Culture
Laurent Jeannin, ce citoyen volant du monde en quête d’authenticité révélatrice
Par Michel Poiriault
Publié le 29 Janvier 2026 à 10h35
Habitant de Bourbon-Lancy, Laurent Jeannin est puissamment dévoré de l’intérieur par l’irrépressible besoin d’aller constater dans d’autres contrées ce qui les caractérise. En s’engouffrant avec une élégance morale dans leur ADN afin de rendre compte avec justesse. Interview.
Auteur, photographe, photo-reporter, photo-journaliste, sniper dans le bon sens du terme, quelle(s) qualification(s) revendiquez-vous ?
« Je suis avant tout un curieux qui essaie de comprendre l'époque dans laquelle il vit, au-delà des faux-semblants de la société de consommation et des écrans. Il m'intéresse d'être au plus proche de la vie des personnes que je rencontre, de leurs joies, de leurs peines, de leurs espérances, en quelque sorte de sentir quelle humanité résonne encore dans les coeurs desséchés par les futilités de notre temps. J'ai commencé la photographie traditionnelle en noir et blanc il y a plus de 45 ans. Elle ne m'a jamais quittée. L'écriture est venue plus tard quand il a fallu que je publie des reportages. La photographie comme le verbe sont pour moi indissociables, entendus comme un seul et même mode d'expression. »
Comment est-ce que tout a commencé ?
« Quand j'ai eu 14 ans, ma mère me dit que la meilleure façon de parler une langue étrangère, c'était d'aller dans le pays. Nous habitions Besançon. Elle me déposa à la gare ferroviaire et je me suis rendu seul jusqu'en Bavière pendant deux mois, à proximité du rideau de fer. Je me souviens avoir été impressionné par les miradors et les VoPos (la Volkspolizei) en arme qui surveillaient la "frontière". Ce serait inimaginable aujourd'hui. »
Quelles qualités sont en jeu ?
« Une capacité d'observation nourrie par une culture littéraire classique la plus large possible ; se tenir un peu au courant de l'air du temps ; être réactif pour saisir l'instant signifiant avant qu'il ne disparaisse. C'est un arrêt sur image du temps qui passe. Ne pas chercher à prouver quoi que ce soit. Une bonne photographie n'est pas un élément de preuve. Elle doit donner à penser plutôt que de dire ce qu'il faut penser. »
Cultivez-vous une singularité prononcée ?
« Une singularité assumée puisque je voue un culte chevillé au coeur à la langue française à travers la littérature, c'est ma patrie ; pour la photographie, j'assume également un classicisme absolu : le noir et blanc argentique, de la prise de vue à la chambre noire. »
Etes-vous professionnel à 100% ?
« Je le fus jusqu'à ce qu'Internet n'efface le métier, ne l'ubérise comme on dit de nos jours quand on a du vocabulaire. J'ai conservé mon numéro siret pour demeurer professionnel à temps partiel, mais pleinement ! «
Combien de pays à votre actif à ce jour, et sur quels critères les choisissez-vous ?
« Il ne m'intéresse pas de collectionner des tampons sur les passeports. Plus que les pays (dont la France fait partie), ce sont les questions ou les sujets universels dont chacun est emblématique, qui nourrissent l'écrit et la photographie. Par exemple, le Bhoutan est le seul pays au monde selon le GIEC à afficher un bilan carbone favorable par rapport au climat. Dans notre de grande éco-anxiété, c'était intéressant pour moi de me rapprocher de gens qui réussissent dans ce domaine, plus que de ceux qui donnent des leçons. En Iran, j'ai abordé la condition féminine. En Afrique du Sud, la cohabitation ethnique etc. »
Dans quel état d'esprit partez-vous peu ou prou en croisade ?
« Il ne s'agit pas d'une croisade. Le plus difficile, ce n'est pas d'obtenir un visa (même pour la Corée du Nord), mais d'oublier que je suis Français, de baisser pavillon, de me débarbouiller des conditionnements médiatiques dont nous sommes incessamment l'objet. Je pars donc avec des questions et propose un point de vue nourri par l'expérience vécue, à partir duquel chacun (lecteur de mes livres ou visiteur de mes expositions) pourra se faire une opinion en fonction de son parcours, de son éducation, voire de son humeur du moment... »
Avez-vous une figure de proue en la matière, laquelle vous aurait mis le pied à l'étrier ?
« Même si je suis autodidacte, je revendique forcément des influences : je mesure la chance d'être né en France, certainement le pays le plus littéraire au monde. Outre les classiques, parmi les contemporains, je me délecte par exemple de la poésie d'un Christian Bobin ou des romans sociologiques d'un Michel Houellebecq. Pour la photographie, je me sens l'héritier de nombreux prédécesseurs, tels Cartier-Bresson, Ronis (avec lequel j'entretenais une relation épistolaire), Abbas, Salgado, Burri... »
Peut-on rester inébranlable lorsque l'on est aux prises, même avec de la distanciation, avec la misère, l'injustice, la déraison, les manquements ?
« L'appareil de photographie est assurément un bouclier puisque, comme observateur, il me place en marge de l'action. De même, le carnet et le stylo intellectualisent et rationalisent les émotions. Il demeure que j'ai toujours le souci de me tenir à l'écart du voyeurisme. D'ailleurs, je ne photographie jamais les gens en tant que tels, mais des situations signifiantes dans lesquelles ils se trouvent, dans lesquelles le hasard les a placés. »
Quel est le pays où vous vous êtes senti sans contraintes particulières, heureux de tirer profit du moment présent ?
