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Refus d’obtempérer de Lux à Givry, au cœur de la nuit – Deux gendarmes légèrement blessés

Refus d’obtempérer de Lux à Givry, au cœur de la nuit – Deux gendarmes légèrement blessés

Celui-ci avait acheté « une BM » pour son père. Le 29 mars, il a voulu l’essayer, hein, « faire un tour ». A une heure du matin, il entame un road movie local à tombeau ouvert, fuyant les gendarmes, de Lux à Givry. Il finira par percuter un des véhicules de la gendarmerie.

 Le prévenu est né à Chalon, il a tout juste 26 ans. Ses cheveux sont tenus en catogan, il porte une barbe, un tee shirt à manches longues avec une tête de loup dessus. Il est en détention provisoire depuis le 30 mars. Son jugement a été renvoyé le 2 avril (en raison du mouvement de grève des avocats) à ce jeudi 21 mai. 

Remix : « pour un tour, avec toi-ma BMW, je ferai n’importe quoi »

Au fil de l’audience on songe à cette chanson de Michel Delpech (oui on date, on sait) : « Pour un flirt, avec toi, je ferai n’importe quoi ». Ici, c’est un remix : « pour un tour, avec toi-ma BMW, je ferai n’importe quoi ». Il a vraiment fait n’importe quoi. « Y a rien qui va » comme a dit la présidente.
Pas de permis de conduire, voiture pas assurée, conducteur bourré à la Vodka (1 gramme), sous cannabis, en récidive. Puis refus d’obtempérer et enfin refus de donner son code de déverrouillage de téléphone, pendant sa garde à vue. On ajoute que ce prévenu était sous le coup de deux sursis probatoires, et qu’il est en récidive légale pour trois des préventions. 

La présidente l'accompagne pour refaire le déroulement de cette nuit

Ainsi donc il était parti avec un copain. Ils s’arrêtent à la station-service de Leclerc à Lux. Pas de chance, une patrouille des gendarmes venait d’en faire autant et remarque que le conducteur cherche à dissimuler son visage. La patrouille se poste à la sortie de la station, ce que voyant le conducteur de la BMW fait demi-tour pour sortir par l’entrée. 
Au passage, le copain est titulaire, lui, d’un permis de conduire, mais le prévenu ne lui a pas laissé le volant par délicatesse : il avait bu aussi, il aurait pu perdre son travail… On peut raisonnablement penser qu’en réalité il voulait trop tâter de la « BMW série 1 », qui, bien que d’occasion, « a beaucoup de pêche, elle part vite ». Voilà, c’est surtout ça qui le motivait.

Deux gendarmes ont été blessés

Il a été servi, dans un sens, puisqu’il a pu accélérer, les gendarmes aux fesses, griller stop, feux, user des excès de vitesse, dans les petites rues de Lux comme sur la route menant à Givry. Les gendarmes ont appelé du renfort, un second véhicule s’est positionné en amont de la BMW. 
A Givry ce véhicule bloque une rue, les gendarmes se sont détachés pour sortir mettre un stop-stick sur la route mais la BM leur arrive dessus, les militaires remontent dans leur voiture pour se mettre à l’abri : la BMW les percute, en frontal.
A l’intérieur de l’habitacle les têtes de l’un et de l’autre des gendarmes sont parties en arrière puis en avant, l’une contre le volant, l’autre contre le haut du tableau de bord. ITT pour les deux, problèmes aux cervicales pour la femme, trauma crânien sans perte de connaissance pour l’autre. 
Le chauffard est interpellé. La BM a pris aussi cher que le véhicule de la gendarmerie. Le cadeau pour papa est fichu. 

