Culture

Sylvie Testud dira-t-elle à Chalon « La Vérité », toute »La Vérité », rien que « La Vérité » ?…

Sylvie Testud dira-t-elle à Chalon « La Vérité », toute »La Vérité », rien que « La Vérité » ?…

Place aux Théâtrales lors de ce 4ème week-end de janvier, avec deux représentations estampillées « La Vérité », le samedi 24 à 20h à l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône, et le dimanche 25 à 16h30. Que du beau linge avec Stéphane De Groodt, Sylvie Testud, Clotilde Courau, et Stéphane Facco. Interview de Sylvie Testud.

Des places restent à pourvoir

Elles s’échelonnent de 39,00 à 69,00 euros, avec un peu plus de possibilités le samedi, beaucoup plus réduites le lendemain. Lieux de location habituels.

Toute vraie-fausse vérité est-elle bonne à dire ?

« (rires). Ça dépend, c’est toujours cette question, ce dilemme, quand une vérité va blesser quelqu’un, on hésite à la livrer, je crois, non ? Il y a un dosage savant à faire entre une vérité qu’on adoucit, qui devient donc un mensonge (rires). »

Qu’est-ce qui  vous a paru séduisant dans cette comédie ?

«C’est un peu une chose classique, c’est-à-dire que j’aime beaucoup le fait de voir l’arroseur arrosé. Il a l’impression qu’il (Stéphane De Groodt dans la pièce ndlr) manipule son monde, qu’il est plus intelligent que tout le monde, et au fur et à mesure, ça c’est le génie de Florian Zeller (l’auteur ndlr), on se rend compte que les choses ne sont pas si simples que ça. Pour lui elles ne sont pas si lisibles, et ça c’est très drôle. Tous les personnages, chacun à leur niveau, apportent une petite pierre à cet édifice, c’est-à-dire que c’est ça qui est très émouvant. C’est pour ça qu’on l’aime quand même, ce mec ! Il a de la mauvaise foi, mais il est dans un monde qu’il maîtrise mal. Quand on ment, il ne faut jamais présager  la présence de l’autre, il ne faut jamais se dire : tiens, je suis plus intelligent que celui qui est en face. C’est absolument l’erreur qu’il fait, en disant : « Moi je mens super bien, je vais super bien me débrouiller», et il se trouve qu’en face de lui il y a des maîtres. Des maestros ! »

En quoi consiste votre rôle ?

«A priori, et ça évolue, je suis l’amante qui ne sait rien, qui souffre d’un manque d’intérêt. Et petit à petit, on comprend que dans son cheminement tout lui va, elle est prête à tromper son mari, ce qui l’embête, c’est le mensonge, de mentir. Elle aimerait tout dire, comme si tout était avouable… »

Le plus compliqué est-il de donner de la vie à votre texte, ou de vous adapter à des partenaires pas forcément habituels ?

« Non, j’aime ça, découvrir des textes, des gens, c’est pour ça qu’on fait ce métier. C’est pour ne pas rester les deux pieds au même endroit. On a toujours envie de se transformer, je ne dis pas de changer, mais d’évoluer en tout cas, et là c’est un bonheur. Stéphane De Groodt en plus, je pense qu’il a rencontré un personnage et un texte qui lui vont parfaitement bien, et donc on s’éclate. C’est super ! »

Le public dispose-t-il à la sortie d’arguments frappants pour assumer pleinement son insincérité ?

« (rires). C’est ça qu’on se pose comme question ! On se dit : oh là là, dans les couples, je voudrais bien être une mouche pour entendre ce qu’ils se disent au dîner derrière, mais non, non, on a dû être à l’initiative, soit de réconciliations, soit de grosses engueulades ! En tout cas les gens hurlent de rire ! »

Etes-vous, en règle générale, davantage marquée par des personnages ?

«Tout dépend de ce que l’on porte. On est marqué en fait, quand on est acteur, par quelque chose qu’on a livré, qui a rencontré le public. Tout est aligné, il y a comme ça des films ou des pièces de théâtre où le texte vous l’aimez, la pièce se passe bien, et en plus le public prend, ça, ce sont des moments magiques. C’est ça qu’on retient, c’est un tout, ce n’est pas un personnage ou un lieu. Par exemple La vérité c’était assez magique, parce que la rencontre avec le texte était géniale, le théâtre c’était super, les gens sont venus, mais à un moment je me disais : mais d’où sortent tous ces gens tous les jours ? Huit cents personnes chaque soir pendant un an, ce n’est pas rien quand même ! »

Quel est le plus beau rôle qui vous a été présenté jusque-là ?

«(moment de silence). C’est excluant, c’est-à-dire renoncer aux autres. J’ai eu de la chance quand même, sans déconner, j’en ai fait pas mal de super intéressants. Il y a Karnaval qui est le premier, qui m’a permis de faire les autres. »

Et celui auquel vous aspirez ?

« Ah, celui auquel je ne m’attends pas, bien sûr. Comme quand Diane Kurys m’a appelée en me proposant de jouer Sagan, je n’en revenais pas sur le moment. Je me suis dit : quoi ? Sagan, moi ? Et en fait, voyez comme parfois la vie est plus inventive que vous, et c’est vrai que ça m’allait très bien. Mais je ne le savais pas. Ça c’est carrément un cadeau, une magie qui s’opère. Au début j’ai dit : mais vous êtes sûre ? Il y a d’autres filles qui peuvent jouer Sagan. J’ai les yeux bleus, déjà ça ne marche pas. Mais on mettra des lentilles. O.k., très bien. Et voilà, je suis entrée dans ce personnage, qui, au final, n’était pas si éloigné de moi que ça. »

Selon vous, y a-t-il dualité entre le cinéma et le théâtre ?

« C’est vraiment complémentaire. Non, ce sont deux endroits différents, c’est-à-dire que le cinéma on est dans l’instant, il y a une concentration forte, mais qui dure très peu de temps. Une prise de cinéma, c’est très court. Au théâtre j’ai une liberté, à partir du moment où tu mets le pied sur une scène, personne ne peut vous couper la parole, à part votre partenaire, mais c’est tout. »

Certains comédiens, ou certaines comédiennes, quand vous êtes confrontée à eux, vous poussent-ils consciemment ou inconsciemment à être encore plus crédible ?

«Je crois que c’est un dialogue réellement. Je ne me pose jamais la question de savoir si je vais être bonne ou pas. Je suis dedans, et j’ai vraiment une approche dans l’instant. Donc je vais faire avec ce qu’on me donne aussi. C’est sûr que c’est très difficile d’être mauvais face à quelqu’un qui est bon. Je me dis que si quelqu’un est en difficulté devant moi, si je n’arrive pas à faire que d’un coup ça devienne bien, c’est que quelque chose ne va pas. Chez moi. C’est en ces termes-là que je réfléchis. »

Vous qui avez écrit cinq romans, que vous apporte l’écriture ?

« Ah, c’est la récré, l’écriture c’est vraiment un endroit où c’est presque régressif pour moi, je fais ce que je veux. J’invente des personnages. C’est la liberté totale. Totale. »

Crédit photo : DR                                                                    Propos recueillis par Michel Poiriault

                                                                                                [email protected]