de Savoie, qui en éclaire la profondeur et les résonances mythologiques : «Exil de notre exil – au commencement sa répétition», titre ce dernier, comme une clé pour aborder cet univers dense et fascinant.
Une poésie entre mythe et lumière
Marie-Françoise s'inspire d'une légende japonaise de l'époque d'Edo (1603-1868), celle de l'amabie, créature amphibie et prophétique, mi-femme mi-poisson, qui surgit des eaux pour annoncer l'abondance ou la maladie. Sous la plume de la poétesse, cette figure mythique se métamorphose : elle devient miroir de nos angoisses contemporaines, symbole fragile de la beauté et du chaos du monde.
Jean-Paul Gavard-Perret souligne dans sa préface combien cette œuvre touche à l'essentiel. «La beauté des textes est puissante, lucide, coruscante pour côtoyer le drame humain. […] La vision de Marie-Françoise Ghesquier est vibrante mais tragique. Même si un espoir reste, de manière interrogative», écrira fort à propos ce maître de conférences.
Une écriture lumineuse et charnelle
Dans Comme de royales abeilles, chaque poème se déploie comme une onde, une prière minérale et aquatique, où l'homme et la nature se rejoignent dans un même souffle. La langue, ciselée et organique, nous entraîne au cœur des éléments, dans un va-et-vient constant entre le ciel et la terre, la chute et la lumière.
Quelques vers suffisent à dire cette puissance d'évocation :
«Nous reposons / comme de royales abeilles / venant d'essaimer […] Nous sommes les saumons de la rivière / qui lèvent l'onde…»
Ou encore :
«Quand ils dormiront à poings fermés, les arbres, / branches repliées sous la tête, / le crépuscule libérera le troupeau des étoiles piaffantes. / Mille sabots de lumière».
Ces images, à la fois sensuelles et métaphysiques, composent une poésie du recommencement, où le vivant résiste, même au bord de la ruine.
Entre Gorgone et Mélusine
Dans cette écriture qui oscille entre la tendresse du monde et sa destruction, Marie-Françoise se fait, selon les mots de son préfacier, «tantôt Gorgone, annonciatrice de temps apocalyptiques, tantôt Mélusine, symbole de fécondité et d'immortalité». La figure de l'amabie, «serpente» d'eau et de lumière, incarne cette tension entre la fin et le renouveau.
Livre à la fois sombre et salutaire, Comme de royales abeilles n'est pas qu'un simple recueil de poésie, c'est également une traversée. Celle d'un monde en péril, où la poésie tente encore de sauver ce qui peut l'être par les mots, par la beauté et par la mémoire. Un ouvrage à découvrir sans attendre, à lire lentement et à méditer comme on écouterait le bruissement des abeilles autour d'une ruche d'or.
☛ Comme de royales abeilles, Marie-Françoise Ghesquier, Anouk Rugueu (illustrations), 82 pages, aux éditions Cardère, 15 euros.
Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati
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