« La bonne question serait plutôt " dans quel pays ai-je ressenti des contraintes particulières ? ", car le plus souvent je me sens aussi libre qu'un anonyme dans une foule pour humer l'air du temps. »
Et celui à l'intérieur duquel vous avez dû supporter une chape de plomb, ou encaisser des conditions difficiles ?
« Des pays comme la Corée du Nord ou l'Afghanistan par exemple requièrent un peu plus d'agilité, mais il y a toujours moyen de contourner les contraintes, ou alors de les poser comme faisant partie du propos. »
L'Iran est, entre autres, sous le feu des projecteurs actuellement. Avez-vous senti les prémices lors de votre passage ?
« J'ai l'impression que l'Iran a toujours été sous le feu des projecteurs depuis la révolution de 1979. Dans mon livre Le coin du voile, j'écrivais que le renversement du régime serait initié sur la durée par les femmes, pas spécialement parce que telle ou telle figure emblématique retirerait son voile pour braver les mollahs, mais parce que la contre-révolution commencerait dans les foyers et finirait, par capillarité, à toucher le coeur des jeunes hommes (lesquels sont aussi pères et époux) et atteindre le régime. Même si la société iranienne est travaillée culturellement par un islam rigoriste, la population est très éduquée, y compris les femmes, dont de nombreuses accèdent à des fonctions de responsabilité ou sont ingénieures. »
Dans quels pays vous rendrez-vous dans les mois qui viennent ?
« Je viens de rentrer d'Afghanistan et travaille sur un projet d'exposition et de livre sur ce sujet. J'envisage de me rendre en Syrie pour aborder le sujet de la diversité religieuse (différentes composantes de l'islam, chrétiens d'Orient, athéisme...) au sein d'une même géographie. Ces questions se posent partout dans le monde (y compris en France), mais la Syrie est emblématique de cela. »
De quoi se compose votre bibliographie, et de quelle manière obtenir vos ouvrages ?
« Ma bibliographie est disponible sur mon site : https://diaventure.sumupstore.com/produits . J'ai publié 18 livres. Le 19e, un récit en Afghanistan est en cours d'écriture. Mes livres peuvent être achetés en ligne à la même adresse, ou on peut se les procurer chez les libraires habituels (qui les commanderont s'ils ne les ont pas en rayon). Je participe aussi à de nombreux salons du livre. »
A quels endroits vos lecteurs avérés ou potentiels pourront-ils échanger avec vous par la suite ?
« Je participe à de nombreux salons du livre régionaux (Bourgogne et Auvergne). Je serai présent notamment à la fête du livre d'Autun les 30 et 31 mai prochains. J'aurai une exposition sur un reportage que j'ai fait en Moldavie et en Transnistrie, du 1er mai au 7 juin prochain 2026 à Bourbon Lancy (espace Robert Cochet). Vous pouvez suivre mon actualité en consultant mon agenda du moment sur https://diaventure.sumupstore.com/ «
Crédit photo : Laurent Jeannin Propos recueillis par Michel Poiriault
-les enfants : Bhoutan en 2023 [email protected]
- l’attroupement : Cuba en 2019
-les banderoles : Erevan (Arménie) en 2022
-la fresque : Téhéran en 2017
-
Hypertension artérielle - Le Centre hospitalier de Chalon reconnu à l'échelle européenne depuis février -
Le parc naturel régional du Vercors tire la sonnette d'alarme après un week-end de Pentecôte bien trop chargé -
Gros incendie à la déchetterie de Granges ce dimanche -
TRIBUNAL DE CHALON - La salle était pleine pour le soutenir -
Comme chaque mardi.. il a fallu jouer des coudes pour se stationner à l'hôpital de Chalon -
Gilles Platret hausse le ton après deux incidents lors de mariages -
Portes-closes ce vendredi au collège Vivant-Denon après de nouveaux actes de violences -
Travaux d’aménagement cyclable : une nouvelle voie verte de 9,2 km entre les communes de Lux et Marnay -
Le "Mammouth" prend sa retraite ! -
Le centre hospitalier de Chalon sur Saône décroche la 3e place au salon SantExpo -
Le ras-le-bol d'une habitante parcourant Saint-Jean-des-Vignes et Saint-Cosme -
Nouveau - La galerie marchande du Carrefour Nord Chalon se dote d'un Head Spa Japonais -
Le Centre Régional de lutte contre le cancer Georges-François Leclerc réalise l'une des premières mastectomies cœlioscopique avec reconstruction mammaire immédiate en France -
"Tapage nocturne aux Prés Saint-Jean : jusqu’à quand le silence des autorités ?" s'interroge un riverain -
Journée Choose France - Vicky Foods ouvre pour la première fois ses portes au grand public -
Une pluie de titres de Champions de France pour le Givry Starlett Club -
Dépistage de l'hypertension artérielle - Une journée couronnée de succès ce mardi à Chalon -
Isa et Roby, l’âme du Konoba : cuisine sincère, clients fidèles -
Les nouveaux « Jardins de Virey » -
FOOTBALL - L'AS Mellecey-Mercurey exhulte et s'offre une nouvelle montée... La saison prochaine ce sera la R2 -
Retour sur l’inauguration de la bijouterie Miramira à Chalon/Saône -
Refus d’obtempérer de Lux à Givry, au cœur de la nuit – Deux gendarmes légèrement blessés