Saône et Loire
A l'Abergement-de-Cuisery, il avait mis le feu au domicile familial... il a été interné
Par Florence SAINT-ARROMAN
Publié le 15 Octobre 2025 à 07h56
L’homme qui avait mis le feu à la maison de sa mère, à l’Abergement de Cuisery, le 3 juin dernier, causant un incendie nécessitant quasi 11 heures d’intervention du SDIS 71, a été interné ce jeudi 13 octobre, sur décision du tribunal.
Il naît en 1991 en Roumanie*. Il est adopté vers ses 7 ou 8 ans, dira maître Mariller pour lui. La mère adoptive est là, fidèle au poste. Elle demande une interdiction de paraître à son domicile (elle loue quelque chose en attendant que sa maison soit retapée), mais pas d’interdiction de contact, oh non, surtout pas !
Les faits
Le 3 juin dernier, alors que son était fils venu vivre chez elle (« J’ai eu un problème de santé en 2019 » dit-elle, son fils alors se penche vers le micro : « Je voulais prendre soin d’elle. » Elle en sourit tendrement), il est, ce jour-là, « assez énervé ». Quand il est énervé il casse volontiers des objets. La mère s’est retirée dans sa chambre à coucher.
Elle en sort quand elle entend des bruits et que voit-elle ? Elle voit de la fumée qui monte de derrière un fauteuil, et son fils qui est en train d’enflammer des rideaux posés dans une bassine. Vite, elle prend un seau d’eau, elle éteint derrière le fauteuil, elle inonde les rideaux, mais le fils met le feu à des papiers, lui arrache le seau des mains et casse son téléphone portable.
La femme file chez un voisin et appelle les secours. Les pompiers trouveront la maison en feu, entièrement en feu.
Une représentante de la mission juridique du SDIS 71 est à l’audience : l’intervention a commencé « à 10h39 » pour prendre fin « à 21h07 ». 30 sapeurs-pompiers ont été mobilisés et 14 véhicules (toutes destinations confondues). Cette intervention a requis le concours des casernes de Loisy, Tournus, Mâcon, Chalon, Romenay et Louhans. Coût : 6 900 euros.
La loi dit désormais que le coût des secours pour des incendies volontaires, quels qu’ils soient, est imputable à l’auteur du sinistre et non à la solidarité nationale.
Abolition de son discernement
Ce 3 juin, le fils est hospitalisé, au CHS de Sevrey. Il en sort le 1er septembre. Dès le 2, il est interpellé et placé en détention provisoire. Il reconnaît avoir mis le feu mais conteste l’avoir fait « volontairement ».
L’expert psychiatre le dit « atteint de schizophrénie », « dangerosité extrêmement élevée ». L’expert conclut à l’abolition de son discernement.
« Supportez-vous bien votre traitement ? »
A son casier 7 condamnations, pour des vols, du recel, menaces de mort, usage de stupéfiants.
Un juge assesseur demande au prévenu (un beau jeune homme -il fait très jeune- aux traits fins et réguliers encadrés par de longs cheveux noirs) s’il supporte bien le traitement qu’il reçoit désormais.
« Oui. Il me garde calme » répond l’homme en balayant de son bras l’espace devant lui pour qu’on se figure une mer d’huile. (On songe, en écrivant, qu’on a déjà vu bien trop de prévenus et d’accusés sédatés, shootés parfois jusqu’à ne plus pouvoir articuler, mais lui, il semble bien, en effet)
« Psychose schizophrénique décompensée »
Sa mère ne savait pas avec quelles difficultés son fils composait. « Pas à ce point. Je me rendais compte qu’il disait des choses un peu folles, mais rien d’autre. »
La procureur demande au tribunal de le déclarer irresponsable, d’ordonner son hospitalisation d’office et de prononcer une interdiction de paraître au domicile de sa mère pendant 3 ans. « Le jour des faits, il était positif » à un cocktail de stupéfiants, benzodiazépine, et autre.
Maître Mariller reprend l’expertise du psychiatre : « psychose schizophrénique décompensée avec hallucinations auditives et visuelles ». Que dire ? L’avocate prend acte de la conclusion de l’expert : abolition du discernement, évoque rapidement le parcours de l’enfant que cet homme fut, « il a retrouvé la sécurité auprès de sa mère, une fois en France ».
Hospitalisation sans consentement
Le tribunal constate l’abolition du discernement et l’irresponsabilité pénale du prévenu, ordonne son hospitalisation sans consentement et dit qu’il lui sera interdit de se rendre chez sa mère pendant 3 ans. « Ça c’est normal, je comprends » avait-il commenté en début d’audience.
Il devra indemniser le SDIS 71 à hauteur de 6 900 euros et 85 centimes.
« Mais je pourrai voir ma mère ? »
« Monsieur, vous allez être reconduit au centre pénitentiaire pour une levée d’écrou. Sur ce, le préfet de Saône-et-Loire vous prendra en charge pour vous faire conduire au CHS de Sevrey, vous y serez hospitalisé.
- Dès ce soir ?
- Dès ce soir.
- Vous savez combien de temps je vais être hospitalisé ?
- Non, je ne sais pas.
- Mais je pourrai voir ma mère ?
- Oui. »
FSA
*Combien parmi vous gardent en eux trace de l’épouvante ressentie devant les reportages de l’époque sur les orphelinats sous Ceausescu ?
(Note : assister à un internement d’office nous est toujours difficile. Lorsque les magistrats sont paisibles, mesurés, attentifs, ne rajoutant pas de la violence à une situation qui l’est de fait – comme toujours en ces lieux -, gardant des égards envers la personne du prévenu, eh bien c’est toujours aussi difficile mais au moins ça ne nourrit pas de révolte ni de colère, comme nous avons pu l’exprimer, à la faveur de certaines audiences, dans certains articles déjà anciens)
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