« Pourquoi avoir fait demi-tour ? - Pour m’en aller, madame »

A l’audience le prévenu dit : « Je regrette beaucoup, je sais que j’ai mis beaucoup de gens en danger cette nuit-là, et moi aussi. »
La présidente passe différents points en revue. L’alcool ? Il était « festif », à ceci près que l’homme dit ne pas pouvoir s’arrêter quand il commence. Le cannabis ? « Quelques lattes » avec le joint du copain. Pourquoi prendre le volant sans permis ? « Je voulais essayer la voiture. » Pourquoi avoir rabattu la capuche sur son visage ? « Ben… pour pas qu’ils viennent me contrôler. Je savais que je risquais d’aller en prison. » Enfin, la question qui tue : « Pourquoi avoir fait demi-tour ? » … appelle la réponse qui va de soi : « Pour m’en aller, madame. »

Il ne donne pas son code de déverrouillage pour ne pas encourir les foudres divines

Le refus de donner son code ? « Parce qu’il a des photos de ma femme, et, avec ma religion, j’ai pas envie d’aller en enfer. » Ah bon ? On risque l’enfer pour ça ? « C’est des photos où elle porte pas de voile. » Il en est presque mignon, à prendre les magistrats pour des lapins de six semaines. 
Enfin, sa religion ne lui interdit visiblement ni de boire ni de fumer des produits stupéfiants, ni de conduire sans permis, ni de prendre la fuite en prenant tous les risques, c’est pas si mal. 

Après les deux dernières condamnations, il devient « une personne lambda » dit-il

A part ça, il vit chez ses parents, a 4 mentions au casier : usage de stups, injure publique et dégradation, conduite sous stups et sans permis (1er sursis probatoire), et trafic de stups (2nd sursis probatoire, et 8 mois sous bracelet électronique). « Depuis ce jour-là, je travaille, je paie mes amendes, je deviens une personne lambda. »
On ne sait pas quelle idée il se fait d’une « personne lambda » vu ce pour quoi il est jugé, mais bon. Il est une personne lambda contrainte à travailler dans le cadre de son sursis probatoire, qui devient livreur de pizzas à mi-temps, pour gagner moins de 800 euros nets, et qui offre une BMW série 1, certes avec déjà un bon kilométrage, mais tout de même, à son père. Le tribunal ne lui demande pas comment il a pu payer cet achat.

« Dans ce dossier on n’a que faire de la loi et des forces de l’ordre »

Maître Voirin intervient pour les gendarmes, dont le prévenu contestait la version (« Ils disent pas tout. Je suis pas fou, j’ai pas foncé sur les gendarmes »). « En matière de course poursuite, les forces de l’ordre sont rodées. Dans ce dossier on n’a que faire de la loi et des forces de l’ordre. Les gendarmes dont le véhicule a été percuté ont eu peur, et cela a des répercussions psychologiques aussi. Ils ont chacun plusieurs jours d’ITT.

Peine requise : 3 ans de prison en tout

La procureur reprend les faits, le casier, les sursis probatoires en cours. « Il s’en moque. La loi ne fait pas sens, les condamnations non plus. Il faisait un effort pour travailler mais il a préféré prendre le volant, sans permis, alcoolisé, ayant fumé du cannabis, etc. Donc on n’était pas en voie de réinsertion. » Elle requiert une peine de 2 ans de prison, 6 mois pour le refus d’obtempérer, et la révocation de ce qui reste du sursis de 2023, soit 6 mois de plus. Et l’interdiction de passer son permis pendant 3 ans, ainsi que de conduire tout véhicule à moteur pendant 3 ans. 

Il est poursuivi « pour un simple défaut de maîtrise de son véhicule », c’est sanctionné par une contravention

« Si on était convaincu qu’il avait volontairement percuté le véhicule de la gendarmerie, on ne serait pas sur un simple défaut de maîtrise de la voiture qui est sanctionné par une contravention : dont acte, mais ça a fait débat. Monsieur s’est excusé dès ses auditions, a demandé des nouvelles des gendarmes blessés. » Maître Pépin plaide pour la possibilité de la réinsertion du prévenu. « Révoquer son sursis probatoire, c’est injuste. Je vous demande davantage de clémence. »

2 ans de prison avec maintien en détention

Le tribunal dit l’homme coupable de tout ce qu’on lui reproche et le condamne à la peine de 12 mois de prison, révoque le sursis antérieur de 6 mois, pour le refus d’obtempérer, peine de 6 mois de prison. Ça fait 2 ans, avec maintien en détention. 
Amende de 140 euros.
Interdiction de passer son permis avant un an, interdiction de conduire tout véhicule à moteur pendant un an. 
Indemniser les parties civiles.
La présidente lui avait demandé ce qu’il pensait de son comportement.  « C'est inacceptable, je suis prêt à en payer les conséquences. » Dont acte.