Saône et Loire
TRIBUNAL DE CHALON - Dépendant à la drogue, il est devenu violent... la justice tranche, l'oblige à se soigner et lui retire son autorité parentale
Par Florence SAINT-ARROMAN
Publié le 21 Janvier 2026 à 07h45
Le monde est à feu et à sang et dans trop de familles c’est pareil. Au confins de la juridiction, pas loin de la Côte d’Or, vit un couple qui visiblement s’agonisait de reproches. Pas encore trente ans. Deux enfants bien jeunes aussi. Le père avait repiqué dans la kétamine et le 16 janvier…
Le 16 janvier, une dispute. En vérité ça faisait un petit moment que madame parlait de séparation, il fallait rompre le PACS… Lui, il dit à l’audience qu’il ne voulait pas cette séparation mais qu’elle lui prenait le chou quasiment chaque jour, lui reprochant ceci ou bien cela.
De son côté, sorti d’une addiction de jeunesse, il avait replongé, sans le dire. « Au début c’était occasionnel » mais très vite il est redevenu dépendant.
Alors quand il s’est énervé, ça a fait très mal. A tout le monde
A sa compagne qui a reçu un coup de poing (à l’audience elle a un œil au beurre noir, image parlante) et qui a été étranglée au point de faire une syncope. Il affirme qu’il est resté à côté d’elle, « inquiet, évidemment » sauf que lorsqu’elle a repris connaissance, il l’a menacée de mort…
Ça a fait mal aux petits, tous deux assis sur le canapé, l’aîné, 6 ans seulement, implorant son père « de s’arrêter », « mais il ne m’écoutait pas ».
Pour finir ça a fait mal au prévenu qui s’est énervé quand les gendarmes, alertés, lui ont annoncé son placement en garde à vue : il a fallu le menotter et le faire sortir de force de chez lui. Dans le véhicule, il jette des insultes à chaque fois qu’on évoque sa compagne. Au sortir de sa garde à vue, il est présenté au procureur de la République puis placé en détention provisoire. Il est jugé ce 19 janvier, en comparution immédiate.
Les enfants, exposés à une violence inadmissible, chez eux, là où ils doivent se sentir en sécurité et entre les deux adultes responsables d’eux et, en principe, garants de leurs intégrité
Sa compagne est là. Très émue. « C’était pas lui ce soir-là ! Il n’était pas dans son état… » Elle pleure, dit que « les enfants ne vont pas très bien ». Le prévenu a baissé la tête. « Les petits ont besoin de lui. Je veux juste qu’il ait un suivi. »
Elle veut « juste »… Le président lui demande : « Est-ce que vous comprendriez si le tribunal ordonnait une interdiction de contact ? »
La présence des enfants qui ont subi l’extrême violence de cette scène entre leurs parents, à des âges où ils sont encore complètement dépendants d’eux, inquiète les magistrats.
Un gros problème d’addictions
Le couple s’était organisé : le père travaille les week-ends, il est en CDI avec un bon salaire, alors il s’occupait des petits, et la mère, qui a des horaires coupés, pouvait travailler sans difficulté et elle était là en fin de semaine.
Le père du prévenu a dit être là pour soutenir son fils, mais ne veut pas l’accueillir chez lui alors qu’il est redevenu soumis à la drogue.
Le prévenu a trois mentions à son casier : deux délits routiers et une infraction liée aux stupéfiants. Une procédure est en cours pour conduite en ayant pris de la drogue. Le casier confirme un gros problème d’addictions.
« Le risque de récidive est très élevé »
Le procureur reprend le détail du certificat médical qui recense toutes les marques de la violence sur le corps de la femme. « Le risque de récidive est très élevé. Ce sont des violences sous l’emprise de la drogue, avec addiction, en présence des enfants, et les faits ne sont que partiellement reconnus. Il faut protéger madame et les enfants et ce n’est pas à madame de quitter le domicile. Or, monsieur n’a pas d’hébergement… Compte-tenu de la gravité de tout ça… » Le procureur requiert une peine de 18 mois de prison dont 6 mois seraient assortis d’un sursis probatoire, avec maintien en détention pour la partie ferme. La femme étouffe (mal) un cri.
Maître Faure-Revillet plaide essentiellement l’organisation du couple autour des enfants.
Le délibéré dure longtemps
Entre les réquisitions et les positions du prévenu et de sa compagne (« Il n’est pas comme ça », « je ne voulais pas de cette séparation »), et la gravité, oui, de cette explosion…
Le tribunal dit le prévenu coupable et le condamne à la peine de 18 mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans, avec obligations de soins (addicto et psychologiques ou psychiatriques sur le versant de la violence), de payer le droit fixe de procédure (254 euros), et les interdictions de tout contact avec madame ainsi que de paraître à son domicile.
Monsieur devra suivre un stage de sensibilisation aux violences intrafamiliales.
Interdiction de porter une arme.
Le tribunal ordonne le retrait de l’exercice de l’autorité parentale. L’homme pourra voir ses enfants, mais madame pourra prendre toutes les décisions les concernant, seule. Interdiction de contact oblige.
« Monsieur, vous ne pourrez pas rentrer chez vous ce soir. Vous vous débrouillez. S’il y avait violation des interdictions, vous encourez une incarcération immédiate. Si, plus tard, vous demandez une main levée du retrait de l’exercice de l’autorité parentale, il faudra faire vos preuves. »
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