Chalon sur Saône

Mercosur : la Coordination Rurale «enterre l'agriculture française» à Chalon-sur-Saône

Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI

Publié le 18 Janvier 2026 à 08h00

Mercosur : la Coordination Rurale «enterre l'agriculture française» à Chalon-sur-Saône

À Chalon-sur-Saône, la Coordination Rurale a mis en scène l'enterrement symbolique de l'agriculture française pour dénoncer la signature de l'accord UE–Mercosur. Plus de détails avec Info Chalon.

Ce samedi 17 janvier 2026, jour de la signature de l'accord commercial entre l'Union européenne (UE) et le Mercosur, la Coordination Rurale s'est mobilisée en Bourgogne pour dénoncer ce qu'elle considère comme «la mort programmée de l'agriculture française». 

À Chalon-sur-Saône, le syndicat agricole a multiplié les actions symboliques, allant jusqu'au dépôt d'une plainte pour «génocide».

Président de la Coordination Rurale de Saône-et-Loire (CR 71) et de la Coordination Rurale de Bourgogne Franche-Comté, Thierry-James Facquer dénonce un accord qu'il juge «destructeur».

«Cet accord assassine non pas des individus, mais des pans complets de l'agriculture. C'est ce que nous appelons un agricide», affirme-t-il.

Une plainte symbolique contre Ursula von der Leyen
Pour marquer leur opposition, les agriculteurs ont déposé au palais de justice de Chalon-sur-Saône un texte partagé sur les réseaux sociaux du syndicat, notamment sur Facebook. Cette plainte vise la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour «génocide», un terme volontairement provocateur assumé par le syndicat.

La ratification du traité doit avoir lieu à Asunción, la capitale paraguayenne, en présence de la dirigeante européenne. Pour la Coordination Rurale, l'accord de libre-échange avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay et la Bolivie) ouvre la porte à une concurrence jugée déloyale.

«Ces pays ne sont pas soumis aux mêmes normes environnementales et sanitaires que les nôtres. Comment lutter à armes égales ?», s'interroge le président du syndicat, rappelant que le chef de l'État, Emmanuel Macron, s'était engagé à voter contre cet accord.

Un convoi funéraire pour «enterrer l'agriculture française»
Dès 10 heures, près de 120 manifestants, bonnet jaune siglé «CR» sur la tête, se sont rassemblés sur le parking du Colisée. Aux alentours de 11 heures, un convoi funéraire symbolique s'est élancé en direction du centre-ville.

En tête du cortège, une militante déguisée en Grande Faucheuse accompagnait un faux cercueil, destiné à «enterrer l'agriculture française». Tracteurs et manifestants à pied ont arpenté les rues jusqu'au Square Chabas, en passant par le palais de justice, où la plainte a été lue publiquement.

«L'agriculture est déjà dans un état extrêmement dégradé. Cet accord lui porterait le coup de grâce», alerte Thierry-James Facquer.

Soutien d'élus locaux
Plusieurs élus ont tenu à afficher leur soutien aux agriculteurs mobilisés, parmi lesquels Éric Michoux, le député de la 4ème circonscription de Saône-et-Loire, Lionel Duparay, le député de la 5ème circonscription, ainsi que Gilles Platret, le maire de Chalon-sur-Saône.

«Les conséquences sont désastreuses pour l'agriculture française et pour notre autonomie alimentaire», a estimé ce dernier.

«Pour la première fois dans l'histoire de France, notre pays perd sa souveraineté alimentaire. Les agriculteurs se battent pour leur survie et ils se battent pour nous»,  ajoute le député de la 4ème circonscription. «N'oublions pas qu'ils nous nourrissent», précise-t-il.

Une action coup de poing dans un hypermarché
Après une pause entre midi et 14 heures au Square Chabas, une petite centaine de personnes ont repris la route par l'Avenue Niépce et les quais de Saône, avant de revenir au Colisée. La manifestation s'est conclue par La Marseillaise, puis par une opération Caddie à l'hypermarché E.Leclerc de Lux.

Chariots à la main, les agriculteurs ont symboliquement retiré des rayons des produits non français. «Des tomates du Maroc», lance un jeune agriculteur de Sennecey-le-Grand, visiblement excédé.

«Des courgettes et des poivrons d'Espagne», renchérit un autre, venu du Tournugeois.

«J'ai trente ans de métier et c'est de plus en plus compliqué. Ils importent des produits que nous savons produire ici», déplore un éleveur du Charollais.

Une forme de protestation désormais bien connue du monde agricole, que la Coordination Rurale entend poursuivre pour alerter élus et consommateurs sur les conséquences du traité Mercosur.

Entre colère, inquiétude et mise en scène funèbre, la mobilisation des agriculteurs de Saône-et-Loire illustre un malaise profond du monde agricole, qui se dit sacrifié sur l'autel du libre-échange. Pour la Coordination Rurale, au-delà du symbole, le combat ne fait que commencer afin de défendre une agriculture française qu'elle estime plus que jamais menacée.

 

Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati